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L’agriculture en Mauritanie : la « terre » mettra-t-elle fin au cauchemar du chômage parmi les jeunes ?

Vendredi 2 Janvier 2026 - 18:53

Les jeunes Mauritaniens sont confrontés à des choix difficiles entre le chômage dans les grandes villes et le coût élevé de la vie, d’une part, et l’agriculture comme solution proposée pour créer des emplois, d’autre part.

Dans le cadre de programmes de plus en plus nombreux, le secteur agricole s’est récemment imposé comme une alternative pour des milliers de diplômés, dans le but de relier la « génération diplômée » à la production locale et de réduire la dépendance à l’égard des emplois de bureau limités.
 

Initiatives pour l’intégration des jeunes

En 2024, le gouvernement mauritanien avait lancé un projet pilote visant à créer 200 emplois permanents dans le secteur agricole, dont 87 destinés aux diplômés à la recherche d’un emploi, en exploitant 650 hectares pour la production de riz dans les régions de R’Kiz et de M’Bakjek.

Cette orientation officielle est renforcée par l’ouverture de perspectives d’« immigration légale » organisée.

En collaboration avec l’Espagne, les autorités ont lancé un programme de recrutement d’ouvriers agricoles pour travailler dans les exploitations espagnoles selon des critères précis. Cette mesure vise à permettre aux jeunes d’acquérir une expérience internationale dans les techniques agricoles modernes avant de la transférer à l’intérieur du pays, parallèlement aux efforts visant à réduire l’immigration clandestine, qui a atteint des niveaux records cette année.

Dans le cadre de la coopération entre l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le ministère mauritanien de l’Agriculture, 200 jeunes femmes et hommes de la région ont bénéficié d’opportunités d’emploi à court terme grâce à un accord avec le « Centre de formation des producteurs ruraux ». Il s’agit de programmes visant à remédier à une situation difficile : on estime qu’environ 40 % de la population est âgée de 15 à 35 ans, et qu’une grande partie d’entre elle est sans emploi et ne suit pas d’études, ce qui fait de ces initiatives un moyen de rester dans son environnement d’origine et de réduire la pression migratoire vers l’étranger.

Expériences sur le terrain au Trarza

Sur les rives du fleuve, on observe un changement de mentalité mené par les jeunes. Mohamed, diplômé en économie et en anglais, possède et gère désormais sa propre ferme. Il raconte que l’arrivée des diplômés a provoqué un « boom » de la production et contribué à transformer l’agriculture, autrefois « méprisée », en une activité respectable et rémunératrice. Mohammed affirme que l’expérience de la propriété foncière et du travail indépendant a permis aux diplômés d’entrer en contact avec les agriculteurs traditionnels et d’acquérir leur expérience sur le terrain, soulignant que la vision qu’ont les jeunes de leurs camarades dans les champs et les propriétés privées est devenue la principale motivation pour rejoindre le secteur.

Mohamed ajoute que les avantages économiques de sa ferme et des fermes voisines se sont étendus aux groupes vulnérables et à la population locale. Les propriétaires de charrettes et les femmes qui subviennent aux besoins de leur famille se rendent dans les fermes pour ramasser les « mauvaises herbes » qui poussent à côté du riz et les utiliser comme fourrage ou les vendre sur les marchés de la ville, ce qui leur procure des sources de revenus supplémentaires.

Dans une déclaration à Sahara Media, Sid Ahmed Ould Mohamed, président du bureau de la campagne des diplômés agriculteurs de la ferme « M’Pourié », a confirmé que le gouvernement avait adopté ces dernières années une politique d’intégration des diplômés dans le secteur agricole, la qualifiant d’« expérience pionnière qui a créé de nombreuses opportunités d’emploi pour les jeunes ».

De son côté, le correspondant de Sahara Media à Rosso rapporte d’autres aspects de ce mouvement, soulignant que les réformes agricoles ne se sont pas limitées aux diplômés, mais ont également concerné les « métayers », ces agriculteurs traditionnels auxquels le gouvernement a accordé des terres afin de les encourager à produire. Le correspondant ajoute que la reprise agricole a créé des emplois parallèles dans les usines de décorticage du riz, qui ont commencé à attirer un nombre croissant de jeunes travailleurs dans la région.

Obstacles structurels

Malgré cet élan, les agriculteurs sont confrontés à des défis de taille qui mettent en péril la pérennité de ces projets. Les agriculteurs interrogés par Sahara Media s’accordent à dire que « le problème de la commercialisation » reste le principal obstacle, les jeunes producteurs ayant beaucoup de mal à écouler leurs récoltes à des prix compétitifs qui leur garantissent la pérennité et la couverture de leurs coûts.

À la crise de commercialisation s’ajoutent d’autres obstacles techniques et structurels, que certains qualifient d’« insolubles », au premier rang desquels figurent le problème de la qualité et de la disponibilité des semences, ainsi que l’accès limité au financement bancaire et la complexité des régimes fonciers qui rendent difficile l’obtention de prêts pour les jeunes, considérés comme un « groupe à haut risque ».

Leçon sénégalaise : une lueur d’espoir

Cette transformation en Mauritanie rejoint le contexte régional chez son voisin sénégalais. Dans un entretien accordé à l’agence Associated Press (AP), le fermier sénégalais Fily Mangassa, 33 ans, titulaire d’une maîtrise en criminologie, raconte comment il a quitté la capitale Dakar pour retourner dans son village afin de mettre à profit l’expérience de ses ancêtres pour gagner sa vie grâce à la terre.

Mangas réalise désormais un bénéfice annuel d’environ 3 500 dollars, un revenu supérieur au salaire moyen dans les villes sénégalaises, où le coût élevé du logement pèse lourdement sur les budgets, faisant de la terre une alternative réaliste à l’émigration.

Ces expériences, qui transcendent les frontières des deux côtés du fleuve, confirment la conviction croissante des pays de la région que la « terre » peut constituer un refuge pour les jeunes, à condition de surmonter les obstacles structurels et d’apporter un soutien continu pour garantir que ce choix se transforme en un investissement professionnel durable.

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