. chezvlane



un grain de sable pour secouer la poussière...

Immunité, justice et réputation : Le destin contrarié d’un ambassadeur exemplaire

Dimanche 30 Novembre 2025 - 11:30

L’affaire dite « Qatargate », qui secoue depuis plusieurs mois les milieux politiques et médiatiques européens, a entraîné dans son sillage une série d'interprétations hâtives et de simplifications excessives, dont l’ambassadeur mauritanien Abdallahi Ould Kebd a, injustement, fait les frais. Diplomate chevronné, doté d’une expertise rare des institutions européennes, il a pourtant été l’un des principaux artisans du rayonnement de la Mauritanie au sein de l’Union européenne, de l’OTAN et du Benelux, avant qu’un emballement politico-médiatique ne vienne déformer la réalité de sa mission et occulter les principes fondamentaux qui encadrent l’action diplomatique internationale.
 

Loin des jugements sommaires relayés dans la presse, il apparaît indispensable de replacer le rôle de l’ambassadeur dans le cadre juridique, institutionnel et diplomatique qui est le sien. Contrairement à ce que certains commentaires ont laissé entendre, l’émission de mandats d’arrêt par une juridiction nationale ne constitue en rien une mise en cause de la personne du diplomate, mais relève plutôt d’un débat juridique interne à la Belgique sur la gestion des immunités étrangères. La Convention de Vienne de 1961, texte fondateur et indérogeable du droit international, prévoit en effet une immunité pénale absolue pour tout agent diplomatique, garantie précisément pour éviter que des enquêtes sensibles ne se transforment en instruments de pression politique. À aucun moment cette immunité ne peut être contournée par des actes unilatéraux : seule une demande formelle de levée d’immunité adressée à l’État d’envoi peut produire un effet juridique. Or, aucune démarche de cette nature n’a été officiellement présentée à la Mauritanie. En conséquence, le refus de comparaître invoqué contre Ould Kebd n’est rien d’autre que l’exercice strict et normal de droits reconnus par le droit international, et non un refus de coopérer. Dans d’autres États, dans des situations analogues, les diplomates sont même instruits de ne jamais répondre à une convocation judiciaire tant qu’un cadre intergouvernemental clair n’a pas été établi.

 

Un interlocuteur efficace et disponible
 

Il est par ailleurs évident que le nom de la Mauritanie et celui de son représentant ont été happés par la logique médiatique propre à cette affaire, où plusieurs pays tiers ont été cités, souvent sans distinction ni fondement factuel pleinement établi. Dans ce climat de suspicion généralisée, un diplomate étranger devient rapidement une cible d’attention, parfois pour des motifs symboliques qui dépassent sa personne. Il faut rappeler qu’aucune preuve publique n’a été présentée concernant une implication personnelle d’Ould Kebd dans quelque opération illégale que ce soit. Son rappel, largement commenté, est intervenu dans un moment où la Belgique connaissait une tempête politique majeure, ce qui a contribué à amplifier des interprétations disproportionnées.
 

Ce traitement médiatique constitue d’autant plus une injustice que l’ambassadeur Abdallahi Ould Kebd figure parmi les diplomates mauritaniens ayant obtenu les résultats les plus significatifs en Europe. Homme de terrain, parfaitement familiarisé avec les rouages complexes de la Commission européenne, du Parlement, du SEAE, de l’OTAN et des chancelleries nordiques, il a réussi en quelques années à repositionner la Mauritanie sur la carte diplomatique européenne. À Bruxelles, il était considéré comme un interlocuteur efficace, disponible, pragmatique, capable d’articuler les priorités mauritaniennes : sécuritaires, migratoires, économiques et institutionnelles ; avec les exigences européennes. Sous sa conduite, les relations Mauritanie-UE ont connu une dynamique marquée par la consolidation de la coopération sécuritaire au Sahel, l’ouverture de nouveaux dialogues sectoriels, et l’amélioration du climat de confiance entre Nouakchott et les institutions européennes.

 

Cristallisation médiatique
 

Il est important de souligner que dans les milieux diplomatiques européens, Ould Kebd était reconnu comme un représentant particulièrement actif, doté d’une capacité rare à comprendre les subtilités du processus décisionnel à plusieurs niveaux ; communautaire, bilatéral et multilatéral. Certains observateurs n’hésitaient pas à souligner son aisance dans les milieux institutionnels européens, son réseau dense et sa faculté à placer les intérêts nationaux au cœur des discussions, même dans les arènes où la Mauritanie était traditionnellement peu audible. Peu de diplomates mauritaniens ont su tenir une telle maîtrise de l’environnement européen, caractérisé par sa technicité, sa complexité bureaucratique et son besoin permanent de présence active.
 

Le tableau de l’ambassadeur qui a circulé dans certains médias ne reflète donc ni sa réalité professionnelle, ni les règles qui encadrent son statut, ni son bilan. Il résulte davantage d’une cristallisation médiatique autour du « Qatargate », dont la portée dépasse largement les personnes citées. Il convient de rappeler avec force que la diplomatie ne se juge pas à travers des rumeurs, mais à travers des faits et des principes. Les faits démontrent l’absence de toute accusation juridiquement fondée. Les principes, eux, rappellent que l’immunité diplomatique n’est pas un privilège individuel, mais une garantie institutionnelle essentielle pour prévenir les ingérences dans la représentation des États.
 

Dans ce contexte, le cas d’Abdallahi Ould Kebd devrait plutôt inviter à une réflexion profonde sur la nécessité de protéger les diplomates engagés dans des environnements sensibles, où le risque de surinterprétation politique est permanent. La Mauritanie aurait grand bénéfice à valoriser plutôt qu’à écarter l’expérience d’un tel profil, dont la maîtrise des réseaux européens, des mécanismes institutionnels et des enjeux stratégiques demeure une ressource rare et précieuse. Sacrifié dans la tourmente d’un scandale où il n’apparaît pas comme un acteur mais comme un dommage collatéral, Ould Kebd restera, pour ceux qui connaissent les réalités diplomatiques, un professionnel accompli, respecté et utile à son pays.
 

Haroun Rabani
lecalame

chezvlane

Dans la même rubrique :
< >

Chroniques VLANE | énergie / mines | politique | économie | affaires religieuses | interview | société | communiqué | droits de l'homme | Actualités de l'opposition | diplomatie / coopération | ONG / associations | justice | sécurité | international | sports | Syndicats / Patronat | TRIBUNE LIBRE | faits divers | vidéos | rumeurs | ndlr | culture / tourisme | pêche | Santé | medias | conseil des ministres | actu.g | TAAZOUR






Rubriques à la une

Recherche