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un grain de sable pour secouer la poussière...

Malgré ses généraux sur écoute, Aziz n’a pas vu le coup venir… ( 1ère partie )

Jeudi 11 Mars 2021 - 15:25

Aucun observateur étranger au sommet du pouvoir militaire ne peut prédire les rebondissements futurs du procès partiel de la décennie. Procès partiel car il est impossible de faire le procès de la décennie sans faire le procès du pouvoir tout entier mais Aziz, ivre de pouvoir, ayant gratuitement déclaré la guerre à Ghazouani au risque d’impliquer d’autres généraux et pas des moindres, il a fallu lui répondre mais d’une manière mesurée pour l’instant : humilier sans briser, faire subir la force sans casser et montrer au peuple et au makhzen qu’Aziz n’est plus rien militairement juste un homme seul face au nouveau régime, un homme sans partisans prêts à le défendre car il ne s’est entouré que de corrompus, d’opportunistes pendant qu’il humiliait psychologiquement ou financièrement ses adversaires.

 

Après le coup des audios, coup impardonnable digne de haute trahison car on se demande bien qui à part lui a pu les commanditer, Aziz a fait quelque chose de plus grave à Ghazouani qui risque de le poursuivre toute sa vie : il l’a accusé indirectement de malversations financières durant ses années comme chef d’Etat-major général des armées en espérant que le corps militaire, qui ne roule pas sur l’or, en voudra à Ghazouani alors que c'est lui et non Aziz, le pigeon voyageur, qui a redressé l'armée qui était démunie. Aziz s’est occupé surtout de sa sécurité en équipant son Basep. 

 

C’est une accusation d’autant plus redoutable que Ghazouani n’a été mouillé dans aucun scandale financier de l’ère Aziz. Aussi, Aziz sournoisement invite chacun à se poser la question suivante : peut-on imaginer que Ghazouani, tout puissant numéro 2 du régime azizien, soit pauvre ? Et s’il ne l’est pas, d’où lui vient sa fortune présumée ? Aux yeux du plus grand nombre, l’équation est simple et la réponse coulerait de source : si Ghazouani est fortuné, sa fortune ne peut venir que des ressources de l’armée et donc quiconque souffre de soucis financiers dans l’armée, à cause par exemple d’un maigre salaire, en voudra à Ghazouani. Il s’agit de milliers d’hommes pour ne pas dire 95% de l’armée.

 

Aziz savait très bien ce qu’il faisait quand il a fait ces insinuations notamment lors de sa dernière sortie médiatique chez lui. Depuis ce n’est plus seulement Ghazouani sa cible mais ceux qui le soutiennent notamment le puissant ministre de la défense et son clan. Aziz a rompu toute fraternité avec ces généraux par ses accusations dangereuses pour eux et pour l’équilibre de l’armée. Un équilibre de plus en plus réajusté car en l’absence de toute opposition civile crédible, l’armée toute puissante vit de l’intérieur des tensions de clans de moins en moins discrètes.

 

Il a fallu donc régler à Aziz son compte mais le nouveau régime n’est pas sanguinaire sinon un accident serait vite arrivé et comme il n’y a apparemment pas un chef qui décide seul mais un groupe qui décide ensemble en bonne intelligence, il n’y a pas d’accord à propos de ce qu’il faut lui faire. Aziz ne peut pas être jeté dans un cachot, ni liquidé, personne ne peut l'obliger à rapatrier sa fortune, sa famille ne peut pas subir le même sort pour le briser, on ne peut pas encore le libérer, ni l’envoyer à l’étranger et on ne peut pas le garder éternellement en résidence surveillée. Il ne reste plus qu’à essayer de le dompter par les tracasseries et l’humiliation jusqu’à ce qu'il soit mûr à laisser le régime tranquille afin d’avoir la paix mais qui connaît Aziz sait qu’il ne désarmera jamais mais ce traitement reste l’unique issue acceptable par tous les généraux : ceux qui veulent le briser et ceux qui estiment qu’il faut le ménager jusqu’à le dompter. 

 

 Il a donc fallu faire un tri, épargner des repentis qui ont certainement livré certaines informations, cueillir des pontes du régime azizien sans déstabiliser tout l'Etat qu’il avait domestiqué afin de ne pas l'avoir contre soi.

 

Au cœur du procès, on trouve donc une leçon donnée par l’armée à quelqu’un qui se sentait invincible grâce à son Basep et était en passe d’éliminer pacifiquement les derniers hauts gradés de sa génération avec un sérieux pouvoir dans l’armée. Aziz était arrivé à une telle puissance financière, politique et même diplomatique qu’il lui suffisait de se libérer d’un Ghazouani, d’un Hanena Ould Sidi et de 2 ou 3 autres pour avoir tous les pouvoirs pour le restant de ses jours.

 

Il n’allait certainement pas tarder à le faire et il lui suffisait d’attendre qu’ils passent à la retraite. Cela rappelle que si en 2005 Aziz a décidé de faire un coup d’Etat contre Taya c’est parce qu’il avait compris qu’il allait être muté au Nord et perdre le Basep car autour de Taya certains avaient vu le danger que représentait Aziz et malgré tout ce qu’Aziz a pu faire avec son clan pour aveugler Taya ce dernier n’était pas loin de s’en débarrasser. Il fallait faire vite.

 

Avec Aziz ce fut pareil. Ses amis généraux ont compris qu’il était capable de tout et plus personne n’était à l’abri de rien mais ils ne pouvaient rien faire car Aziz était le chef absolu et tout le monde était sur écoute. Un mot, une rencontre injustifiée dans ce monde où un peu de paranoïa est nécessaire à la survie et vous êtes cuit.

 

De là l’inespéré concours de circonstances qui a permis de se libérer d'Aziz et qui aboutit au léger procès que voilà. Comment Aziz tout puissant si renseigné a-t-il pu être berné par ses généraux au point d'accepter de quitter le pouvoir en croyant pouvoir revenir ?


à suivre...


AOSA

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