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un grain de sable pour secouer la poussière...

John Bolton, l'homme que tout Washington déteste

Lundi 22 Juin 2020 - 08:03

L'ex-conseiller à la Sécurité nationale s'est attiré tout au long de sa carrière de multiples inimitiés, même celle, finalement, de Donald Trump.


John Bolton a un talent incontestable : partout où il passe, il réussit à se faire des légions d'ennemis. Jugez plutôt : en 2005, le président George Bush le nomme ambassadeur à l'ONU. Lors de sa confirmation au Sénat, ses anciens collègues déversent sur lui un tel déluge d'horreurs que même des républicains refusent de le soutenir. Une humiliation rare. On l'accuse d'être violent, arrogant, d'intimider et de harceler ceux qui osent le contredire, bref d'être « une brute ». George Bush en est réduit à le nommer pendant les vacances du Congrès avec un mandat temporaire (ce qui lui évite la confirmation du Sénat).

Treize ans plus tard, Donald Trump  en fait son conseiller à la Sécurité nationale. Et à en juger par le récit qu'il vient d'écrire de ses dix-sept mois à la Maison-Blanche, il ne s'est pas fait beaucoup d'amis non plus. Sur près de 500 pages, il critique tout le monde : Steven Mnuchin, le secrétaire d'État au Trésor, qui « ne savait pas de quoi il parlait », Nikki Haley, l'ex-ambassadrice aux Nations unies, une courtisane qui flatte la famille Trump, Mike Pompeo, le Secrétaire d'État, un sale hypocrite qui dénigre le président derrière son dos… Mais c'est surtout avec le président qu'il règle ses comptes. Il le décrit comme un type corrompu, ignare, obsédé par sa réélection, qui va jusqu'à chercher les faveurs de dictateurs et pour qui « l'obstruction de la justice est un mode de vie ».

À Yale, il tonne contre les élites gauchistes

 

Pourtant en 2016, John Bolton, sous sa moustache de morse, chantait une autre chanson. Alors commentateur sur la chaîne Fox News, il ne cesse d'encenser le nouveau président, car il rêve d'un job dans la nouvelle administration. Il finit par se faire remarquer par Donald Trump, grand amateur de déclarations musclées et de louanges, qui en fait en mars 2018 – malgré son allergie aux poils –, son troisième conseiller à la Sécurité nationale.

Les deux hommes partagent le mépris du multilatéralisme, des institutions internationales et des traités qui empiètent sur la souveraineté des États-Unis. Ils sont également en faveur de « l'Amérique d'abord » et de rapports de force brutaux. Mais contrairement au président, John Bolton n'a jamais changé de position et défend les mêmes idées depuis cinquante ans avec un zèle doctrinaire. Ce fils de pompier a grandi dans un quartier modeste et conservateur de Baltimore. Poussé par sa mère, dont il a hérité, dit-on, le caractère vindicatif, il décroche une bourse dans une école privée avant d'intégrer Yale, où il tonne (déjà !) contre les élites gauchistes.
 

Trop faucon pour les faucons

 

Après la fac, il se fait embaucher dans un cabinet d'avocats prestigieux à Washington, puis occupe différents postes dans les administrations Reagan et Bush père, où il se taille une réputation de super-faucon. En 2000, après l'élection de George Bush Jr, John Bolton est nommé sous-secrétaire chargé du contrôle de l'armement et des affaires de sécurité internationale. Là, il s'active à saboter les traités ou plutôt, comme il le dit dans ses Mémoires, « à rejeter les politiques et accords bas de gamme et à les remplacer par une plus grande indépendance américaine et moins de contraintes superflues ». Il pousse les États-Unis à sortir du traité sur les missiles antibalistiques avec la Russie et à se retirer de la Cour pénale internationale, une victoire que l'ex-sous secrétaire décrit comme « le plus beau jour » de sa carrière au Département d'État.

 

Mais ce va-t-en-guerre invétéré  se fait surtout connaître par son soutien enthousiaste à l'aventure irakienne. Ses méthodes expéditives finissent par lui aliéner même les autres faucons de l'administration Bush, qui l'expédient comme ambassadeur aux Nations unies, où – on s'en doute – il se met à dos toute l'institution. Lorsque son mandat vient à expiration, dix-sept mois plus tard, le Sénat refuse toujours de le confirmer. Amer, Bolton claque la porte et, outre qu'il occupe la présidence du Gatestone Institute, un groupe d'extrême droite très islamophobe, devient un des piliers de Fox News.

À 69 ans, sa nomination comme conseiller à la Sécurité nationale lui offre une dernière chance d'imposer ses idées. Il encourage notamment le retrait de l'accord nucléaire iranien . Mais la lune de miel ne dure guère entre les deux hommes et pas seulement car ils ne souffrent ni l'un ni l'autre la contradiction. Bolton est beaucoup plus interventionniste et ne connaît que la politique du bâton – « Je n'agite pas la carotte », dit-il. À l'entendre, rien ne vaut une bonne solution militaire pour résoudre une crise. Or Donald Trump aime jouer les hommes forts, mais ne veut à aucun prix d'une guerre. « Si ça ne tenait qu'à John, on serait embringués dans quatre conflits aujourd'hui », ironise-t-il. Bolton est hostile au rapprochement avec Vladimir Poutine, à l'offensive de charme envers Kim Jong-un, le leader nord-coréen , et s'oppose à faire venir à Camp David les talibans pour négocier un accord de paix. Donald Trump finit par annoncer en septembre 2019, via un tweet, qu'il l'a limogé . Bolton clame qu'il a démissionné de lui-même.
 

Un peu moins d'un an plus tard, l'ex-conseiller moustachu se venge en balançant un Scud de 500 pages  bien meurtrier comme il les aime. Mais l'ouvrage explosif, une fois de plus, ne lui attire pas beaucoup de sympathies. « Le livre est bouffi de suffisance, même s'il montre surtout que Bolton n'a pas accompli grand-chose », résume le New York Times. À droite, on lui en veut d'avoir osé s'attaquer à Donald Trump. À gauche, on le qualifie de vénal et d'antipatriotique. Il a refusé de venir témoigner devant la Chambre des représentants lors de la procédure d'impeachment, alors pourtant, à en juger par son livre, qu'il avait toutes sortes d'accusations graves contre le président. Tout ça parce qu'il préférait garder ses révélations pour un éditeur qui, dit-on, lui a donné 2 millions de dollars.

Pour le moment, l'ancien conseiller peut crier victoire. Malgré les efforts de la Maison-Blanche pour bloquer la parution, les médias ont déjà publié les bons morceaux. Mais il risque de perdre la seconde bataille, car l'administration va tout faire pour confisquer les bénéfices de ses ventes.

AFP

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