À force d’observer leur longévité défiant toute logique administrative, on finit par croire que certains cadres, dits « inamovibles », ne doivent pas seulement leur permanence à la solidité de leurs réseaux, mais aussi à d’étranges talismans de protection.
Il est vrai que lorsque les couloirs du pouvoir commencent à sentir la naphtaline et les ambitions rances, une simple « épuration » administrative semble bien fade face à la puissance d’un bon talisman — surtout sous nos latitudes, où l'on sollicite aussi bien les sorciers indiens que nos redoutables experts africains.
On imaginerait presque, dissimulées dans les tiroirs feutrés ou cousues dans les doublures des vestes officielles, de véritables amulettes de fortune politique : des gris-gris de carrière éternelle, des talismans d’impunité ou de discrets porte-bonheur bureaucratiques capables de neutraliser audits, inspections et remaniements. Comment expliquer autrement que toutes les tempêtes politiques les contournent ? Que les alternances passent, mais qu’eux demeurent ? Que les scandales éclatent sans jamais les atteindre pleinement ?
Ces protections symboliques agissent comme des boucliers invisibles : elles figent les décrets, émoussent les sanctions et freinent, au sommet, les élans réformateurs. Ainsi protégés, ces cadres avancent dans l’appareil d’État tels des esprits installés dans la durée — indéboulonnables, presque institutionnalisés — tandis que les ressources publiques s’étiolent derrière eux, comme des champs éprouvés par une invasion de sauterelles.
Dès lors, une simple réforme administrative paraît insuffisante. On ne dissipe pas un enchantement par circulaire. Il faudrait, métaphoriquement, l’intervention d’un grand érudit : un homme de clairvoyance morale capable d’identifier l’origine de ces protections et de dénouer les liens invisibles qui attachent certains sièges à certains noms. Il s'agirait de rappeler que nul talisman — fût-il fait d’alliances, de clientélisme ou de silences — ne saurait protéger indéfiniment contre l’exigence de reddition des comptes.
Car c’est bien là le cœur du désenvoûtement : rompre, non pas des sortilèges réels, mais des habitudes ancrées ; non pas des amulettes matérielles, mais des complicités systémiques. Alors, peut-être, le Palais retrouvera-t-il son souffle… et l’État, sa pleine lucidité.
Monsieur le Président,
Prenez garde… car autour des palais feutrés où se murmurent les serments et se scellent les destinées, rôdent des ombres dont les visages sourient mais dont les âmes conspirent. Ces gens-là ne livrent pas bataille à visage découvert ; ils avancent sans scrupules, drapés de loyauté feinte, mais le cœur chargé de desseins obscurs.
Sachez que, dans la nouvelle philosophie des luttes de pouvoir, la sorcellerie elle-même s’est muée en arme silencieuse — une arme sans bruit, sans fumée, mais dont les effets s’insinuent comme un poison lent dans les fondations de la volonté. Talismans, amulettes et pactes nocturnes deviennent, pour certains, des instruments d’influence et de domination, là où la raison devrait régner seule.
Protégez votre esprit avant même de protéger votre trône. Car les forteresses les plus solides s’effondrent lorsque les forces invisibles ébranlent la vigilance de celui qui les habite. Entourez-vous de lumière, éloignez les porteurs d’ombres, et souvenez-vous que le véritable pouvoir ne craint ni les sortilèges ni les complots, tant qu’il demeure ancré dans la clairvoyance et la droiture.
Veillez, Monsieur le Président… car les dangers les plus redoutables sont ceux que l’on ne voit pas venir.
Eleya Mohamed
lecalame

Le désenvoûtement de l'État : De l'amulette à la réforme