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Mauritanie - O. Waghf : Ghazouani était le seul capable d’assurer l’alternance (Interview)

Lundi 23 Septembre 2019 - 20:06

Yayha Ahmed Waghf, ancien Premier ministre mauritanien et actuel député à l’Assemblée nationale balaie d’un revers de la main les accusations de « faux opposant » portées contre lui et justifie son ralliement au pouvoir en estimant qu’en dehors de Mohamed Ould Ghazounai, il n’y avait pas un autre candidat capable d’assurer l’alternance. (Interview).

 

ALAKHBAR : Vous avez rencontré le Président Ghazouani. Qu’est-ce que vous vous êtes dits ?

 

O. Waghf : On venait d’approuver le programme du Gouvernement. Le Président de la République a invité les présidents de partis et les a remerciés pour leur engagement. Ensemble, nous avons passé en revue la situation politique et économique du pays. Et le Président a réaffirmé sa volonté de mettre en œuvre son programme, de s’ouvrir et d’avoir une classe politique apaisée.

 

ALAKHBAR : Rien de particulier pour votre parti, ADIL ?

 

O. Waghf : Il s’agissait de discussions générales sur le pays, les difficultés et sur les perspectives. Mais, pas de discussions particulières par rapport, en tout cas, à ADIL.

 

ALAKHBAR : Pas d’accord conclu avec Ghazouani ?

 

O. Waghf : Nous avons soutenu le Président Ould Ghazouani sans conditions. L’objectif principal était l’alternance. Nous avons pensé qu’il n’y avait aucun autre candidat qui pouvait assurer cette alternance, en raison de sa proximité du système en place, de sa personnalité et de son discours du 1er Mars lesquels ont rassuré également une partie de l’opposition.

 

ALAKHBAR : On vous taxe de « vrai faux opposant » et vous rejoignez le pouvoir sans conditions.

 

O. Waghf : (Rire). N’importe qui peut accuser l’autre de n’importe quoi. Personnellement, je suis le 1er premier ministre et les ministres avec moi qui sommes opposés à des coups d’Etat. Nous avons eu ce courage et nous l’avons exprimé devant les militaires. Nous avons été emprisonnés. Et pendant 10 ans, nous étions discriminés et marginalisés alors que nous avons des compétences pour servir ce pays.  Un vrai faux ou un faux vrai ne peut pas faire cela.

 

Au niveau de l’opposition, c’est vrai que nous sommes un parti modéré, mais pas le seul. Malgré cette modération, nous avons dirigé le dialogue avec le pouvoir au nom de l’opposition. Je l’ai fait personnellement sans jamais accepter un dialogue qui ne correspondait pas à notre vision. Il faut dialoguer, mais quand le dialogue ne donne pas le résultat souhaité, ne l’acceptez pas. Quand nous nous étions dans l’opposition, nous discutions. Nous sommes des technocrates et d’anciens de l’Administration, qui comprenons plus la démarche.

 

Maintenant, quand il s’agit de quitter la majorité ou de quitter l’opposition cela est un faux problème. L’opposition ou la majorité n’est pas un ancrage pour la vie. Nous étions à la majorité, il y a de cela 11 ans. Et au sein de l’opposition nous avons fait 10 ans.  Aujourd’hui, nous sommes à la majorité et demain nous pourrons être ailleurs. Les gens n’ont pas une bonne compréhension de l’opposition et de la majorité.  Ce ne sont pas des positions figées.  Nous, c’est l’opposition selon le contexte.

 

ALAKHBAR : Comment vous décrivez la majorité ?

 

O. Waghf : Le Président Mohamed Ould Ghazouani a été soutenu par l’ancienne majorité de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz, une partie de l’opposition, ADIL, APP et AND ainsi que par des groupes non structurés de l’opposition. Je pense que ce sera à la rentrée politique à partir du mois d’octobre que cette majorité va s’organiser. C’est vrai, il y a eu cette session extraordinaire de l’Assemblée nationale durant laquelle la majorité a voté en faveur du programme du Gouvernement, mais elle n’est pas encore organisée.

 

ALAKHBAR : Ghazouani a-il une majorité désordonnée ?

 

O. Waghf : La majorité doit s’organiser ; il faut qu’elle se retrouve et discute pour tomber d’accord sur une alliance globale. En cas de désaccord, il y aura plusieurs groupes, mais tous sous le parapluie de la majorité.

 

ALAKHBAR : Les partis venant de l’opposition formeront-ils leur bloc ?

