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un grain de sable pour secouer la poussière...

Parcours politique et position actuelle sur la scène politique

Jeudi 6 Février 2020 - 10:10

L’histoire des nations peut être comparée à une corde comprenant des nœuds qui correspondent aux évènements importants marquant son évolution. Certaines de ces étapes se déroulent dans le calme, d’autres sont agitées. La Mauritanie ne fait pas exception à cette description. Son histoire récente peut être représentée par une image sous forme de corde, avec quatre nœuds dont chacun correspond à une étape décisive :

 

1. L’indépendance nationale ;

2. Les coups d’Etat militaires ;

3. Le multipartisme

4. L’alternance entre deux présidents élus. 

 

A chaque passage d’un nœud à l’autre, un branle-bas politique se déclenche, avant que les évènements ne reprennent à nouveau la ligne droite. Je m’intéresserai essentiellement au dernier point, à savoir l’alternance pacifique entre deux présidents élus démocratiquement. Ce sont à l’origine deux officiers supérieurs de l’Armée qui ont fait un premier coup d’Etat contre le président que j’ai toujours défendu et que je continue à défendre, qui ont ensuite empêché le défunt président Ely ould Mohamed Vall de conserver le pouvoir par le biais du vote blanc et qui ont fait par la suite un autre coup d’Etat contre Sidi ould Cheikh Abdellahi, président démocratiquement élu et dont j’étais le ministre Secrétaire général à la présidence de la République.

Le jour même de ce coup d’Etat, ses auteurs m’ont demandé de rester avec eux, mais j’ai décliné l’offre, en répondant que je ne pouvais avaliser un coup d’Etat et, immédiatement, j’ai entamé des contacts avec tous les partis de l’Opposition, à l’exception du RFD qui avait adopté à l’époque une position pas tout à fait conforme à celle des autres partis d’Opposition. 

Avec Tawassoul, l’APP et l’UFP, principalement, nous avons décidé de créer un front que nous avions appelé Front national pour la défense de la démocratie (FNDD), en lui fixant comme objectif de faire échouer le coup d’Etat, en agissant aussi bien sur le plan national qu’au niveau international. Des manifestations ont été organisées, parfois avec l’accord des autorités et parfois sans autorisation, et ont souvent été réprimées dans la violence. Parallèlemment, une médiation a été engagée par l’Union africaine, l’Union européenne et le Sénégal et a abouti, après plusieurs mois de négociations, aux accords de Dakar.

Aux termes de ces accords, le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et le chef de la junte militaire devaient démissionner pour ouvrir la voie à des élections générales. Après leur démission, des élections sont effectivement organisées, sous la houlette d’une Commision électorale nationale indépendante où l’Opposition était majoritaire. Des observateurs de l’Union africaine, de l’Union européenne, des organisations de la société civile mauritanienne y ont assisté. A la proclamation des résultats, Mohamed Ould Abdel Aziz est sorti vainqueur avec plus de 52%. Au début, les résultats ont été contestés par l’ensemble de l’Opposition, à l’exception de Tawassoul. Puis, les autres partis les ont reconnus au fur et à mesure. Le RFD ne l’a fait qu’à la veille du dialogue qui devait être engagé avec le nouveau pouvoir, à la demande du FNDD.

Ainsi, l’Opposition, rejointe pa Tawassoul, s’est engagée à élaborer une feuille de route consensuelle qui devait être présentée au pouvoir. Lorsqu’elle a été soumise au gouvernement et après des va-et-vient entre les deux parties, une bonne partie de l’Opposition a posé des préalables consistant à ce que le pouvoir prenne certaines décisions. Le gouvernement y a opposé une fin de non recevoir , sous pretexte que s’il devait prendre toutes les décisons importantes avant les discussions, il n y’aurait pas besoin d’engager le dialogue. La situation ayant évolué vers une impasse, quatre partis (APP, Sawab, Hammam et El Wiam) décident d’aller au dialogue sur la base de la feuille de route élaborée par l’Opposition dans son ensemble.

 

Le dialogue 

Engagé entre une partie de l’Opposition et la Majorité, ce premier dialogue a abouti, malgré tout, à des résultats tangibles qui ont constitué un bond en avant en matière de pratique démocratique dans notre pays. Ainsi, quatorze lois organiques et lois ordinaires, avec seize décrets d’application ont été pris dans tous les domaines de la vie politique. Je peux en citer, à titre d’exemple, l’interdiction de la transhumance politique, une forte dose de proportionnelle, avec une liste nationale, une liste pour les femmes et une liste régionale pour Nouakchott.

