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un grain de sable pour secouer la poussière...

Complice d’Aziz, l’Etat mauritanien est au service du roi : qu’il soit saint ou voleur…

Jeudi 7 Mai 2020 - 15:27

Ahmed Ould Soueid Ahmed
Ahmed Ould Soueid Ahmed

Que c’est déprimant de lire des intellectuels mauritaniens qui se demandent encore comment Aziz a pu dépouiller le pays pendant 10 ans en trompant jusqu’à l’élite le soutenant. S’il avait été un dictateur sanguinaire qui fait disparaître certains de ses opposants comme un autre tyran, membre peinard du G5 Sahel, on pourrait faire le procès d’Aziz et de quelques-uns de ses complices au plus haut sommet de l’Etat mais Aziz ne fut pas un dictateur violent, il fut le chef menaçant d’une administration disciplinée au service de tout chef du moment dont les désirs sont des ordres et la volonté a force de loi.

 

Ce n’est pas Aziz qui a créé cet Etat, pas plus qu’il n’est responsable du soutien des dignitaires de la pyramide tribale, ni du soutien des chefs religieux, ni de celui de l’élite, ni de celui du peuple. Alors qu’une commission d’enquête parlementaire veut faire le bilan des années Aziz comme on ferait son procès, il suffirait qu’il puisse reprendre le pouvoir et les mêmes accuseraient Ghazouani en applaudissant de nouveau Aziz. C’est culturel au sens de «  ce qui reste quand on a tout oublié » comme dit l’autre...

 

Depuis la nuit des temps jusqu’à 1978, les tribus, les émirats, la colonie, le pays ont été dirigés par un pouvoir craint. La nouveauté avec Ghazouani est que personne ne semble le craindre sauf quelques fonctionnaires comme personne d’ailleurs ne semble lui chercher noise. Tout se passe comme si les réseaux avaient compris qu’il ne veut de mal à personne et veut satisfaire tout le monde. Bilan, tout est permis : d’un côté on accuse, de l’autre on renomme…

 

Nous verrons bien où tout cela va mener le pouvoir sachant que n'ayant plus à faire face à une opposition à craindre, ils commencent à s'entredévorer publiquement, mais à quelque chose malheur est bon, l’Etat mauritanien existe, nous avons une administration bancale mais disciplinée, des élus du pouvoir prêts à obéir aveuglément aux ordres du chef. Il ne reste plus à cette administration que d’être au service du pays avant d’être au service d’un chef mais pour cela il faudrait remplacer quasiment tout le personnel... Qui oserait ? 

Seul un homme d'Etat fort du soutien de l'armée et entouré du meilleur des enfants du pays pourrait se lancer dans l'aventure. Aziz avait tout le temps et le pouvoir pour cela mais il est arrivé trop pauvre et intellectuellement trop petit pour une telle vision ; seuls étaient à la portée de son regard, l'argent, les biens à accumuler et l'envie narcissique de marquer le pays en imposant ses symboles comme d'autres érigent des statues en bronze sauf que les symboles d'Aziz personne ne peut plus y toucher avant longtemps.

D’ailleurs le personnel politique et administratif n’est pas plus responsable qu’Aziz qui a profité de la culture politique. Ce personnel est né dans un bain corrompu, injuste, où ne règnent que le trafic d’influence, les passe-droits et la peur de perdre son poste pour un oui ou un non.

 

Un monde psychologiquement cruel derrière une avalanche de «  woikhirt et mereuhbe ».

 

Aujourd’hui en Mauritanie, à part quelques criminels économiques qui ont mis leur génie à piller ce pays et détruire la haute administration et tout ce qui en dépend, tout le reste n’est plus coupable de rien : il n’y a quasiment plus que des victimes ayant reçu en héritage cette réalité politique, économique, tribale, devenue ingérable honnêtement sans avoir sur le dos de quoi perdre son fauteuil de président. Aziz a prouvé que pour diriger la Mauritanie d'aujourd'hui, il faut être un homme d’Etat visionnaire soutenu par une armée fidèle à toute épreuve et une élite sans complexe ayant les pieds dans le terroir et l’esprit dans la modernité ou juste un redoutable roi des voleurs, qui peut serrer la ceinture ou rendre gras comme si le pays n'était qu'une terre de mielleux escrocs, de sages brigands, d’hypocrites qui ne pensent qu’à profiter de l’Etat et du pouvoir pour soi et les siens sous le nez d’un peuple captif pour lequel le changement est un conte pour enfants.

 

Quand on sait les richesses du pays, quand on voit le surendettement cosmique et qu’on voit la misère des mauritaniens, la saleté et le chaos urbain même dans les capitales économiques et politiques pour ne citer qu’elles, face aux fortunes colossales amassées par certains, tout s’explique dès qu’on se dit que les mauritaniens sont des anarchistes cachés derrière le faux culte de l’Etat pour en profiter sans soucier ni du sort du pays ni de celui des habitants. 

Comment en sommes-nous arrivés là entre 1960 où le meilleur était encore possible et aujourd’hui où la décomposition de toute crédibilité de la parole politique et religieuse ne laisse plus rien espérer sinon le statu-quo à savoir un pays géré encore comme au temps de l’obscurantisme avec une classe dirigeante rapace, des religieux complices et un peuple résigné.

 

Nous sommes quelques milliers de rescapés, en Mauritanie et à l’étranger, à avoir échappé aux bourreaux de l’Etat mauritanien car nous ne leur devons ni notre univers psychologique, ni notre horizon intellectuel, ni notre liberté d’esprit mais il faut penser aux enfants de la république qui n’ont rien à espérer sinon venant de l’Etat mauritanien : il s’agit des enfants de l’écrasante majorité des mauritaniens et quand on pense à eux, on comprend le sens de la responsabilité politique et le crime économique de tous ceux qui ont fait de l’impunité chez nous la première religion de l’Etat…

Vlane


 

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