 

O. Waghf : Il faut attendre le début du mois d’octobre pour que les discussions commencent. Nous ne prenons aucune position d’avance. Nous attendons de voir comment vont s’organiser les différents partis qui soutiennent le Président de la République ainsi que le Président lui-même et son Premier ministre.  Nous aurons ensuite notre mot à dire.

 

ALAKHBAR : Ghazouani, c’est la continuité ou la rupture ?

 

O. Waghf : « Rupture » ou « continuité » sont des termes très forts. Il y a un nouveau Président qui a pris des engagements nouveaux sur le plan politique, comme l’apaisement de la situation politique, la neutralité de l’Etat et la concertation. Il y a aussi des engagements nouveaux sur les questions nationales. Ce sont ces nouvelles orientations que nous soutenons et renforçons.

 

ALAKHBAR : Est-ce que « Nouvelles orientations » veut dire rupture ?

 

O. Waghf : Les deux tendances qui veulent rupture ou continuité ont tort. Dans ce pays, il n’y a jamais eu de système. Il y a plutôt des présidents qui partent et se font remplacer par d’autres. Le nouveau Président a sa démarche et son discours. Ould Ghazouani a eu la chance d’être soutenu, à la fois, par la majorité sortante qui parle de continuité pour justifier son soutien et par une partie de l’opposition. Nous ne faisons pas d’amalgame. Nous pensons qu’il peut y avoir continuité sur certains points et un réel changement sur d’autres que nous considérons comme importants.

 

ALAKHBAR : On s’oppose à Aziz pour soutenir son successeur sans rupture. Quel paradoxe! 

 

O. Waghf : Il n’y a pas de paradoxe. Quand le Président Ould Ghazouani promet d’apaiser la scène politique, il répond à notre demande. Lisez aussi le programme du Gouvernement, ils vont séparer les fonctions politiques de celles administratives et rendre l’Administration neutre.

C’est aussi notre discours. Nous ne sommes pas dans une vision tragique. Nous sommes dans un processus dans lequel nous sommes obligés d’accepter lorsqu’il y a des pistes intéressantes. En politique, il n’y a pas « tout ou rien ». 

 

ALAKHBAR : Quitterez-vous Ghazouani s’il ne répond pas à vos attentes ?

 

O. Waghf : En politique, on ne parle jamais d’un chemin continu. Nous avons des positions et une vision. Quand elles se réalisent, nous les défendrons. Sinon, nous tirerons les conséquences.

 

ALAKHBAR : Comment vous allez tirer les conséquences ?

 

O. Waghf : Je le dirais à ma manière. Nous avons une vision politique et des réformes dont nous travaillons pour l’aboutissement. Et nous croyons que le Président Ould Ghazouani porte ces réformes-là.

 

ALAKHBAR : Déjà le Gouvernement est formé sans consultation de ADIL.

 

O. Waghf : Le premier ministre nous a consultés. Il faut attendre que la majorité soit homogène et organisée pour que le Gouvernement puisse refléter cette majorité. Nous avons compris la démarche du Président quand nous l’avons vu et à travers son Premier ministre. Je pense que c’est une phase transitoire qui peut faciliter le traitement des questions techniques.

 

ALAKHBAR : Un gouvernement politique ou de technocrates ?

 

O. Waghf : Les membres du Gouvernement ont été choisis sur les critères de compétence.  C’est bien un gouvernement de technocrates et non politique.

 

ALAKHBAR : Etes-vous satisfait d’un Gouvernement sans les alliés politiques ?

 

O. Waghf : Nous soutenons le Gouvernement et nous l’appuyons.

 

ALAKHBAR : Mais sans y participer.

 

O. Waghf : Toute la classe politique n’est pas intégrée dans le Gouvernement, parce qu’il ne reflète pas la classe politique. Mais nous le soutenons en attendant que la majorité soit homogène et capable de prendre en charge, politiquement, le programme du Gouvernement.

 

ALAKHBAR : Voulez-vous annoncer la formation d’un nouveau gouvernement ?

 

O. Waghf : Cela relève du pouvoir du Président. Ce que nous disons c’est qu’il faut travailler pour que les conditions objectives soient réunies. Après, ce sera la responsabilité du Président.

 

ALAKHBAR : ADIL va-t-il réclamer sa place dans le Gouvernement ?

 

O. Waghf : Jusqu’à présent, l’opportunité ne nous semble pas justifiée. Mais nous le dirons le jour où nous pensons que c’est le cas.