De même, une Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été mise en place sur la base de la parité entre l’0pposition et la Majorité, mais en fait l’Opposition était majoritaire dans sa composition, en plus de l’augmentation dans une proportion très importante du nombre des députés de l’Assemblée nationale qui sont passés de 95 à 146 ¬, puis à 156, rendant la représentation parlementaire plus effective au niveau des Moughataas.

Je dois noter que pour les deux dialogues de 2011 et de 2016, j’étais à la tête du groupe de l’Opposition, je signais en leur nom et j’étais co-président du Comité de suivi des décisions du dialogue. Tout cela était au nom du parti El Wiam, créé par un groupe d’intellectuels et de cadres politiques et sur lequel je reviendrais plus loin.

C’est une étape du long combat politique que j’ai entamé dès le collège, ajoutée au syndicalisme et à la clandestinité qui ont façonné ma personnalité et fait de moi l’homme politique que je suis aujourd’hui. D’’abord militant très timide au lycée, j’ai sympathisé avec le mouvement des Kadihines où je n’étais pas un grand activiste, mais je militais parce que j’avais des amis qui étaient très engagés dans le mouvement et qui ont accompagné mes premiers pas dans la clandestinité.

Devenu fonctionnaire à la Direction du Budget en 1973, j’ai continué à avoir les mêmes sympathies politiques et je militais dans une cellule clandestine de fonctionnaires dont je me rappelle encore de certains membres et j’ai perdu de vue plusieurs autres. Je retiens encore le nom de Yadaly Hacen, journaliste chevronné connu de tous, un Soninké du nom de Modibo, originaire du Gorgol, qui était agent comptable à la Comptabilité centrale du ministère de l’Education nationale et qui servira avec moi en 1976 quand je fus nommé chef du Bureau central de la comptabilité de l’Education nationale.  Ce travail syndical clandestin m’amena à intégrer, cette fois-ci officiellement et au grand jour, le Syndicat national des Services financiers où je fus élu Secrétaire général de la Section du Budget, avant d’être élu, deux ans plus tard, à la tête du Syndicat national des services financiers, puis Sécretaire général adjoint de l’UTM, unique Centrale syndicale à l’époque.

Suite au coup d’Etat de 1978 et à la dissolution du parti unique, les militaires ont constaté un vide politique et ont voulu le combler en créant la Commission nationale du Volontariat composée uniquement des mouvements politiques dits progressistes : MND, Baathistes, Nassériens et El Hor. Celui-ci était représenté par feu Mohamed Ould Haimer et moi-même, fraîchement sorti de prison. Cettte expérience ne durera pas longtemps et débouchera sur la création des Sructures d’éducation des masses, une entité composée des caciques de l’ex-parti unique, le PPM, et qui existera jusqu’à l’avènement du multipartisme. Les Forces patriotiques, comme on les appelait à l’époque, n’intégreront pas cette nouvelle structure politique, l’abandonnant à la vieille garde du PPM.

Après le coup d’Etat de 2005, les putshistes tenaient à rayer le PRDS de la carte politique. Des pressions ont été exercées pour qu’il change de nom. Au terme de plusieurs tentatives, les décideurs ont opté pour la suppression de la lettre S (social) et son remplacement par la lettre R (renouveau), ce qui donne PRDR (Parti républicain pour la démocratie et le renouveau). Mais cela n’a pas suffi finalement, car les notables du parti se sont d’abord présentés comme indépendants aux élections législatives et municipales, ensuite beaucoup ont rejoint le RFD.

A l’élection présidentielle de 2007, un bon nombre d’entre eux a soutenu le candidat Sidi ould Cheikh Abdallahi. Après son élection, celui-ci a créé le parti Adil dont j’étais le deuxième vice-président. Lors du coup d’Etat de 2008, le président du parti et Premier ministre Ould Waghf fut arrêté et feu Bâ M’Baré, 1er vice-président du parti et président du Sénat ne pouvait assurer la présidence. Alors, c’était moi qui avais assumé l’intérim du président du parti jusqu’à la libération du président Ould Waghf.

A son retour, des divergences ont surgi au sein de la direction du parti au moment de la fusion avec deux autres partis qui sont El Bedil de Mohamed Yehdhil ould Mokhtar El Hacen et le PRM du Dr Louleid Ould Weddad, ainisi qu’un groupe de cadres qui avaient soutenu à l’élection présidentielle le candidat et ancien premier ministre Zein Ould Zeidane. La persistance des désaccords au sein de la direction de Adil, a donné naissance au parti El Wiam dont la direction politique était composée d’hommes et de femmes de grande expérience.

