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un grain de sable pour secouer la poussière...

La méthode Ghazouani : assez claire pour être redoutée par l’élite, trop complexe pour être comprise par le peuple…

Mercredi 29 Septembre 2021 - 15:06

La méthode Ghazouani : assez claire pour être redoutée par l’élite, trop complexe pour être comprise par le peuple…
On ne le dira jamais assez : la façon avec laquelle Ghazouani a désarmé pacifiquement Aziz, hier tout puissant, devrait suffire pour l’éternité à reconnaître une insondable intelligence et une force tranquille redoutable. Normalement des régimes dictatoriaux, comme celui d’Aziz où tout ne répondait qu’à un seul homme, se terminent par un coup d’Etat en bonne et due forme : soit en se saisissant directement du président en exercice, soit en profitant de son absence pour neutraliser ses hommes.

On n’a jamais vu un dictateur de ce calibre être si sûr de son dispositif au point de se permettre de quitter le pouvoir démocratiquement comme Poutine et recevoir une tel choc psychologique en réalisant que son dispositif, qu’il croyait maîtriser, roule tout entier pour un autre ; quelqu’un dont il avait jusque-là sous-estimé voire méprisé sa capacité à maîtriser de telles perspectives.

C’est pourtant ce qui est arrivé : Aziz est en prison, sans un coup de feu, sans la moindre résistance de ses partisans et Ghazouani, qui a pris le pouvoir par les urnes, se paie le luxe de gouverner avec le même dispositif en le transformant de l’intérieur. 

C’est incroyable mais vrai. Ensuite Ghazouani aurait pu gouverner comme Aziz qui a laissé une jurisprudence efficace pour tenir le pays et en faire ce qu’il veut : diviser pour régner, endetter le pays pour des projets bidons et des dépenses de prestige inconsidérées, les impôts pour imposer le respect aux hommes d’affaires et la brutalité physique pour les plus récalcitrants. Des sorties médiatiques intempestives pour diviser les mauritaniens ou cuisiner un nationalisme déplacé : Aziz a ainsi excité les mauritaniens contre la France pendant 10 ans, il a mis du rouge sur le drapeau au nom des résistants pendant ce temps il a nommé au conseil constitutionnel, un francophone qui ne parle ni l’arabe, langue officielle, celle de la constitution ni même le hassania. 

Au lieu de cette méthode azizienne de la tension permanente, Ghazouani a opté pour une méthode révolutionnaire sous nos cieux : gouverner sans tapage, apaiser l’opposition radicalisée par Aziz, redonner une visibilité dans le gouvernement à un haut niveau aux hratine marginalisés par Aziz, les négro-mauritaniens n’étant pas en reste. Recevoir autant que faire se peut tous les représentants des forces vives de la nation. Penser à la jeunesse, à la modernité sans oublier l’héritage culturel car la Mauritanie est multiple et les conservateurs ont aussi droit au chapitre.

Cette méthode demande une finesse psychologique exceptionnelle sachant que pour apaiser l’essentiel des forces en présence il faut fatalement avoir affaire à des groupes souvent ennemis les uns des autres, chacun ayant son passif et son agenda plus ou moins avouable pour le présent immédiat et le futur.

L’apaisement de la scène politique avec l’absence de mouvements radicaux ayant des arguments défendables montre la force et l’efficacité de cette méthode Ghazouanienne.

A propos de la lenteur dont parlent certains : ils sont habitués aux 10 ans d’Aziz qui décidait seul sans consulter personne avec le caractère qui est le sien ; c’est bien plus simple mais ce n’est pas raisonnable et c’est même dangereux. La situation actuelle d’Aziz montre où peut mener une telle méthode : à l’aveuglement. Ghazouani prend le temps qu’il faut pour bien mesurer les conséquences d’une décision. C’est la rançon de la lucidité rassurante car le dictateur violent n’a pas besoin de réfléchir assez puisqu’il n’a pas le souci de préserver un équilibre pacifique acquis au prix d’une mécanique politique, sociale, économique, culturelle, sécuritaire et culturelle de haute précision. Le moindre petit faux pas peut créer un effet papillon désastreux…

De plus, contrairement à Aziz, Ghazouani a autour de lui des collaborateurs à qui il donne une grande liberté d’action. Ce sont des humains, des mauritaniens avec leurs faiblesses et quand une erreur manifeste est commise, le dispositif Ghazouanien permet toujours que le hic arrive jusqu’à lui même quand il s’agit de l’aventure d’un simple journaliste qui a eu affaire à son entourage immédiat et que des interférences inhérentes à la nature du pouvoir ont compliqué la situation. Personne autour de Ghazouani, même avec son entière confiance, ne peut prétendre qu’il tient l’oreille du président pour y mettre ce qu’il veut. 

