L’Assemblée nationale a tenu, ce jeudi soir, une séance publique présidée par le député El Hassan Cheikh Baha, vice-président de l’institution, consacrée à l’audition des réponses du ministre de l’Énergie et du Pétrole, M. Mohamed Ould Khaled, à deux questions orales avec débat présentées par les députés Yahya Ould Loud et Sid’Ahmed Mohamed El Hacen.
Dans sa question, le député Sid’Ahmed Mohamed El Hacen a indiqué que le contenu local constitue un outil important pour la construction d’une base industrielle nationale à travers le renforcement de la présence des produits nationaux et des entreprises locales, ainsi que le développement des chaînes d’approvisionnement dans les secteurs extractifs.
Il a rappelé que la Mauritanie, consciente de l’importance du renforcement du contenu local dans les secteurs des mines et de l’énergie et de la réduction des nombreuses opportunités économiques perdues dans ces domaines, a adopté la loi n°045-2024 relative au contenu local dans les industries extractives et énergétiques.
Le député s’est interrogé sur l’état d’avancement de l’application de cette loi, les mécanismes mis en place pour mesurer les taux de contenu local, ainsi que les outils destinés à renforcer les capacités et la compétitivité des entreprises et produits nationaux afin de répondre aux exigences du texte.
Pour sa part, le député Yahya Ould Loud a évoqué certaines données officielles relatives à l’état des stocks de carburants, notamment à Nouadhibou, faisant apparaître, selon lui, des déséquilibres préoccupants touchant à la sécurité énergétique du pays. Il a cité une baisse importante des stocks de fioul, une diminution du stock de sécurité du gasoil à seulement quelques jours, ainsi qu’un recul inquiétant des réserves d’essence par rapport aux niveaux requis.
Il a demandé au ministre de préciser la situation actuelle des stocks de carburants à Nouadhibou et Nouakchott, chiffres actualisés à l’appui, ainsi que les mesures prises pour garantir le respect par les fournisseurs de leurs engagements contractuels.
Répondant à la question relative au contenu local, le ministre a expliqué que ce dossier a été confié à une nouvelle structure gouvernementale spécialisée récemment créée : le Secrétariat permanent du contenu local, dans le cadre de la mise en œuvre de la vision du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui a érigé le contenu local en priorité nationale.
Il a précisé que cette structure relève directement du Premier ministre, M. El Moctar Ould Diay, et qu’elle est dirigée par un cadre national disposant d’une grande expérience, auquel a été accordé le rang de ministre.
Le ministre a ajouté qu’un projet de modification législative définissant les détails de cette nouvelle architecture institutionnelle a été élaboré et sera soumis à l’Assemblée nationale la semaine prochaine. Il a indiqué que le Secrétariat permanent est désormais l’organe directement chargé du contenu local et qu’il finalise actuellement ses équipements logistiques et son installation.
Le ministre a également évoqué l’évolution du dossier du contenu local, devenu un axe central de la stratégie énergétique nationale, affirmant que le département a engagé une nouvelle dynamique visant à faire des ressources naturelles un véritable levier de croissance économique inclusive.
Il a mis en avant les progrès réalisés dans les domaines de la formation, du transfert de compétences et de la qualification des jeunes Mauritaniens afin de faciliter leur insertion sur le marché du travail avec les qualifications requises.
Le ministre a rappelé que, durant des décennies, les grands projets étaient exécutés sans cadre légal garantissant une participation effective des compétences et des entreprises nationales, avant que la Mauritanie n’adopte, sur instruction du Président de la République, un cadre juridique contraignant élaboré selon une approche participative impliquant l’ensemble des acteurs concernés.
Il a affirmé que les ressources extractives et énergétiques du pays ne resteront pas de simples matières premières, mais deviendront un levier de souveraineté énergétique et industrielle, géré par des compétences nationales et au bénéfice du pays.
Concernant la situation des carburants, le ministre a assuré que la sécurisation des approvisionnements et la stabilité des stocks stratégiques reposent sur un plan rigoureux adopté dès le début de la crise internationale liée à la guerre et aux perturbations des marchés mondiaux qui en ont découlé.
Il a souligné que la vision du secteur ne se limite pas à l’importation et à la consommation, mais vise la construction d’un secteur énergétique capable de jouer un rôle moteur dans le développement, grâce au renforcement des capacités de stockage, des réseaux de distribution, des ressources humaines et des infrastructures logistiques.
Dans ce cadre, il a rassuré l’opinion publique nationale en affirmant que les produits pétroliers sont disponibles en quantités suffisantes et que les opérations d’approvisionnement et de déchargement dans les installations de stockage de Nouakchott et Nouadhibou se déroulent normalement selon un plan précis garantissant la fluidité de l’approvisionnement à travers le pays.
