L’intervention du Premier ministre, Mokhtar Ould Djay, lors de sa comparution devant le Parlement, a constitué une séquence politique et institutionnelle marquante, tant par son contenu que par la méthode retenue pour présenter le bilan de l’action gouvernementale. Le discours s’est distingué par sa clarté et une franchise mesurée, traduisant une orientation fondée sur une évaluation réaliste des performances, loin de la simple énumération des réalisations ou de l’occultation des difficultés.
Dans sa présentation, le Premier ministre a privilégié une approche chiffrée rigoureuse, s’appuyant sur des indicateurs quantitatifs et des taux de réalisation répartis par secteur. Cette démarche a conféré à l’intervention une dimension technique renforçant sa crédibilité et a contribué à élever le débat parlementaire du registre des appréciations générales vers un cadre mesurable et vérifiable. La maîtrise des dossiers est apparue manifeste, qu’il s’agisse des projets ayant enregistré des avancées significatives ou de ceux confrontés à des obstacles d’exécution.
Dans ce cadre, le bilan gouvernemental n’a pas été présenté comme exempt d’échecs. Le Premier ministre a reconnu la non-réalisation d’environ 8 % des projets programmés, soit 24 projets, en en exposant les causes et les contraintes ayant empêché leur achèvement dans les délais impartis. Ces insuffisances ont été analysées à la lumière de facteurs techniques, administratifs et conjoncturels, dans une approche explicative qui n’élude pas la responsabilité, tout en replaçant les retards dans leur contexte objectif.
Il ressort de cette intervention, riche en données et en évaluations assumées, que l’action gouvernementale - malgré les dysfonctionnements reconnus - a globalement produit des effets tangibles sur le processus de développement et contribué, dans une mesure appréciable, à répondre aux attentes des citoyens dans divers domaines. Le bilan présenté traduit un effort cumulatif qui ne saurait être réduit aux seuls manquements, ni dissocié de la complexité inhérente à la mise en œuvre des politiques publiques dans un contexte national pluriel.
Par ailleurs, les chiffres et les taux d’exécution avancés ont permis de réfuter une partie des critiques adressées à l’action gouvernementale, dont certaines se sont caractérisées par des généralisations excessives et une remise en cause globale des performances. Si la critique objective demeure indispensable pour l’amélioration de l’efficacité des politiques publiques, les dérives accusatoires et la mise à l’écart des faits étayés n’enrichissent ni le débat public ni les exigences d’un exercice politique responsable et impartial.
Dans une perspective plus large, l’intervention du Premier ministre peut être lue comme une tentative d’ancrer une culture gouvernementale fondée sur l’auto-évaluation et la présentation du bilan dans un langage réaliste, conciliant reconnaissance des insuffisances et valorisation des acquis. Elle traduit également une volonté de consolider une relation plus mature avec le Parlement, fondée sur la mise à disposition de données précises permettant l’exercice du contrôle sur des bases objectives.
En définitive, cette intervention a offert une image équilibrée de la performance gouvernementale au cours de la période écoulée : une image qui n’ignore pas les progrès accomplis, tout en assumant les limites et les manquements. Une démarche de nature à ouvrir la voie à un débat institutionnel plus approfondi sur l’efficacité des politiques publiques et les perspectives de leur amélioration, loin des discours émotionnels ou des évaluations partielles.

Le Premier Ministre : Un bilan gouvernemental entre réalisme et responsabilité par El Wely Sidi Heiba