 

ALAKHBAR : ADIL va-t-il se fondre dans le parti présidentiel, UPR ?

 

O. Waghf : L’approche politique que nous défendons c’est qu’il n’y aura plus un parti présidentiel particulier qui a sa spécificité. Tous les partis politiques doivent être traités de la même manière.

 

ALAKHBAR : Si l’opportunité se présente, ADIL va-t-il se fondre dans l’UPR ?

 

O. Waghf : Nous travaillons pour que la scène politique soit ouverte et pour qu’il n’y ait plus un parti Etat.

 

ALAKHBAR : Etes-vous contre la continuité de l’UPR ?

 

O. Waghf : Non. Nous parlons de la continuité du statut de parti Etat. L’UPR est comme tous les autres partis. C’est un parti qui a une majorité à l’Assemblée nationale, mais qui doit être traité, exactement, de la même manière que les autres.

 

ALAKHBAR : Si Aziz revenait, l’accepteriez-vous à la tête de l’UPR ?

 

O. Waghf : Ce sont les congressistes de l’UPR qui peuvent décider de qui sera leur président. Mais nous avons une position sur la question. Nous pensons qu’un ancien président qui sort doit aussi sortir de la scène politique. L’expérience a montré que chaque fois qu’il y a un ancien président qui revient sur la scène politique cela déstabilise le pays. Quand Moustapha Ould Mohamed Saleck a voulu faire de la politique, il a été emprisonné. Vous connaissez ce qui s’est passé avec Mohamed Khouna Ould Heidallah en se présentant aux élections de 2003. Vous connaissez ce qui s’est passé entre Ahidjo et Biya et dans plusieurs autres pays. Pour la stabilité de ce pays, un ancien président de la République ne doit pas s’impliquer dans la vie politique. C’est dans son intérêt et dans celui du pays.

 

ALAKHBAR : Le retour de Aziz pourrait-il déstabiliser la Mauritanie ?

 

O. Waghf : Je n’ai pas personnalisé. J’ai dit que quand les anciens présidents s’intéressent à la politique, dans leur propre pays, cela déstabilise le pays et les expose eux-mêmes. Ce n’est pas souhaitable. S’ils se font oublier, ce sera mieux pour eux et pour le pays.

 

ALAKHBAR : Des bloggeurs demandent l’arrêt des poursuites contre Mohamed Ould Bouamatou et Moustapha Ould Chaavi. Etes-vous du même avis ?

 

O. Waghf : Bien sûr. L’orientation du Président de la République c’est d’apaiser la scène politique. Et cela fait partie des facteurs d'apaisement.

 

ALAKHBAR : Quel conseil à Ghazouani sur la question ?

 

O. Waghf : Je n’ai pas à donner un conseil public. J’ai une position que j’ai toujours exprimée, c’est qu’il faut apaiser la situation politique. Il faut donner à tout le monde la possibilité de revenir dans ce pays.

 

ALAKHBAR : Que proposez-vous concrètement pour Bouamatou et O. Chaavi ?

 

O. Waghf : Je pense que c’est un problème global qu’il faut traiter globalement. Je n’individualise pas la question.

 

ALAKHBAR : Quel commentaire sur le recrutement « raciste » de 47 élèves-officiers, selon certains ?

 

O. Waghf : La Mauritanie doit être reflétée dans sa diversité. Je suis persuadé que le Président de la République a cette même compréhension. Pour ce cas spécifique, je n’ai pas suffisamment de données pour juger, mais je répète que la Mauritanie doit être reflétée dans sa diversité. Je fais partie des gens qui militent pour cela.

 

ALAKHBAR : Nous vous donnons l’information.

 

O. Waghf : L’information je l’ai vue, mais je n’ai pas les détails à la base. Qu’est ce qui est à l’origine de cela ? Est-ce qu’il s’agit d’une approche ancienne ? Nous considèrerons que le nouveau régime en place ne fera pas quelque chose pareille.

 

ALAKHBAR : Quelle serait votre position si l’information se confirmait ?

 

O. Waghf : Dans un concours, des gens qui ne se sont pas porté candidats, on ne peut pas dire qu’ils sont admis. Nous ne savons pas qui s’est porté candidat. Mais nous savons que cela ne doit pas se faire. Il y a eu des concours qui se font à la Fonction publique. Est-ce qu’ils sont transparents ? Pour nous, le principe c’est le reflet de toute cette nation dans tout ce qui se fait. Je travaillerai pour cela et je suis persuadé que le Président de la République à cette même démarche.

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