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un grain de sable pour secouer la poussière...

Vivre seul et sans contact physique avec d'autres humains, le lourd coût du confinement

Samedi 4 Avril 2020 - 10:51

Il y a encore trois semaines, on pouvait voir Shelley Howard six jours sur sept dans l'un des restaurants ou bars de Chicago, sirotant un verre avec des amis. Aujourd'hui, comme des millions d'autres personnes sur Terre, cet Américain passe ses soirées seul chez lui à cause de la pandémie de coronavirus.

A 73 ans, M. Howard, de nature très sociable, publiait régulièrement des photos de ses soirées animées, le montrant souvent distribuer poignées de main et embrassades.

Mais avec le confinement et la fermeture de tous les commerces non essentiels, ce graphiste dans l'industrie de la musique, qui vit seul, est quasiment à l'isolement, coupé de presque tout contact humain.

Shelley Howard Personal collection/AFP / -Handout - Shelley Howard dans un restaurant à Chicago le 12 mars 2020

"Je suis quelqu'un qui aime enlacer les autres, et les gens m'aiment bien. Mais c'est comme ça", se résigne-t-il.

Son expérience est la même que celle de beaucoup d'autres à travers le monde, déprimés par la perte des contacts physiques quotidiens que l'on considérait comme acquis et que les scientifiques jugent vitaux.

"Ce qui se passe avec le toucher est un changement très physique", dit Tammy Field, directrice du Touch Research Institute à la faculté de médecine de l'université de Miami.

"Le système nerveux est ralenti. Le rythme cardiaque diminue, la tension artérielle aussi, les ondes cérébrales vont vers plus de relaxation, et cela provoque la baisse de cortisol, qui est l'hormone du stress".

- Appels vidéo -

Lilia Chacon, directrice de la communication de la ville de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, a elle aussi la nostalgie de l'époque où elle avait des contacts humains dans sa vie.

AFP/Archives / KAMIL KRZACZYNSKIChicago le 21 mars 2020

Mme Chacon, 65 ans, vit seule et travaille de chez elle.

"C'est fou ce que votre réalité peut vite changer. Je regarde la télé, je vois des gens assis ensemble à une table, s'enlaçant tous, et je me dis: +Oh mon Dieu, ça ne se passerait pas comme ça aujourd'hui+", dit-elle.

Pour pallier le manque, elle raconte avoir recours aux appels vidéo avec ses amis.

"On trouve des moyens d'entretenir les amitiés et l'intimité. Je mets un point d'honneur à utiliser (les appels vidéo) FaceTime, à rester en contact avec mes amis de manière visuelle, pas juste à travers des appels. Et ça aide", affirme-t-elle.

Les personnes plus âgées sont particulièrement affectées, parce qu'elles sont très vulnérables au coronavirus et vivent souvent seules.

Mary Carlson est neurobiologiste à la Harvard Medical School. Elle est devenue spécialiste de la privation de sensations après avoir étudié des bébés ayant grandi dans des établissements roumains en sous-effectif dans les années 1990.

"J'encourage les gens à avoir des interactions sociales par le biais de la vision et de l'ouïe", dit-elle. "Pour ceux vivant seuls, la technologie permet ces interactions téléphone et vidéo pour compenser cette période nécessaire et limitée de restriction du toucher".

AFP/Archives / SETH HERALDA Detroit dans le Michigan le 24 mars 2020

Mary Carlson rassure ceux qui s'inquiètent et se demandent s'ils se souviendront comment interagir normalement après la pandémie.

"Je donne toujours l'exemple de Nelson Mandela, qui a passé 27 ans en prison", explique-t-elle.

"Nous savons tous que quand il est sorti, nous l'avons vu à la télé et nous avons entendu toutes les choses qu'il a dites, et il n'avait pas du tout perdu ses capacités sociales ou sa sensibilité aux autres".

- Animaux domestiques -

Même si cela ne remplace pas le contact physique avec d'autres personnes, Tammy Field, du Touch Research Institute, conseille par exemple aux personnes vivant seules de s'asseoir par terre et de faire des étirements, de se laver dans la douche, de marcher pour stimuler les récepteurs sensoriels.

GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / BRUCE BENNETTA New York le 2 avril 2020

Charlotte Kullen, 46 ans, qui dirige une société de relations publiques dans l'immobilier à Manhattan, vit seule et travaille de chez elle. Pour elle, c'est la durée des restrictions qui commence à poser problème.

Car bien qu'elle ait survécu à un cancer et qu'elle souffre d'une maladie auto-immune --et qu'elle apprécie à ce titre les mesures de confinement-- "un mois chez nous est une chose, mais si ça dure 18 mois, c'en sera une autre".

A Chicago, Shelley Howard compense en promouvant sur les réseaux sociaux les concerts de salon d'un ami.

Il compte aussi sur la présence de ses deux chats. "Ce n'est pas la même chose mais l'un dort sous mon bras, je passe donc dix heures collé à cette chose vivante, qui respire", dit-il. "Et l'autre dort sur mes genoux ou sur ma poitrine. Je suis donc en contact avec des êtres vivants".

AFP

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