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Kaédi : psychose, menaces et excès de zèle

Jeudi 2 Avril 2020 - 07:28

La psychose autour du COVID 19 a gagné du terrain au Gorgol après l’apparition, samedi 28 Mars 2020, d’un premier cas à Kaédi. Malgré les assurances des autorités nationales et locales, l’émergence de la maladie suscite interrogations et angoisse au sein de la population. Si grouillants à l’ordinaire, les rues et marchés de la capitale régionale sont pratiquement déserts, rapportent plusieurs témoins. La triste réalité de la pandémie défilant en boucles sur les media aura eu raison de ceux qui ne croyaient pas que cela arrivât ici. Les gens ont décidé de rester chez eux, réduisant leurs sorties à de rares courses au marché principal de la ville et autres déplacements essentiels.
 

Depuis l’apparition du premier cas en Mauritanie, les activités économiques, culturelles, sportives et éducatives ont été lourdement grevées par la fermeture des écoles, restaurants, cafés, aires de jeu et de loisirs. Kaédi vivait cette situation comme les autres cités mais s’est réveillée, samedi, dans une singulière douleur. La panique a gagné les populations qui ont peur d’être contaminées par un invisible et redoutable ennemi. Une situation notablement alourdie par le « maquillage » du ministre de la Santé déclarant que le cinquième cas d’infection au covid-19 concernait un patient « appréhendé à la frontière par les forces de sécurité ».

 

Double version
 

« Les autorités l’ont remis au service de santé de Kaédi qui a constaté les symptômes de la maladie », précisait le ministre, « et l’analyse des prélèvements envoyés à Nouakchott s’est révélée positive ». Or le guide religieux déclaré positif est rentré à Kaédi, affirment plusieurs sources, neuf jours avant son passage à l’hôpital régional, après un séjour de vingt-deux jours au Sénégal. Suite à l’annulation du Daaka de Medina Gounass, il s’était rendu à Tambacounda et Matam auprès de ses disciples. La plupart de ses compagnons étaient rentrés, eux, le 16 Mars. Passés par le poste de Gourel Oumar Ly, ils ont été testés négatifs et ont rejoint leur domicile respectif. À son retour, le guide est passé par le même poste et a subi le même test, lui aussi négatif. Une version corroborée et soutenue par le docteur Boullaye Moussa Diawara, médecin-chef des urgences de Kaédi.
 

Dans un audio sur WhatsApp, celui-ci s’est dit surpris de la déclaration du ministre. « Il s’agit d’une fausse information », commente-t-il, « laissant croire que la personne infectée a été examinée sous la contrainte. […] Lors de mes consultations, j’ai décelé un cas suspect et appelé les responsables pour faire un prélèvement et l’envoyer à Nouakchott. […] En fait, le patient a séjourné neuf jours en son domicile à Kaédi. […] C’est seulement ce matin qu’il est venu se faire examiner à l’hôpital. Après avoir constaté les signes d’une probable infection, nous l’avons mis en isolement et procédé au prélèvement. C’est donc une fausse information qui nous laisse croire que monsieur le Ministre nous cache la réalité ou que les autorités locales ne lui ont pas donné pas la bonne information. »

 

Menaces
 

Quelques instants après son premier vocal et après avoir été lui-même placé en confinement dans un hôtel, le docteur Diawara revient à la charge, suite à un entretien avec le ministre de la Santé qui lui aurait reproché de s’être exprimé. « Je lui ai expliqué qu’avec tout le respect que je lui devais, il était de mon devoir de faire cette clarification pour alerter l’opinion de ce que le malade entré à Kaédi après son passage à Gourel Oumar Ly a pu entrer en contact avec plusieurs personnes. C’est de lui-même qu’il est venu nous consulter à l’hôpital, accompagné de son fils, sur recommandation d’un ami technicien supérieur en dermatologie. […] Une fois établie la probabilité de l’affection, j’ai contacté l’équipe de prise en charge du malade, qui s’est préparée pendant une trentaine de minutes, et je leur ai demandé de procéder au prélèvement pour les besoins de l’analyse. Ils ont envoyé la culture à Nouakchott à 14 heures.
 

Puis j’ai vu la vidéo du ministre déclarant, à ma grande surprise, que le malade avait intercepté à la frontière par les forces de sécurité et présenté aux services de santé. Je ne pouvais me retenir de réagir de façon urgente afin de prévenir que cet homme avait passé plusieurs jours à Kaédi et donc été sans nul doute en contact avec d’autres personnes susceptibles en conséquence d’être elles aussi contaminées. Il fallait rompre sans tarder l’éventuelle chaîne de transmission : tel était le but de mon intervention. »
 

Après ces failles sécuritaires, les autorités locales tentent de redorer leur blason. Après la mise en quarantaine, dès samedi, des quartiers Touldé, Tantadji et Gourel Sanghé (finalement levée le dimanche 29 Mars), les responsables régionaux ont décidé d’interdire tout trafic de personnes et de marchandises entre Kaédi et sa banlieue (Rindiaw, Belinabé, Sylla, Djéol), d’une part, et, d’autre part, les autres villes et départements du Gorgol. Kaédi restera « bouclée » jusqu’à nouvel ordre. Une décision qualifiée d’« excès de zèle » par les populations qui ont l’habitude de s’approvisionner et de travailler en la capitale du Gorgol et se retrouvent sérieusement affectés, dans leur quotidien, par ces désagréments.
 

Après la mise à jour du premier cas au Gorgol, vingt personnes, dont le médecin-chef des urgences, l’infirmier de garde, le technicien supérieur de dermatologie et le pharmacien ont été confinées dans un hôtel. Vingt autres ayant traversé clandestinement le poste frontalier officiellement fermé de Gourel Oumar Ly l’ont été dans une auberge au quartier de la Jedida. Des témoins oculaires font état du départ précipité de plusieurs membres du personnel des réceptifs hôteliers et d’un manque de prise en charge qui a finalement été comblé dimanche.
 

Sur le qui-vive, la Mauritanie compte présentement cinq cas et six cents personnes confinées. Notons enfin l’autre information donnée par le ministre de la Santé dans sa vidéo postée sur Facebook très tôt le 28 Mars. Évoquant le quatrième cas, « il s’agit de l’épouse du mauritanien testé positif, il y a quelques jours. Nous l’avions isolée à l’instant même où son mari fut testé positif », affirme Mohamed Nedhirou ould Hamed.
 

THIAM Mamadou

lecalame.info

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