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un grain de sable pour secouer la poussière...

La pêche à l'explosif en Libye, fléau écologique en Méditerranée

Lundi 20 Août 2018 - 10:59

Pas de grasse matinée pour les Libyens riverains de la Méditerranée à Tripoli, réveillés chaque week-end par les déflagrations de dynamite, une pratique de pêche ravageant les récifs et la faune marine dans l'impunité la plus totale.

Plus rentable mais beaucoup plus nuisible que les techniques classiques, cette pêche était déjà répandue en Libye. Mais elle s'est encore développée avec la prolifération des armes depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, en 2011.
 
 
Postées sur les réseaux sociaux par des pêcheurs se vantant de leurs exploits sans crainte de poursuites judiciaires, des vidéos montrent des déflagrations soulevant l'eau de quelques mètres et projetant des dizaines de poissons morts à la surface. "On entend les déflagrations (...) mais personne ne peut les arrêter", déplore Bannour Abou-Kahal, directeur du port de pêche de Garaboulli, à l'est de Tripoli.

"Elles font trembler les vieilles fenêtres de ma maison près de la mer tous les vendredis matin. Je ne m'habitue pas à ce bruit et lorsque mes petits-enfants viennent me rendre visite, je dois les rassurer en leur disant qu'il s'agit de gens qui pêchent et non de bombardements de l'Otan", raconte Mariam, 64 ans.

- Faible conscience écologique -

La "gélatine", mot utilisé en Libye pour identifier la matière explosive, ne laisse rien sur son passage, ni faune ni flore. "Elle tue les poissons, les œufs, les larves et même les plantes", explique Fathi al-Zaytouni, pêcheur et poissonnier.

La pêche à la dynamite "réduit le nombre de poissons", et elle "n’est ni correcte ni saine" pour le consommateur car la chair du poisson est "déchiquetée", indique de son côté Mokhtar, un poissonnier du centre de Tripoli.
 
Un poissonnier libyen expose la pêche du jour au marché de poissons à Tripoli, le 4 août 2018 / © AFP / Mahmud TURKIA
Dans ce vaste pays méditerranéen disposant d'un littoral inexploité d'environ 1.770 kilomètres, les revenus de la pêche arrivent loin derrière les recettes pétrolières dont dépend quasi exclusivement l'économie nationale.

Et la protection de l'environnement n'est pas une préoccupation à ce jour, encore moins en milieu marin, regrette une biologiste marine libyenne sous le couvert de l'anonymat.

Ainsi, l'utilisation de la dynamite ou des chalutiers qui raclent le fond des mers font des ravages sans que personne s'en préoccupe, déplore-t-elle.

Outre la dégradation des fonds marins, la pêche à l'explosif fait également des dizaines de morts et de blessés chaque année, mais les autorités, qui n'ont pu être contactés par l'AFP, ne donnent aucune statistique.

Seuls quelques médias locaux font parfois état de ces accidents. En mars 2018, trois hommes de la même famille ont été tués à Syrte (450 km à l'est de Tripoli) en désamorçant des bombes afin d'en extraire les explosifs qu'ils voulaient utiliser pour pêcher.

Cinq ans plus tôt, le cheikh Sadek al-Ghariani, qui se pose comme la plus haute autorité religieuse de Libye, avait souligné dans une fatwa (décret religieux, ndlr) que ce procédé était "interdit par les réglementations régissant la pêche. "S'il porte préjudice à l’environnement et à l’homme, il ne faut plus y recourir", avait-il tranché. Sans grand résultat.
 
Un bateau de pêche à Garaboulli sur la côte méditerrannéenne, à une cinquantaine de km à l'est de la capitale libyenne, le 4 août 2018 / © AFP / Mahmud TURKIA
- Appel aux autorités -

"Personne ne semble pouvoir y mettre un terme. (...) Il faut que les autorités et les gardes-côtes fassent leur travail" avant qu’il ne soit trop tard, clame Noureddine Souleimane, pêcheur à Tripoli. 

La dégradation de la situation sécuritaire en Libye a par ailleurs poussé de nombreux travailleurs étrangers, notamment des Egyptiens et des Tunisiens, à quitter le pays. Pour l'industrie de la pêche traditionnelle, ils étaient pourtant fort utiles sur les grands chalutiers dont les propriétaires peinent à reformer les équipages.

"Rares sont les Libyens prêts à faire ce genre de travail, surtout parmi les jeunes", déplore Abdelrazag al-Bahri, pêcheur septuagénaire qui, même à la retraite, ne peut s'éloigner du port de Tripoli.

En cette nuit d'été sans lune, il se met à compter les barques au lamparo qui constellent la mer dans l'obscurité pour pêcher la sardine.

"Il y a encore de l'espoir tant que de braves pêcheurs sortent la nuit en silence pour attraper quelques poissons dans le respect de ce métier", dit-il en fixant l'horizon.



(©AFP / (20 août 2018 11h25)
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