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un grain de sable pour secouer la poussière...

Propos injurieux, invectives et audios diffamatoires : L’unité nationale en danger ?

Jeudi 19 Mai 2022 - 10:42

La décision du président de la République d’accepter des concertations politiques pour régler les questions nationales ne semble pas plaire à certains cercles du pouvoir. Il a suffi que le comité préparatoire dévoile les thématiques à débattre et la liste des participants pour que certains faucons sortent de l’ombre où ils sont tapis et jettent de l’huile sur le feu à travers des vocaux incendiaires et insultant à l’égard de la composante peule. « Ses membres ne sont pas d’authentiques mauritaniens et doivent être par conséquent expulsés vers le Sénégal, leur pays d’origine », affirmait ainsi le sieur Ould Mahfoudh en début de semaine, avant de récidiver dimanche matin, alors que des sources affirmaient son arrestation effectuée, par un autre vocal enfonçant le clou.
 

La question qu’on se pose aujourd’hui est de savoir pourquoi ce monsieur a-t-il choisi ce moment pour déverser cette haine sur les Peulhs et, partant, s’en prendre aux fondements de notre unité nationale ? En réclamant l’interruption du processus de préparation des concertations, on est tenté de demander à ce monsieur et aux autres faucons de quoi ont-ils peur. Que le dialogue déballe les injustices et discriminations qui minent les fondements de l’unité nationale ? Que les Mauritaniens réussissent enfin à trouver un consensus autour des questions vitales à celle-ci, effaçant à jamais la méfiance qui caractérisent leurs rapports depuis les évènements de 89? Oui, l’unité et la cohésion nationales figurent parmi les thématiques à débattre lors des prochaines concertations. Oui, certains participants ne manqueront pas de tenter d’évacuer la question du passif humanitaire. Mais elle reste tout de même ; au-delà de la justice : il y eut morts d’hommes ; une question éminemment politique et doit être traité comme telle ; tout comme celle de l’esclavage et de ses séquelles.

Il est de notoriété publique que beaucoup de mauritaniens ayant trempé dans ces douloureux évènements considèrent taboue la question, une ligne rouge à ne pas franchir en ce qu’elle touche l’armée dont certains responsables sont suspectés d’avoir organisé les massacres dans les casernes. Mais une main civile a bel et bien téléguidé et cautionné les exactions, aussi bien dans les casernes qu’en la région du Fleuve. Ceux qui en furent ne voudraient pas qu’on en parle et qu’on situe les responsabilités pour tourner la page. C’est d’ailleurs pourquoi une loi d’amnistie avait-elle été concoctée et signée en 1993 à la va-vite, pour assurer l’impunité aux auteurs des exactions. Mais les rescapés, les veuves et les orphelins réclament, depuis bientôt trente ans, que la lumière soit faite sur cette page sombre de notre histoire. Certainement pas pour que les auteurs de crimes de sang soient pendus, comme leurs victimes à Inal ou ailleurs, mais pour que la Mauritanie ne connaisse plus ça et très certainement aussi pour obtenir réparations. En discutant avec certains rescapés militaires, veuves et orphelins, on comprend rapidement le calvaire qu’ils continuent à vivre. Perdre un être cher, perdre son emploi, sa maison, ses biens, être expulsé de son pays constituent de véritables drames. En parler soulage ! La justice transitionnelle fera le reste.
 

La tentative de règlement enclenchée par feu le président Sidi ould Cheikh Abdallah fut trop vite étouffée ; celle de l’ex-président Ould Abdel Aziz dévoyée par les faucons du système. Des marches, ateliers et discours de bonnes intentions ont été servies autour de l’unité nationale : en vain. Des « nationalistes » – pour ne pas dire extrémistes – ont toujours réussi à étouffer l’affaire. Et depuis que le président Ghazwani a reçu les délégués des rescapés militaires, veuves et orphelins et leur a promis de trouver une solution consensuelle à leur situation, on pouvait s’attendre à la réaction des mêmes faucons qui ne veulent pas en attendre parler. Ils guettaient le bon moment pour se manifester. L’annonce imminente du démarrage du dialogue leur a servi de prétexte. « Ould Mahfoudh est un anonyme », suspectait la députée Kadiata Malick Diallo devant le ministre de la Justice, d’autres Ould Mahfoudh tapiraient sous l’ombre. Et c’est pourquoi elle et ceux qui ont déposé plainte auprès de la justice – le docteur Dia Alassane, président de TPMN, Diop Amadou Tidjane, maîtres Touré et Sow – ont appelé le pouvoir à prendre ses responsabilités en réprimant ces manquements préjudiciables à l’unité nationale. Une loi punit de tels propos, la justice doit la mettre en branle ; faute quoi, il sera suspecté de « complicité ». En attendant, d’autres patriotes de la composante maure sont vite montés au créneau pour dénoncer et condamner les propos haineux d’Ould Mahfoudh.

 

Halte aux surenchères !
 

Les propos tenus par celui-ci sont intervenus alors que d’autres personnes sommaient le président Biram Dah Abeïd de cesser ses attaques répétées contre la communauté maure, l’accusant par la même occasion de tenter de susciter une guerre entre cette dernière et les Haratines. Khattri ould Dié et Abdel Vettah Abeïdna estimaient, dans des vocaux largement distribués, que le président d’IRA abusait des largesses du président de la République pour franchir les limites de l’admissible. Et de demander à celui-ci de faire cesser les attaques contre leur communauté, faute de quoi, elle s’en chargerait elle-même. Mais, avertit Ould Abeïdna, si d’aventure survenait une guerre entre les Maures et les Haratines, cela tournerait très mal pour les derniers, tant puissante est la communauté Maure.

Faudrait-il rappeler ici que la Mauritanie n’a pas besoin de ces invectives et de ces injures ? Elle a besoin de paix et de sécurité et ce n’est pas parce que les Peuls sont massacrés au Mali ou ailleurs qu’elle doit être jetée ici en pâture aux chiens. Les réseaux sociaux ne doivent pas se transformer en « Radio des mille collines ». Halte aux pyromanes de tous bords ! La Mauritanie appartient à nous tous, ne la brûlons pas ! C’est donc dire que la question de l’unité nationale est une urgence à régler. Le vivre ensemble que les mauritaniens ont connu jusqu’aux années 80 doit être rapidement restauré. Bannir les injustices et les discriminations de toutes sortes doit guider les participants au dialogue en préparation : ils doivent s’abstenir de remettre cette question cruciale aux calendes grecs, elle finira toujours par nous rattraper.

 

                                       Dalay Lam

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