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un grain de sable pour secouer la poussière...

Quelques séquences de l’histoire des Kadihines (partie 23) : Le guet-apens français/Par Ahmed Salem El Mokhtar (Cheddad)

Jeudi 9 Décembre 2021 - 12:09

Le dernier tendon: Au niveau du PKM, le comité permanent, sous l’influence des membres proches de l’option militaire, nous déclara la guerre au niveau du Comité Local. J’étais le dernier tendon de l’unité du parti. Je décidais de rompre définitivement ce lien, à la grande satisfaction de mon ami Mohamed Ould Maouloud, qui ne cessait de me harceler pour la rupture avec les autres. J’ai veillé à préparer et soigner minutieusement cette rupture.

En Janvier 1976, un séminaire régional des jeunes fut organisé par la fédération des jeunes du PPM. Des centaines de jeunes y ont pris part. Le comité Local de Nouakchott se chargea de l’influencer de l’intérieur. L’on avait réussi à le retourner contre la guerre. Un congrès des jeunes du PPM fut programmé pour août 1977. Les autorités mirent tout en œuvre pour que ce congrès cautionne leur entreprise militaire. Notre division interne éclata au grand jour durant les travaux de ce congrès. Notre action nous avait permis d’influencer une résolution contre la guerre. Elle va susciter l’ire des dirigeants du PPM. Le ministre d’État Abdellahi Ould Boya intervint en plein travaux du congrès pour déchirerpubliquement cette résolution. Ce qui n’avait fait qu’amplifier son écho.
 

Une guerre destructrice:Depuis Novembre 1975, le pays s’était installé dans la guerre.Nous faisions,quotidiennement le bilan des combats sur le front. La guerre continuait. Les nouvelles du front annonçaient de nombreuses victimes dans les rangs de nos soldats. L’hôpital national, l’unique centre hospitalier du pays se transforma progressivement en hôpital militaire. Après chaque accrochage sanglant, on dénombrait de nombreux morts et blessés. L’armée nationale, les corps de la gendarmerie et de la garde compris, passa de 3.000 hommes armés à la fin de 1975 à plus de 18.000 en 1978. Au début du conflit, les soldats étaient équipés principalement de fusils MAS 36. L’équipement en armement connaîtra une évolution rapide au fur et à mesure de l’intensité de la guerre. Les G3, les FAL et les 12/7 et d’autres armes modernes firent leur irruption dans le langage quotidien des militaires et même des civils. La naissance d’une véritable armée nationale fut certainement l’unique acquis mauritanien palpable de la guerre du Sahara.
Les chapitres militaires prirent désormais la part du lion dans le budget national.

 

Sécheresse+Guerre: L’armement accapara l’essentiel des possibilités d’endettement extérieur. Le pays souffrait déjà de la sècheresse. La guerre se révéla pire que la sécheresse. Les deux phénomènes conjugués rendaient la vie quotidienne des populations intenable. D’ailleurs sans la sécheresse, l’armée aurait connu de sérieux problèmes de recrutement, manquant ainsi d’alimenter de nouveaux contingents. Les jeunes affluaient devant les bureaux de recrutement, non par patriotisme, mais essentiellement pour la survie. Ils étaient concurrencés par des milliers d’adultes, refoulés par le marché du travail ou ayant fait faillite dans d’autres activités civiles. Ils se bousculaient devant les bureaux de recrutement de soldats pour le front. Souvent, leurs bérets verts, dissimulaient difficilement leurs cheveux blancs. Comme dans toute guerre à caractère expansionniste, les slogans chauvins captivaient facilement les foules.

Le MND, désormais fortement affaibli, ne constituait plus un obstacle majeur pour le pouvoir. Notre groupe, l’aile du mouvement, ouvertement opposée à la guerre, était préoccupé d’abord par la réorganisation interne de ce qui reste du mouvement. L’accord bilatéral de partage du territoire du Sahara Occidental avait pour première conséquence la perte progressive de la souveraineté de notre pays.
À travers le Maroc, la France souhaitait reprendre en mains les choses en Mauritanie. À l’époque, certains soupçonnaient que l’implication de la Mauritanie dans l’accord de partage, constituait une intelligente manœuvre de la diplomatie française, visant, d’une part, à sanctionner la Mauritanie pour « sa rébellion » contre la France à travers la révision des accords de coopération, et d’autre part à la ramener manu militari dans le giron français. Que ça soit intentionnel ou par pur hasard de calendrier, la France était parvenue à faire d’une pierre deux coups.
 

L’affront Sahraoui: De toute façon personne ne pouvait imaginer qu’un petit peuple, composé de quelques milliers de nomades, de surcroît des bédouins, pouvait réussir une guérilla en plein désert jusqu’à mettre en déroute une armée aussi puissante, aussi aguerrie et aussi entrainée comme l’armée marocaine, secondée par l’armée mauritanienne et tous les deux, bénéficiant du soutien ferme des puissances occidentales, notamment la France. Prenant en compte de tels faits, Mokhtar Ould Daddah ne pouvait échapper, si facilement, au piège et commettre l’erreur fatale de sa carrière politique.

Sans l’intervention aérienne française, grâce aux fameux Jaguars, le Maroc et la Mauritanie réunis parviendraient difficilement à contenir les offensives très osées des unités armées du Polisario. En dépit de leur nombre relativement réduit, ces unités réussirent à transformer en très peu de temps tout le territoire mauritanien en un vrai champ d’opération, sur lequel ils se déplaçaient librement sans contraintes.

Des pertes regrettables: De nombreux vaillants officiers et soldats appartenant à nos différents corps d’armes, perdirent leur vie dans ce conflit. Parmi eux, citons le capitaine Dieng Nadhirou, le capitaine Abou Diakité, le lieutenant d’aviation, l’intrépide Sidi Ould Heyine et au tout début, le commandant de la garde Soueidatt Ould Weddad.
 

Mission difficile: Cherchant à déstabiliser les assises du régime, le Polisario s’attaqua à plusieurs reprises à des objectifs civils. Pour le dissuader de continuer sur ce plan, nous décidâmes, au niveau de ce qui restait du mouvement MND, de prendre un rapide contact avec eux. Une réunion fut fixée à Bissau, capitale de la Guinée Bissau. Probablement en mai 1977, Moussa Fall et moi fûmes chargés d’effectuer le déplacement de Bissau pour rencontrer une délégation du Polisario. Des amis sénégalais, du parti de Landing Savané, l’équivalent du MND mauritanien, facilitèrent notre voyage jusqu’aux frontières du Sénégal avec la Guinée-Bissau. D’ailleurs, nous avions passé plusieurs jours dans le ranch d’un vieil ami intime, un second père en quelque sorte de Landing Savané près de la capitale de la Casamance : Ziguinchor.

(A suivre) lecalame

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