Il y a autour du président des gens brillants, sans complexe, à l’aise entre tradition et modernité, qui veillent sur ses intérêts politiques même sans fonction officielle. Ils ont les moyens d’entrer directement chez le président s’ils estiment que c’est nécessaire. Personne n’y peut rien. C’est une force inestimable car ces veilleurs ne doivent pas abuser de leur accès direct au risque de le perdre. La raison d’Etat étant l’arbitre de ce dispositif. Ils n’interviennent qu’en dernier ressort quand il y a une urgence ; de là qu’il peut sembler que certaines affaires prennent du temps à être réglées.

Ghazouani est un homme d’une intelligence humaine supérieure. Tous ceux qui l’ont rencontré vous le diront. S’ils sortent tous de son bureau conquis c’est parce qu’ils ont senti qu’ils avaient affaire à un président qui veut bien faire avec tous ceux qui veulent le meilleur pour le pays. Il hérite de dossiers complexes pour lesquels il n’y est pour rien mais qui peuvent être explosifs car cela touche à l’unité nationale, il lui faut alors faire avec l’état actuel de l’univers psychologique des mauritaniens lobotomisés par des décennies d’intoxication pour les diviser. 


Le revers de la médaille est que si l'élite a compris que Ghazouani est bien l’homme fort du pouvoir, le peuple n’a pas toujours le décodeur via les relais médiatiques pour déchiffrer la méthode de Ghazouani, son style et les bienfaits de cette méthode. Le peuple est livré aux réseaux sociaux, aux blogueurs en exil et aux rumeurs fondées sur le vide laissé par l’hystérie médiatique azizienne.

Ce vide médiatique permet aux rumeurs les plus ridicules de circuler. Ainsi le peuple finit persuadé que le président est absent, que ce n’est pas lui qui gouverne, qu’il dort et se réveille tard. Le peuple finit par y croire car il ne croit que ce qu’il voit et comme il n’est pas proche du pouvoir pour voir tout ce qui se passe, il croit qu’il ne se passe rien car l’espace médiatique n’est pas occupé pour l’exciter contre une race, une région, une ethnie ou une histoire.

Personnellement je pense que Ghazouani ne va pas changer sa méthode d’abord parce qu’elle correspond à sa personnalité et son héritage culturel ensuite parce qu’elle est politiquement efficace puisque son régime gouverne tranquillement en opérant des changements significatifs dans la méthode de gouvernance et le personnel politique : un renouvellement est en cours doucement mais sûrement…

Cela dit c’est à tous ses partisans de faire le travail de communication en allant au front. Le problème c’est que le front est médiocre ! C’est là où le bât blesse… La méthode de Ghazouani ayant apaisée les forces les plus considérables, il ne reste que du menu fretin à affronter… Des rumeurs, des blogueurs qui disent tout et n’importe quoi allant jusqu’à se féliciter de voir le peuple sortir tout saccager. Ça ne voit qu’ils sont à l’étranger car aucun mauritanien au pays ne peut espérer un chaos quelconque car là encore l’histoire dans le monde entier est formelle : à chaque révolution, il y a un troisième larron en embuscade qui rafle la mise, ce n’est jamais le peuple : soit les islamistes, soit un groupe armé soit la dislocation du pays.

En ce qui nous concerne, il semblerait que l’Etat ait décidé de sévir face aux fonctionnaires dans les régions en proie à des colères destructrices. C’est la bonne méthode car on ne peut pas s’en prendre à ceux qui sèment le chaos en laissant à leurs postes les responsables de la colère.

Pour ma part, ces événements ne m'inquiètent pas du tout car je sais l’Etat très fort mais je pense que le vide médiatique laissé par Aziz doit être comblé d’une manière ou d’une autre le temps de sevrer le peuple. Ce sera certainement le futur du régime de Ghazouani qui reste à mes yeux un président d’une subtilité redoutable, volontaire, ayant une main de fer dans un gant de velours. 

Il reçoit beaucoup pour régler les problèmes qui n’ont pas pu être réglés à un niveau inférieur. Son entourage devrait l’aider en évitant de lui créer de faux problèmes et aller avec intelligence défendre sa méthode…

Ahmed Ould Soueid Ahmed
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