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un grain de sable pour secouer la poussière...

​Avec des grands mots, Bouamatou naïvement s’adresse à des fantômes…

Mercredi 29 Août 2018 - 17:19

Quand j’ai reçu hier soir la tirade signée Bouamatou qui appelle à la résistance, d’abord je me suis demandé quel site connu oserait publier cela à l’heure où une simple plainte pour diffamation peut vous envoyer en prison ? Le Calame a osé. Les autres, Saharamedias, Alakhbar se sont contentés de faire des résumés car il faut bien informer les gens de l’initiative. Nous proposons en PDF le texte entier en le mettant en perspectives...
 

 
 

De toute façon en français et en arabe, le texte est entré partout car WhatsApp est beaucoup plus redoutable qu’internet vu le mauvais débit et le faible taux de connexion. Whatsapp, tout le monde peut en profiter car l’envoi coûte peu et ne demande pas un débit correct pour naviguer sur le net.
 
Reste l’impact de tout ça : en lisant ça, j’ai eu un peu mal pour monsieur Bouamatou qui persiste dans une voie stérile ; celle des incantations comme si quelqu’un en Mauritanie allait bouger pour entrer en « résistance » contre le régime d’Aziz. Cela m’a rappelé la sortie de Sidioca l’année dernière avant le référendum visant à dissoudre le Sénat. C’était à peu près les mêmes mots, un appel à la résistance. Je ne sais qui a conseillé à Sidioca de sortir de son silence pour ça, mais ce fut un pénible flop.
 
Là c’est pareil. Demain plus personne ne parlera de cette sortie de Bouamatou sinon pour dire qu’il estime que la mort de Ely Ould Mohamed Vall est suspecte, ce qui signifierait qu’il faudrait la mettre sur le dos du régime. De quoi donner à ce texte un écho d'un jour de plus...
 
Bouamatou se trompe depuis le début en croyant que les mots peuvent faire bouger qui que ce soit dans ce pays pour risquer sa vie contre ce pouvoir car depuis 1978, le changement de tête au sommet du pouvoir n’est venu que de militaires. Ceux qui réussissent deviennent présidents et les autres sont tués, ou torturés avant d’être libérés comme ceux de 2003.
 
La politique est une affaire sérieuse et même de vie ou mort sous des régimes autoritaires armés qui ont su domestiquer les rouages de la démocratie. Qui est prêt à risquer sa vie même dans un mouvement pacifique, une marche vers la présidence ? Personne ! Toute l’opposition qui marche depuis 10 ans tourne autour du pot à savoir la présidence. Ils marchent vers la grande mosquée, ils marchent vers la mer, le désert et ses mirages mais jamais personne parmi ces opposants même radicaux n’a osé entreprendre ou initier une marche vers la présidence.
 
Les seuls à avoir osé cela ce fut un soir, les gens de Tawassoul ayant profité de l’affaire Mkheitir pour aller vers la présidence. Ce fut improvisé mais ils n’y sont jamais arrivés. 
 
L’initiative de monsieur Bouamatou est d’une incroyable naïveté pour un homme si malin qui a pu faire fortune à partir de rien. Comment peut-il perdre son temps et son argent à agiter des mots, des sites internet et même de redoutables rappeurs en croyant que cela va déstabiliser le pouvoir ? Les mots ne servent que s’ils peuvent arriver à des coeurs prêts à bondir et même là pour que ça réussisse il faudrait à un moment ou un autre un soutien au coeur des forces de sécurité or qui peut imaginer cela en Mauritanie ?

Il faut être naïf pour croire qu’Aziz et les siens ont mis n’importe qui à la tête des forces de sécurité. Il faut être naïf pour croire que des gens qui fuient devant deux bombes lacrymogènes vont pouvoir inquiéter des gens qui tiennent une armée avec en plus une armada de civils pour justifier la légalité constitutionnelle de leur pouvoir.
 
Les mots en Mauritanie ne peuvent servir que la calomnie ou rétablir une vérité, ils ne peuvent en rien déplacer les foules sauf si le pouvoir le décide. Qu’on nous prouve le contraire !
 
En plus, Bouamatou traîne un boulet en matière de crédibilité car il fut le banquier d’Aziz pour se faire élire après son coup d’état contre un civil démocratiquement élu ; on parle de 7 milliards et il n’est parti du pays que parce qu’Aziz n’a pas voulu faire avec lui ce que Taya fit avec d’autres hommes d’affaires en leur livrant le pays et en restant soi-même quasiment sur la paille.
 
Qui peut aujourd’hui croire que Bouamatou est au service de la Mauritanie et non d’une soif de vengeance contre celui qui a profité de lui avant de devenir ennemi ? Aziz traîne le même boulet quoi qu’il fasse, il peut se faire élire mille fois, restera toujours le péché originel du coup d’état et ensuite la fuite en avant. Daddah a le même boulet en ayant pris acte du coup d’état. Messoud Ould Boulkheir c’est pareil lui qui a trahi l’opposition historique en 2007 pour rejoindre le candidat des militaires sorti de nulle part en échange d’un fauteuil juteux à l’assemblée, près de 5 millions mro par mois. Tawassoul c’est pareil, ils étaient à la table du candidat des militaires Sidioca avant d’en être expulsés. Les têtes des cavaliers du changement, ce n’est guère mieux, certains avaient ouvertement fait allégeance à une puissance étrangère à savoir la Libye de Khadafi.
 
On peut ainsi énumérer mille exemples de compromissions impardonnables de ses opposants au bilan de pacotille. Il n’y a de crédibilité qui inspire confiance jusqu'au sacrifice nulle part et même s’il y en avait une, elle ne trouverait personne pour se sacrifier pour un idéal. On ne trouve cela chez nous que venant des militaires ou des terroristes. Le reste parle et Aziz laisse parler car il sait que cela favorise l’image du régime mais quand les mots deviennent too much, on arrête la récréation et on coffre tel et tel, puis le calme revient.
 
L’opposition doit réfléchir à une façon de retrouver sa crédibilité, une façon de trouver des moyens de pression sur le pouvoir, des moyens d’actions pacifiques efficaces face au pouvoir arrogant et méprisant. Ces moyens existent mais il faut croire qu’ils soient étrangers à la culture de nos opposants. Il faut dire que la trahison est si courante que trouver des gens de confiance pour penser sans avoir peur d’être trahis, ça déjà c’est devenu impensable. De là qu’on ne peut qu’admirer, même lorsqu’ils échouent, ces militaires qui réussissent à mettre leur vie entre les mains d’un frère d’arme pour oser affronter une puissance redoutable et implacable avec de bonnes raisons de le faire.
 

Reste qu'aucune de ces raisons ne peut plus provoquer les coups d’état classiques que nous avons toujours connus : des sortes de révolution de palais sans mort d'homme ou très peu ; pas de quoi diviser l'armée. Faut-il le souhaiter ? Pour ma part j’estime que nous en avons assez eu et il faut en finir avec cette culture des coups d’état.
 
Il faudrait consulter des experts militaires mauritaniens pour qu’ils expliquent comment Aziz a réussi à verrouiller ce genre de démarche en multipliant les corps, le nombre de généraux mais ces témoins sont introuvables car plus que jamais il s’agit de la grande muette…
 
VLANE

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