Cette expérience, le parti l’a prouvée en dirigeant, au nom des partis d’opposition qui y ont participé, les deux dialogues que nous avons eus avec le pouvoir, lesquels ont, comme je l’ai dit plus haut, considérablement enrichi l’arsenal juridique régissant la vie politique dans notre pays. Lors des élections législatives et municipales de 2013, alors qu’il participait pour la première fois à une échéance électorale, El Wiam s’était classé 3ème parti au niveau du pays et 2ème de l’Opposition, avec plus de 300 conseillers municipaux répartis sur l’ensemble du territoire national.

Ce brillant résultat obtenu en si peu de temps a suscité des envies et des grincements de dents, ici et là, particulièrement de la part du pouvoir qui a entrepris d’affaiblir le parti, en débauchant ses cadres, discrètement ou ouvertement, et en cherchant à appâter ses unités de base par tous les moyens. Ce travail de démobilisation visant notre parti s’est fait ressentir lors des dernières élections législatives et municipales de 2018 où El Wiam s’est retrouvé avec seulement deux députés, trois maires et près de quatre-vingt conseillers municipaux. Il était en ballotage favorable pour le second tour dans toutes les communes de la Moughataa de Keur Macène, excepté celle de N’Diago qu’il avait remportée dès le premier tour ; il avait également remporté deux mairies du Hodh El Gharbi (Medbougou et Hassi Ould Ahmed Bechna) et était en ballotage dans deux autres communes. N’eut été la complicité entre l’autorité administrative et la CENI, notre tête de liste dans la liste proportionnelle de la députation de Kobeni aurait fait passer le second de la liste commune.

 

Intégration de l’UPR

Après ces élections, le Président m’avait convoqué à la Présidence pour me demander d’intégrer l’UPR. Il m’avait signifié que le parti envisageait de me proposer à la vice-présidence de l’Assemblée nationale, en faisant remarquer que le règlement de l’Assemblée exigeait que ce poste soit confié à  quelqu’un de l’UPR. La seule condition que j’avais posée était que la décision soit avalisée par toutes le instances du parti El Wiam. Ainsi, nous avons engagé un processus auquel toutes les structures du parti ont été associées et qui a été couronné par un congrès extraordinaire. Celui-ci décida d’intégrer l’UPR avec armes et bagages : tous les biens meubles et immeubles sont revenus à l’UPR, y compris la subvention accordée par l’Etat.

Pourquoi cette décision ? C’est qu’avec l’expérience, nous en sommes venus à la conclusion qu’un parti d’opposition ne peut prospérer dans un régime où l’Etat monopolise tous les moyens publics. Même les projets de développement sont orientés selon les engagements politiques de soutien au pouvoir. D’autre part, nous nous sommes dit qu’après onze ans de pratique gouvernementale dont dix ans en démocratie, ce parti est devenu un cadre d’orientation politique et économique aux mains d’un régime à la tête duquel les deux acteurs principaux, vu leurs relations et leur pratique du pouvoir, offrent suffisamment de garanties pour qu’on puisse composer et travailler avec eux, dans un programme politique susceptible de faire évoluer le pays vers plus de progrès démocratique et social.

Malheureusement, quelques mois à peine après l’élection du nouveau président de la République, des divergences sont apparues entre les deux hommes, sous l’effet conjugué de certains courants politiques et de quelques activistes ayant des penchants régionalistes. J’ai eu à discuter avec tous les deux de cette question ; je  leur ai fait remarquer que leurs désaccords ne sont pas dans l’intérêt du pays et ne servent pas ce qu’ils ont réalisé ensemble depuis onze ans, et que l’expérience avec le président Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi qu’ils ont soutenu et que moi-même j’ai soutenu, doit servir d’exemple pour tout le monde.

J’ai fait quelques navettes entre les deux présidents, mais cela n’a pas encore eu de résultat, du fait de Cheytane et de quelques cadres opportunistes qui mènent un travail de sape pour que les efforts de ce genre n’aboutissent pas positivement. Cependant, je reste convaincu que les deux hommes, vu leur expérience, leur maîtrise du terrain politique et leur connaissance parfaite de tous ces cadres qui s’activent sur la scène nationale, finiront par trouver un terrain d’entente. Je ne peux pas dire si ce sera dans les jours à venir, dans deux ou trois ans, mais ils trouveront certainement une solution pour rétablir leurs relations vieilles de plus de quarante ans, émaillées de péripéties ayant abouti à l’accession et au maintien au pouvoir.

La Mauritanie et le monde entier ont suivi avec satisfaction le passage de témoin, pour la première fois dans notre pays, entre deux présidents élus démocratiquement. Nous avons toujours asssisté à un départ par coup d’Etat. Or, cette fois, le président a lâché le pouvoir parce que la Constitution ne lui permettait pas de se représenter. Il a soutenu un candidat qui est passé au premier tour des élections avec 52% des voix.

