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un grain de sable pour secouer la poussière...

Quelques séquences de l’histoire des Kadihines (partie 23) : L’ombre de « la guerre des sables »/Par Ahmed Salem El Mokhtar (Cheddad)

Jeudi 2 Décembre 2021 - 21:29

NB-: (De nombreux noms d’illustres et respectables personnalités sont cités souvent et ici notamment. Le souci de la fidélité à l’histoire est l’unique raison à cela. Pour l’occasion je m’excuse d’avance pour la moindre disconvenance ressentie dans mes propos)
 

« Ce que je pense... »: En début novembre 1975, des accrochages opposèrent des éléments du Polisario à des unités de l’armée nationales dans plusieurs localités du Sahara Occidental. On les appela les événements d’Inal. Le climat ne cessait de s’assombrir. Le 28 novembre, le président Mokhtar Ould Daddah commenta dans son discours officiel les escarmouches en question. Ce soir-là je dînais avec des camarades. On était chez les feu Bedreddine. Sa famille logeait sous une tente dans la cour de l’école 7, non loin du marché central. Cha’er Ahmedou Abdelkader, Ichidou, Bedredine et moi, sont les seuls noms que je retiens de ce groupe. Tous, nous appartenions à la tendance favorable au rapprochement avec le régime. Avec une grande attention, mêlée d’inquiétude, on écoutait religieusement le discours de Mokhtar, prononcé en français.

Un moment de silence s’en suivit. Nous étions complètement déçus. Pour nous tirer de notre torpeur, avec une voix à peine audible, Cha’er s’adressa à moi : « Cheddad, qu’est ce qui tu penses du discours du Président Mokhtar ? ». Sans beaucoup réfléchir je lui répondis : « Je crois que le régime va en guerre. Et si cela arrive les réformes engagées par lui seront sérieusement compromises. Dans ce cas de figure il va falloir revoir notre attitude vis-à-vis du pouvoir. »

Ould Bedredine commenta aussitôt mes propos : « Vous avez tout à fait raison ! » Ichidou ne dit rien. Après le thé et le dîner, on se leva pour partir, en réalité difficilement, les corps alourdis par la nouvelle situation qui s’annonçait inexorablement. Et si vous me demandez quel était le goût du dîner, je vous dirais tout de suite qu’il était certainement amer.
Ichidou me prit de côté pour me dire à voix basse : « C’était grave ce que vous venez de dire ! ». « Et qu’est-ce que j’ai dit ? », demandai-je. «Ce que vous avez dit à propos du discours du Président Mokhtar », rappela Ichidou, qui n’arrivait plus à cacher son découragement. « Ha ! Oui, jusqu’à preuve du contraire, c’est « ce que je pense », répondis-je. « Si c’est comme ça, je vais te prendre un rendez-vous avec Ould Abeidrrahmane pour discuter de ce que tu viens de dire », ajouta Ould Ichidou.
 

La tendance cachée: Je dis que je suis tout à fait d’accord. Je pris rapidement contact avec Ould Abeidrahmane. Ce dernier me donna une série de rendez-vous sans avoir jamais eu le temps de discuter avec moi. Cet instant marqua la naissance d’une nouvelle et profonde division au sein du MND. Les divergences sur la guerre du Sahara submergèrent celles qui nous opposaient à propos de la ligne de conduite à tenir vis-à-vis des réformes du régime. « Une tendance peut en cacher une autre », disait Mao Tsé Toung. Pour les uns, la guerre est un péché capital qui risquerait même de compromettre l’existence du pays.

Franchement parlant, je ne peux formuler aucune idée claire et précise de l’opinion des autres. Je me rappelle que des éléments notoires du MND, menés par Moustafa Ould Abeidrrahmane, se sont fait enrôler dans des unités de supplétifs qui s’entrainaient avec enthousiasme au stade de la capitale pour, disaient-ils, « défendre leur pays ». Je sais aussi qu’un bon nombre de militants et de sympathisants, menés généralement par Ichidou et Ould Abeidrrahmane, manifestaient un silence complice vis-à-vis de « la politique de réunification », expression consacrée de l’époque.