Le ministre a précisé que la Mauritanie importe chaque année entre 1,2 et 1,3 million de tonnes métriques de produits pétroliers liquides, réparties entre 800 000 tonnes de gasoil, 350 000 tonnes de fioul, 125 000 tonnes d’essence et 25 000 tonnes de kérosène.
Il a indiqué que la crise ayant affecté les marchés énergétiques mondiaux depuis fin février 2026, à la suite de la guerre au Moyen-Orient, a entraîné une baisse de l’offre mondiale comprise entre 20 et 25 %, ainsi que des dégâts dans les infrastructures de raffinage du pétrole et de liquéfaction du gaz naturel.
Malgré ce contexte, il a assuré que la Mauritanie n’a enregistré aucune interruption ni retard dans les approvisionnements, et que les mesures de rationalisation de la consommation sont restées limitées et sans impact majeur sur la vie des citoyens, grâce au plan anticipatif adopté par le gouvernement, comprenant également la lutte contre la contrebande et les pratiques spéculatives.
Au sujet des stocks, le ministre a indiqué que le gouvernement a pris, dès le début de la crise, des mesures strictes garantissant la continuité de l’approvisionnement, notamment à travers l’obligation faite aux fournisseurs de respecter un plan assurant le ravitaillement dans toutes les circonstances, avec un suivi quotidien et des réunions permanentes pour sécuriser des quantités supplémentaires.
Il a affirmé que la situation des stocks au jeudi 7 mai 2026 à midi est rassurante, précisant que deux navires étaient en attente d’accostage : l’un transportant 41 900 tonnes de gasoil et l’autre 37 000 tonnes de fioul.
Selon lui, les stocks actuels assurent une autonomie de 52 jours pour le gasoil, 41 jours pour l’essence, 65 jours pour le fioul et 25 jours pour le kérosène, avec l’arrivée prévue d’une nouvelle cargaison de cette dernière substance le 23 mai.
En réponse à la question relative aux engagements des fournisseurs, le ministre a expliqué que les contrats imposent plusieurs obligations essentielles, notamment la constitution de stocks de sécurité, le paiement d’amendes en cas d’utilisation de ces stocks et la satisfaction des demandes des distributeurs dans un délai ne dépassant pas 48 heures.
Il a également présenté aux députés la nature de ces pénalités ainsi que les montants collectés depuis 2021.
Le ministre a assuré que la Mauritanie dispose actuellement de stocks suffisants de diesel, d’essence, de kérosène, de fioul et de gaz domestique, précisant que les réserves de gaz couvrent les besoins du pays pour une durée de 25 jours.
Il a ajouté que le département applique les plus hauts niveaux de vigilance et de rigueur dans la gestion de ces produits stratégiques.
Il a enfin indiqué que le secteur œuvre actuellement, conformément aux orientations du Président de la République et sous la supervision du Premier ministre, à la mise en œuvre d’un programme inédit destiné à doubler les capacités de stockage et à renforcer l’autonomie du pays face aux perturbations internationales.
Ce programme prévoit notamment de porter les capacités de stockage à Nouakchott à 183 000 mètres cubes, soit une hausse de 200 %, ainsi qu’une extension des installations de Nouadhibou à 279 000 mètres cubes d’ici 2027, soit une augmentation de 53 %.
Le ministre a également évoqué les efforts de contrôle, de lutte contre la spéculation, la contrebande et le stockage illégal, menés en coordination avec les autorités compétentes, notamment le ministère du Commerce et du Tourisme.
Il a expliqué que les pénuries parfois constatées dans certaines stations-service de Nouakchott ne sont pas liées à un manque de stocks nationaux, mais à d’autres facteurs tels que l’augmentation de la demande, des comportements spéculatifs motivés par la crainte d’une hausse des prix, les difficultés rencontrées par certains opérateurs dans l’ouverture de crédits bancaires, ainsi que la vente illégale d’essence et de gasoil dans des récipients non autorisés.
Il a précisé que le secteur a pris plusieurs mesures en coordination avec les parties concernées, notamment l’organisation de réunions, l’envoi d’avertissements aux gestionnaires de stations-service et l’imposition de sanctions contre toute pratique contraire à la réglementation.
Le ministre a souligné que la lutte contre la contrebande constitue une priorité majeure pour le gouvernement, particulièrement dans un contexte où ces produits continuent d’être subventionnés par l’État, estimant qu’il est inacceptable que des parties extérieures au pays bénéficient de produits destinés avant tout au citoyen mauritanien.
En conclusion, il a appelé tous les acteurs au respect des mesures de rationalisation de la consommation énergétique et à unir leurs efforts pour lutter contre les comportements illégaux et irresponsables. AMI

Le ministre de l’Énergie et du Pétrole : l’approvisionnement du marché en carburants est régulier et les stocks nationaux sont dans une situation sûre
