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Faits divers… Faits divers… Faits divers…

Jeudi 2 Avril 2020 - 07:26

L’intrus
 

C’est vérité de La Palice que de signaler la nature islamo-conservatrice de notre société. Interdit de notre religion, l’alcool a ainsi pris, chez nous, une dimension de tabou social. Honte que d’en consommer et les rares de nos cadres qui s’y laissèrent aller, au début des années soixante, après avoir épousé des européennes, furent aussitôt pointés du doigt et condamnés par leur entourage. La plupart d’entre eux se repentirent sans tarder afin de réintégrer leur famille. Ceux qui y persévérèrent restèrent au ban de la société. À cette époque, quelques bars étaient ouverts aux étrangers dont le fameux « Keita » au Ksar mais, avec la brève instauration de la Chari’a par le régime Haidalla, au début des années quatre-vingt, tous les lieux de consommation d’alcool et autres distractions furent fermés. Depuis, les produits alcoolisés n’ont plus officiellement droit d’entrer en Mauritanie.
 

Je me souviens d’une anecdote qui circula en 1981. Au contrôle d’une valise appartenant à un homme de teint clair parlant hassaniya, un certain Abdallahi, des douaniers de l’aéroport de Nouakchott furent grandement surpris d’y découvrir une vingtaine de bouteilles de whisky. Ils informèrent dare-dare leur chef qui, persuadé d’avoir affaire à un trafic illicite, convoqua aussitôt le passager. Et le soi-disant mauritanien d’exhiber son passeport… danois. Informée, la hiérarchie ordonna de lui rendre sa cargaison et de le laisser entrer. Un incident qui poussa cependant les pouvoirs publics à interdire aux résidents étrangers l’importation du moindre alcool.
 

Le vin n’entrera plus chez nous que par valise diplomatique. Cela permit à plusieurs de nos alcooliques d’abandonner définitivement cette mauvaise boisson. Quant aux plus invétérés, ils se retrouvèrent obligés de tisser des relations avec quelque étranger pour obtenir de quoi s’enivrer. Voilà comment l’ambassade de l’ex-Zaïre devint, à l’époque, le lieu de convergence quotidienne de tous les ivrognes. Ses avoirs étaient de loin supérieurs, rapportèrent les observateurs, aux transferts de devises opérés par les autorités de son pays.

Lors des douloureux événements sénégalo-mauritaniens, en 1989, la quasi-totalité des ouvriers sénégalais quittèrent le pays ainsi brutalement privé de main d’œuvre qualifiée. Il fallut combler d’urgence le vide.

Des centaines de ressortissants ghanéens, ivoiriens, nigérians, bissau-guinéens, guinéens, togolais, béninois, libériens et sierra léonais convergèrent vers la Mauritanie. La plupart s’installa à Sebkha et El Mina. Beaucoup de ces expatriés n’étaient pas musulmans et buvaient régulièrement de l’alcool. Si certains se mirent à consommer de son dangereux succédané médical à 60° et plus, voire carrément de l’eau de Cologne (!), d’autres eurent la « géniale » idée d’en fabriquer. C’étaient des ressortissants ghanéens dont un certain « Jerry Ogba ». Ainsi naquit le soum-soum, à partir d’eau de lavande, savon, huile de palme et divers autres ingrédients.
 

Vendu à 500 ouguiyas le verre et donc à la portée du moindre porte-monnaie, le produit connut une véritable ruée au début des années quatre-vingt-dix. La plupart de la jeunesse de ces quartiers périphériques devint alcoolique, le mal se répandit et l’on commença à venir de partout pour s’enivrer à Sebkha. Des filières concurrentes naquirent et se disputèrent le marché. Chacune tenait ses « propres » distilleries clandestines. La filière ghanéenne jeta l’éponge en 1992 et les nigérians dirigèrent alors le cartel jusqu'en 1996, avant que les guinéens de Bissau n’entrent dans la danse pour s’accaparer de l’illégal monopole, quelques années plus tard. D’abord gérés par des hommes, ces réseaux furent bientôt pris en main par deux femmes :

Antoinette Jackindi et Rose Nuncio. Les sœurs rivales n’ont depuis cessé de distiller et distribuer le soum-soum. Elles connurent plusieurs séjours carcéraux et furent même expulsées, à deux reprises, du territoire mauritanien. Sans que cela ne les empêche de continuer à gérer leurs affaires, à partir de leur cellule ou de Rosso-Sénégal. De retour à Nouakchott, elles mirent au point un système de distilleries mobiles pour échapper aux mailles de la police : des camions et bus frigos se déplaçant à la moindre alerte.
 

Mosy

lecalame

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