A la veille de l’investiture des candidats à la présidentielle, l’UPR avait organisé un Congrès et les responsables du parti avaient décidé de suspendre les travaux jusqu’après les élections, après avoir désigné une commission de 27 membres chargée d’assurer les affaires courantes jusqu’à la reprise des travaux du congrès.

Tout se passait normalement jousqu’au jour où un groupe de cadres s’est réuni dans un domicile privé pour déclarer que ladite commission était illégitime et certains sont allés jusqu’à prôner la création d’un nouveau parti. Finalement, après des concertations entre le groupe en question, le président de la commission et moi-même, il a été convenu de procéder à une ouverture en direction des entités et personnalités politiques ayant soutenu la candidature du nouveau président de la République. Deux commissions ont été mises en place à cet effet et ont entamé leur travail immédiatement.

Alors, certains sont venus à ces commissions pour poser des questions qui n’étaient pas à l’ordre du jour, telles que la référence du parti ou la notion de parti-Etat. Notre réponse à ce sujet a été claire, c’est que la référence aux personnes n’existe pas dans les pays démocratiques et seules les dictatures font référence à un Guide ou un Timonier. De plus, un parti qui a un programme illimité dans le temps et dans l’espace ne doit pas circonscrire son existence politique au programme d’un président dont le mandat est limité à cinq ans, pouvant aller jusqu’à dix ans, conformément aux dispositions constitutionnelles en vigueur.

Le président lui-même a reconnu, lors de mes entrevues avec lui, que la référence n’existe pas et ne peut exister dans notre pays, pas plus que le parti-Etat qui correspond à un système de parti unique. Toutefois, les divergences ont persisté.

 

Au sujet de la langue française

Au moment où la langue française est à l’ordre du jour, je ne peux laisser passer cette occasion sans dire un mot sur cette question qui divise actuellement la classe politique mauritanienne.

Le français est une langue vivante qui est parlée et étudiée en Mauritanie depuis près d’un siècle. Elle fait partie du patrimoine culturell et historique du pays. Vouloir la supprimer du débat national d’un coup de baguette magique pour la remplacer par les langues nationales, sans une préparation préalable à travers l’enseignement de ces langues afin qu’elles puissent être au même niveau que le français et l’arabe, est une erreur. Quel est l’intellectuel formé en français qui peut exprimer ses idées aisément en langues nationales comme il le fait en français ? Vouloir imposer à cette génération de s’exprimer en langues nationales est une manière de rabaisser le niveau des débats.

Je prends mon exemple personnel : je parle Ouolof mieux que certains Ouolofs, mais il y a des idées que je ne peux pas exprimer en ouolof, ni en arabe ou Hassania, sans faire recours à des termes en français. Je pense que ceux qui veulent actuellement que les débats soient en langues nationales ou en arabe font du terrorisme intellectuel, dans la mesure où ceux qui parlent ou écrivent en français ne le font pas par choix, mais parce qu’ils ont été formés dans cette langue et nos langues nationales jusqu’à ce jour ne sont pas enseignées dans nos écoles et encore moins dans les universités et écoles professionnelles.

Je crois que cette décision est trop importante pour être prise au niveau du règlement intérieur de l’Assemblée ; elle doit être débattue à un niveau national et son contour doit être fait sur tous les plans avant son adoption. En tout cas, cette décision n’a pas été prise, ni au niveau du Bureau de l’Assemblée nationale, ni au niveau de la conférence des présidents. Maintenant, je sais que certaines sensibilités nationalistes arabes ont toujours posé ce problème de cette manière. A mon humble avis, un problème si important ne peut être du ressort du règlement intérieur d’une Assemblée nationale, mais essentiellement un problème constitutionnel.

 

Conclusion   

Les conditions politiques étant ce qu’elles sont, et au regard de mes rapports personnels avec les deux protagonistes, rapports qui m’avaient amené à accepter de faire fondre tout le parti El Wiam pour leur compte, j’ai décidé de reconsidérer ma position en conséquence. Ma première idée était d’abandonner toute activité de nature politique, mais les discussions avec mes amis et mes alliés politiques m’ont amené à adopter une position médiane.

D’une part, j’ai demandé à tous les cadres d’El Wiam qui avaient intégré l’UPR d’y rester et d’œuvrer ardamment à la réalisation des objectifs que nous nous sommes fixés ; d’autre part, en ce qui me concerne personnellement, je resterai membre du parti, mais sans y exercer de responsabilité. J’achèverai mes deux mandats de député et de maire, Inchaa Allah, et je ne me représenterai à aucun mandat électif, tant que la situation sera celle que nous vivons aujourd’hui. Je continuerai cependant à soutenir et à assister les militants avec lesquels j’ai toujours travaillé.

 

Boydiel Ould Houmeid

lecalame.info

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