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M. Mohamed Lemine Areira, président des usines des protéines de mer de la Mauritanie : ‘’Nous ne sommes pas des concurrents de la pêche destinée à la consommation humaine’’

Jeudi 8 Janvier 2026 - 10:53

Président des usines des protéines de mer de la Mauritanie et à la tête de la section des industries de farine et d’huile de poissons à Nouadhibou depuis 2018, M. Mohamed Lemine Areira, dans cet entretien, analyse la situation du secteur qu’il juge mi- figue mi- raisin à raison de plus plusieurs facteurs conjoncturels et structurels.
 

Le Calame : Le débat sur l’implantation des usines de farine et d’huile de poisson fait rage en Mauritanie. Quelle est la véritable  situation de ce secteur ?
 

M. Mohamed Lemine Areira : À Nouadhibou, il existe aujourd’hui 29 usines de farine de poissons dont 70% de congélation de grande capacité. Seule la moitié est en activité faute de produits. Aujourd’hui le secteur frise l’arrêt total de ses activités si rien n’est fait. Le secteur a exporté 200 mille tonnes de farine de poissons et 80 mille tonnes d’huile de poissons, avec la crise que vit le secteur, la production de farine est tombée à 70 mille tonnes pour la farine et 20 mille pour l’huile de poissons. Entre 2018 et 2021, les rentrées en devises étaient de 500 millions de dollars, elles seront cette année moins de 100 millions de dollars.

Au niveau de l’activité des usines, nul n’ignore qu’aujourd’hui elles sont confrontées à un manque de produits de pêche toutes catégories confondues. Les raisons sont entre autres le problème des zonages qui oblige la flotte à pêcher loin des endroits de migration des espèces, l’utilisation des senneurs qui ravagent sans distinction les matures et les juvéniles, l’incursion des bateaux de pêches dans les zones de reproduction du banc d’Arguin et ensuite le problème des pêcheurs étrangers qui doivent être régularisés. La lenteur du processus pour la régularisation impacte durement les activités de production.
 

A quoi servent ces produits ?

Ces produits sont utilisés pour la fertilisation des sols sous forme d’engrais, d’aliments pour la pisciculture et l’huile pour les industries cosmétiques et pharmaceutiques avec l’Oméga 3. Le secteur a fourni d’importants efforts dans le cadre de la modernisation de ses structures avec notamment la maîtrise des systèmes de traitements des eaux usées, l’installation de système d’épuration des fumées qui les rend inodores. Il faut noter que les opérateurs n’ont cessé de demander aux pouvoirs publics de réduire le taux fiscal qui se situe autour de 24 % sur les chiffres d’affaires et revoir le zonage des bateaux qui réduit les captures parce que situé en dehors des zones de migrations des espèces notamment des pélagiques.
 

Ce secteur est-il un pilier socio-économique majeur pour l’économie mauritanienne ?

Sur le plan interne, cette industrie représente une source essentielle d’emplois directs et indirects : ouvriers, transporteurs, pêcheurs, techniciens de maintenance, personnel de laboratoire, agents portuaires, etc. Dans certaines zones côtières comme Nouadhibou, Nouakchott ou Ndiago, elle constitue même l’un des rares pôles d’emploi stable pour les jeunes et les femmes. L’activité génère également des recettes fiscales non négligeables pour le Trésor public, tout en stimulant la logistique portuaire, le transport maritime et la fourniture de services connexes. Par ailleurs, les sous-produits des usines (eaux grasses, résidus secs) sont de plus en plus utilisés pour la fabrication d’aliments pour bétail ou d’engrais organiques, contribuant ainsi à la diversification économique.
 

Y-a-t-il une responsabilité environnementale encadrée ?
 

 Contrairement à l’image véhiculée par certains «défenseurs de l’environnement», les usines de farine et d’huile de poissons opèrent sous un cadre réglementaire strict imposé par le ministère des Pêches et celui de l’environnement. Des contrôles réguliers sont effectués pour s’assurer du respect des normes de rejets, de traitement des eaux usées et de gestion des déchets solides. Il est vrai que des manquements isolés ont pu être observés dans le passé—comme dans tout secteur industriel — mais ceux-ci ne peuvent être généralisés à l’ensemble de la filière. De plus, plusieurs opérateurs investissent désormais dans des systèmes modernes de filtration et de traitement des effluents afin de minimiser leur empreinte écologique.

 

Depuis quelque temps, les industries de transformation de protéines marines, plus connues sous le nom d’usines de farine et d’huile de poissons, sont au centre d’une polémique en Mauritanie.

Des activistes se mobilisent pour dénoncer ce qu’ils présentent comme une «menace écologique» majeure pour l’environnement marin. Mais qu’en est-il réellement ?

 

Une industrie souvent mal comprise Les critiques qui visent ces unités industrielles reposent souvent sur des constats visuels partiels ou des informations incomplètes. En effet, les images de résidus de poissons, d’arêtes rejetées en bord de mer ou d’odeurs désagréables alimentent une perception négative, sans pour autant refléter la réalité technique et économique de cette filière. Or, il s’agit d’un secteur structurant de la chaîne de valorisation des produits halieutiques. Ces usines ne sont pas des concurrentes de la pêche destinée à la consommation humaine : elles exploitent principalement les sous-produits non commercialisables, les déchets de filetage, les têtes, les viscères et les arêtes issues des usines de transformation de poissons. Ce recyclage industriel limite le gaspillage et permet d’extraire des protéines, des huiles et des engrais à forte valeur ajoutée. De la capture à l’exportation : c’est un processus intégré Le processus de fabrication débute par la réception de la matière première-souvent constituée de résidus ou de petits poissons pélagiques dont la taille ou la qualité ne permettent pas une consommation directe. Ces produits sont cuits, pressés, séchés puis broyés pour obtenir de la farine de poisson, tandis que l’huile extraite est purifiée et conditionnée pour l’exportation. Ces dérivés trouvent des débouchés importants à l’international, notamment dans les secteurs de l’aquaculture, de l’élevage et de la cosmétique, où ils sont prisés pour leur richesse en Oméga-3 et en protéines de haute qualité. La Mauritanie, grâce à cette industrie, renforce ainsi sa place dans la chaîne mondiale de valorisation des ressources marines.
 

La montée de la désinformation, comme vous le dîtes, sur les réseaux sociaux appelle à une meilleure communication institutionnelle…..

Trop souvent, les débats sont alimentés par des émotions ou des intérêts politiques, sans prise en compte des réalités techniques. Il devient donc urgent de rétablir les faits : les usines de farine et d’huile de poissons ne sont pas les ennemies de la mer, mais des acteurs indispensables à la durabilité de la filière halieutique, à condition que la réglementation soit respectée et les contrôles renforcés. À l’occasion de la fête nationale de l’indépendance, moment symbolique de cohésion et de vérité, il est essentiel de replacer ce débat dans son véritable contexte : celui du développement durable. L’industrie de transformation des protéines marines peut, et doit être un levier de croissance, d’innovation et de souveraineté économique, à condition d’être comprise et accompagnée. Au-delà des polémiques, la question n’est pas de “supprimer” ces usines, mais d’assurer une cohabitation harmonieuse entre production, environnement et société. La Mauritanie dispose d’un potentiel halieutique immense : le valoriser intelligemment, c’est garantir des emplois, des recettes et une meilleure gestion de nos ressources naturelles.

 

Propos recueillis par Mamadou Guèye

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