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un grain de sable pour secouer la poussière...

Recherche de l’or en Mauritanie Un an après, quels résultats ?

Vendredi 17 Février 2017 - 18:44

Entamée il y a près d’un an dans la région de l’Inchiri, la recherche de l’or n’a pas fait que des heureux dans le pays. Les fortunes ont été diverses : si certains orpailleurs s’y sont frottés les mains, la désillusion a été au rendez-vous pour de nombreux autres.


Quelques centaines de Mauritaniens se précipitent au nord de Nouakchott, aux environs du site d’exploitation aurifère de Tasiast. Ce flux s’expliquait par une rumeur qui avait circulé dans tout le pays, soutenant qu’un berger y aurait découvert des pépites et de la poudre d’or. Un nouveau métier venait de voir jour, celui d’orpailleur ! Les nouvelles tombaient alors les unes après les autres, dans les médias, confirmant l’existence de l’or en abondance, dans la zone et au-delà. Les aventuriers se firent plus nombreux.
 
Des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes décidèrent d’y aller pour y trouver leurs chances. Certains seuls ou en famille, d’autres en groupes de familles et d’autres encore en équipes. Le pays empêtré dans une profonde crise financière et économique, et le taux de chômage atteignant des niveaux jamais égalés, la découverte de l’or sur le territoire national redonnait de l’espoir dans les foyers. D’autant plus que le gouvernement avait confirmé l’existence de cet or et s’était invité dans la partie en décidant de l’organiser. Un conseil de ministres avait vite été tenu pour réglementer le secteur. « L’Etat a décidé d’agir face à la ruée des citoyens vers cette activité pour en limiter les risques et pour protéger les zones accordées par licences à des sociétés » dira le Directeur général des mines qui avait tenu à préciser que le secteur était strictement réservé aux Mauritaniens « pour obtenir l’autorisation de chercher de l’or, "il faut être citoyen mauritanien, avoir un détecteur de mine dûment dédouané, payer une taxe de 100.000 ouguiyas et s’engager à revendre son produit aux structures étatiques désignées à cet effet pour éviter les sanctions prévues" nota-t-il.
 
L’or était donc bel et bien là ! Les apprentis chercheurs se firent plus nombreux. Hommes, femmes…, presque tous les âges, vont déserter leurs villes, leurs villages ou leurs petites contrées pour se rendre vers la région de Benichab. L’économie du pays connut un léger mieux, avec des entrées au Trésor estimées à plusieurs milliards d’ouguiyas que l’Etat avait obtenus par la livraison de l’appareil d’orpaillage et son dédouanement. Le marché de la consommation se porta mieux, et pour cause… les orpailleurs appelés à s’engager dans le désert, devaient se doter d’outils complets, de moyens de transports particuliers (des voitures tout terrain) et d’importantes provisions. Le prix de l’appareil de recherche d’or fut multiplié par 10 allant de 200. 000 UM à 2 millions si ce n’est plus ! Les pelles, les râteaux, les tamis, les brouettes avaient vu leur prix quintuplé. Sur place, au niveau de la Transsaharienne, un marché avait été installé animé par des centaines de commerçants (restaurateurs, vendeurs d’eau…). Les affaires marchaient à merveille pour tous les acteurs.
 
Très vite, les premiers résultats tombèrent : cinq pépites retrouvés par des veinards par là, sept pas ci, une dizaine ailleurs. Parfois beaucoup plus. Parfois rien ! Comme des fourmis dans une termitière, les orpailleurs avaient creusé dans toute la zone et bien au-delà. En un laps de temps, la zone avait été entièrement ratissée. Et certains intrépides finirent par envahir les sites de Tasiast alors que d’autres s’étaient aventurés dans l’extrême nord du pays. Les fortunes furent diverses, entretenues par des rumeurs qui évoquaient parfois d’importantes découvertes tenues au secret par les orpailleurs.
 
Sur place, des hommes d’affaires avaient ouvert des agences pour l’achat de l’or et même des roches contenant des trace de présence d’or. Le commerce marchait à merveille.
Mais, les déconvenues furent elles aussi diverses, voire nombreuses avec nombre d’acteurs qui sont éternellement resté bredouilles. Côté environnement, ce fut la catastrophe : dans leur course effrénée, les orpailleurs avaient creusé partout dans la zone, abattant les rares arbres qui s’y trouaient et laissant derrière eux des terrains crevassés préjudiciables au déplacement du cheptel, les rares puits avaient été dévastés alors que le sol était recouverte de détritus, surtout des emballages en plastic.
 
Sur le plan de la sécuritaire, les accidents de la circulation se comptaient par dizaines avec leurs lots de blessés graves et de disparus. Nombreux furent les aventuriers qui furent repêchés dans le désert alors qu’ils avaient perdu la boussole, nombreux furent aussi ceux qui y ont laissé leur vie du fait de la soif et de la fatigue.
 
Six mois plus tard, l’optimisme béat des orpailleurs s’estompait. Nombreux étaient les orpailleurs qui n’avaient rien trouvé sur place et qui ne cachaient plus leur amertume. Certains avaient perdu tout leur bien, épuisé toutes leurs économes, pour se constituer les moyens de l’aventure. Ayant tout perdu et n’ayant rien obtenu sur place, ils étaient obligés de revenir chez eux. Sur place, les forces de la gendarmerie chargés de contrôler les licences et de la sécurité, avaient été sommées d’adoucir leurs contrôles. C’est le moment choisi par des étrangers pour s’infiltrer dans les rangs des orpailleurs. Nombre d’entre eux venaient de leurs pays. Plusieurs fois, ils ont été arrêtés, ais chaque fois et forcés de payer des amendes, mais chaque fois, ils reviennent sur les lieux.
 
Aujourd’hui, la situation est restée en l’état. Malgré les déconvenues enregistrées, les candidats à l’aventure continuent de se rendre sur les lieux. Les plus audacieux bravant de temps en temps les forces de sécurité en place pour s’infiltrer dans des zones interdites et ceci malgré les tirs de sommation de la gendarmerie.
Un an après la première ruée vers l’or en Mauritanie, la situation reste des plus confuses : l’or a bien été trouvé sur place mais nul, même pas l’Etat, ne sait à quelles proportions ! Des milliers de Mauritaniens y ont laissé des « plumes », près d’une centaine devant traîner des handicaps à vie pour des séquelles d’après accidents de la circulation et une vingtaine y ayant perdu la vie, laissant derrière eux des familles. Et la situation est d’autant plus confuse, que le marché des orpailleurs semble encore tenir certaines de ses promesses. Raison de cet état de fait : ces chercheurs d’or toujours nombreux qui n’ont pas encore fini d’aller à l’aventure et ces étrangers – souvent munis de moyens conséquents- de plus en plus nombreux à s’intéresser au secteur.

MOMS

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