Au niveau du comité local du parti, tous les quatre, nous étions absolument engagés contre la guerre tout en continuant à mobiliser légalement contre elle. Ce qui suscita une grande inquiétude au niveau de certains membres du comité permanent du parti. Pour chercher à nous influencer, ils nous ajoutèrent Abdelkader Ould Hamad, un proche d’eux sur cette question. Désormais cette phase de la lutte interne opposait généralement deux clans issus des anciens partisans de l’option de rapprochement avec le régime. Ichidou, Ould Abeidrrahmane et Abdelkader Ould Hamad, d’un côté. Ould Bedredine, Ladji et moi, en plus de Daffa de l’autre. Mohamed Ould Maouloud et Moussa Fall, les chefs de file de l’opposition à tout rapprochement avec le régime, ne se faisaient pas voir dans cette phase. Leur troisième compagnon, un jeune de grand talent, leur fut dérobé par Ahmed Ould Mohamed Saleh, le ministre de l’intérieur. Il lui créa immédiatement une service spécial dans son cabinet, connu  aujourd’hui sous le nom de la direction des affaires politiques.
 

Les jeunes contre « la réunification »: Les autorités mobilisèrent tous les moyens pour convaincre les gens de la guerre de «réunification ». En dépit de tout cela, l’adhésion à cette idée demeurait marginale. À la fin de l’année 1975, la direction du PPM et le Conseil supérieur des jeunes furent chargés de l’organisation de missions à l’intérieur du pays afin de sensibiliser les gens, les jeunes en particulier, qui étaient les plus réticents, en vue de les amener à adhérer à la nouvelle politique belliciste du régime. Si notre tactique était d’agir en dehors des structures légales du parti unique au pouvoir, notre action contre la guerre serait particulièrement limitée et inefficace du moment que la grande masse des jeunes fut attirée uniquement  par l’action légale largement autorisée en ce moment..

Des personnalités religieuses furent impliquées. C’est ainsi que feu Mohamed Vall Ould Bennani dit Meval fut chargé de diriger la mission chargée de sensibiliser à Mederdra. Là, il va tenir un meeting. Cherchant à limiter les interventions des jeunes, considérés comme opposés à la guerre et supposés à l’époque peu connaisseurs du Coran, il recommanda aux intervenants, dans son mot d’ouverture, de toujours commencer par un verset de coran.
 

L’indomptable Hassan Taleb: « Le casse-pied », l’éternel rebelle, l’éternel jeune, Elhassène Ould Taleb, s’arrangea pour être le premier intervenant. Il débuta, comme recommandé, son intervention, par un verset du coran : « Innaelmouloukaidhadakhalou… », le verset choisi par Hassane, fustigeait les dégâts et les destructions causés souvent par les guerres expansionnistes menées par des rois. L’allusion au roi du Maroc était évidente.

La salle éclata de rire dès qu’El hassène prononça les premiers mots du verset sacré. Bennani se mit en colère et suspendit le reste de la séance. Entourés de jeunes, Hassène demeura imperturbable : il ne cessait de crier à tue-tête le verset coranique « …wekedhalikayevalouna ! » :et ainsi ils font.
Au niveau du PKM, le comité permanent, sous l’influence des membres proches de l’option militaire, nous déclara la guerre au niveau du Comité Local. J’étais le dernier tendon de l’unité du parti. Je décidais de rompre définitivement ce lien, à la grande satisfaction de mon ami Mohamed Ould Maouloud, qui ne cessait de me harceler pour la rupture avec les autres. J’ai veillé à préparer et soigner minutieusement cette rupture.

En Janvier 1976, un séminaire régional des jeunes fut organisé par la fédération des jeunes du PPM. Des centaines de jeunes y ont pris part. Le comité Local de Nouakchott se chargea de l’influencer de l’intérieur. L’on avait réussi à le retourner contre la guerre. Un congrès des jeunes du PPM fut programmé pour août 1977. Les autorités mirent tout en œuvre pour que ce congrès cautionne leur entreprise militaire. Notre division interne éclata au grand jour durant les travaux de ce congrès. Notre action nous avait permis d’influencer une résolution contre la guerre. Elle va susciter l’ire des dirigeants du PPM. Le ministre d’État Abdellahi Ould Boya intervint en pleins travaux du congrès pour déchirer publiquement cette résolution. Ce qui n’avait fait qu’amplifier son écho. lecalame.info

 

 

 

(A suivre)

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