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Dr. Aounen Béchir, spécialiste en santé publique, dans une interview à Horizons : ‘’Tout laisse croire que la deuxième vague du Covid-19 touche à sa fin mais cela ne veut pas dire pour autant que nous sommes hors de danger’’

Mercredi 10 Février 2021 - 15:44

Titulaire d’un Doctorat en Médecine en 1987 en Syrie, du Certificat de l’institut Alfred Fournier a Paris en 1989 sur la Lutte contre les IST, d’une attestation de l’école de santé publique de Rennes en 1992, Dr. Aounen Béchir totalise 33 ans d’expérience en gestion des programmes de santé et des réponses aux crises humanitaires. Une expérience acquise au sein différents établissements et service du Ministère de la Sante en Mauritanie mais également au niveau de l’UNICEF où il passa 25 ans comme Chef santé et nutrition à Unicef Mauritanie, Coordonnateur des urgences au Tchad, Chef Programme Survie et Développement de l’Enfant au Cameroun, Chef Programme Survie et Développement de l’Enfant en Côte d’ivoire. Et depuis juillet dernier, il est consultant en Santé Publique Freelance.

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Horizons : Avec la baisse significative enregistrée depuis quelques jours des cas de contamination au Covid 19, peut-on dire que la 2e vague est derrière nous ?

Dr. Aounen Béchir : L’examen de la courbe de la COVID-19 durant la première vague montre que ces deux phases (ascendante et descendante) a pris environ deux mois et demi avec un 1 cas le premier mai. Elle atteint par la suite son PIC le 18 Juin avec un total de 201 cas avant d’amorcer la descente jusqu’à un cas le 6 août.

La deuxième vague, quant à elle, a commencé en début novembre. Plus précisément, le 5 Novembre, 41 cas ont été enregistrés. Le 16 décembre, cette vague a atteint son PIC avec 296 cas, puis la descente est amorcée depuis cette date pour arriver à 39 cas le 26 Janvier 2021 et 15 le 7 février. Malgré les différences qui peuvent exister entre la première et la deuxième vague, je pense que la courbe des deux vagues risque d’être identique ou presque. En effet donc, tout laisse croire que la deuxième vague touche à sa fin. Ceci ne veut pas dire pour autant que nous sommes hors de danger car rien n’empêche encore une troisième vague ou l’apparition d’une nouvelle variante du Virus.

 

‘’CE QU’IL FAUT RETENIR, C’EST QUE LE LAVAGE DES MAINS, LE PORT DES MASQUES ET LA DISTANCIATION PHYSIQUE RESTENT DANS TOUS LES CAS L’ARME LA PLUS EFFICACE CONTRE LA COVID-19 AVANT DE DISPOSER D’UNE IMMUNITE COLLECTIVE POST VACCINALE’’

 

-Pouvez –vous nous expliquer pourquoi la 2e vague a été plus grave et surtout plus meurtrière que la première vague ? Comment le dispositif sanitaire a-t-il pu tenir le choc ?

-Si la deuxième vague peut paraitre plus grave que la première, c’est d’abord parce qu’elle a touché plus de gens en un temps plus court. S’agissant de la létalité, je ne suis pas certain qu’elle soit significativement plus élevée que celle enregistrée lors de la première vague ;

Pourquoi avions-nous enregistré ce nombre important de cas durant cette deuxième vague ?

Je pense que le non-respect des mesures préventives après « l’accalmie » constatée à la fin de la première vague dû à la lassitude du confinement et du couvre-feu, l’ignorance et parfois la non-reconnaissance de la maladie elle-même ont conduit la population à un relâchement total, tout ceci a conduit à la propagation du virus de manière plus rapide.

Il faut aussi noter que certaines cibles notamment les jeunes bien portants continuent à contracter le virus en tant que porteurs sains et le diffusent sans même s’en rendre compte. La mortalité, quant à elle, dépend plus de l’état de santé de la personne avant de contracter le virus que du virus lui-même.

S’agissant de la réponse du système de santé, il faut rappeler que face à la deuxième vague, ce dernier était plus résilient en raison du niveau de connaissances de la maladie qui s’est beaucoup amélioré pendant la première vague, une augmentation de la capacité d’accueil et de prise en charge des patients et la rigueur dans la gestion des cas et des dispositifs de prévention au niveau des structures de santé. Il est à noter qu’au début de l’épidémie, le personnel de santé a été fortement frappé par la maladie alors qu’on observe peu de cas parmi eux actuellement.

Pour ce qui est des mutations du virus, elles s’accompagnent en général par une perte de la virulence et une lenteur dans la transmission et ceci est exactement le contraire de ce qu’on observe avec la COVID 19. C’est dire que ce virus ne cesse de surprendre et refuse de livrer tous ses secrets.

-On parle différentes variantes du virus. La Mauritanie en a-t-elle vu passer ?

Rien n’empêche qu’une variante en Afrique du sud ou en Angleterre ou même une toute nouvelle apparait ici ou ailleurs.  L’Institut National de Recherche en Santé Publique sans doute peut mieux répondre à cette question. Toutefois, les mesures préventives y compris la vaccination ainsi que la prise en charge des cas reste jusqu’à maintenant identiques pour les différentes variantes, donc la valeur ajoutée de cette classification ne deviendra essentielle que lorsque ces paramètres diffèreront d’une variante à l’autre, ce qui n’est pas le cas pour le moment.

- Comme les autres pays, la Mauritanie envisage d’acquérir des vaccins contre la COVID 19. Que pensez-vous du dispositif pris dans ce cadre et du rôle que pourrait jouer le COVAX ?

-L’initiative COVAX en elle-même est extrêmement louable parce que, rappelons-nous, la crise des tests et des masques au début de l’épidémie où les pays pauvres ont été laissés pour compte car c’est la logique du plus offrant qui déterminait qui peut les acheter auprès des industriels. Rappelons-nous des cargaisons en escale pour certains pays détournées par d’autres par lesquels ces cargaisons avaient transité. C’est dire que s’il n’y a pas une certaine moralité dans ce monde, les pays pauvres ne sauront accéder aux vaccins. C’est le but de cette initiative COVAX, qui je le souhaite, sera effective. Le Mécanisme COVAX a annoncé la signature d’un contrat d’achat anticipé portant sur 40 millions de doses du vaccin Pfizer et près de 150 millions de doses du vaccin candidat AstraZeneca/Oxford et qui devraient être disponibles au premier trimestre 2021 avec un objectif : fournir au moins 2 milliards de doses d’ici la fin de l’année 2021, avec une distribution d’au moins 1,3 milliard de doses à 92 pays à faible revenu.

- L’utilisation de tests PCR et des autres a suscité la polémique aussi bien lors de la 1ère que de la 2e vague. Un commentaire ?

-Tout à fait, Il faut d’abord noter que jamais dans l’histoire des maladies virales, des résultats de recherche ont été aussi rapides pour identifier le virus, faire son séquençage, cerner sa physiopathologie etc. c’est donc très rapide tout cela, mais pas avec assez de temps pour éliminer les doutes, et surtout sans assez de recul pour cerner tous les contours du sujet.

En outre ceci s’est accompagné d’une très forte médiatisation influençant ainsi les démarches scientifiques et rigoureuses classiques et soumet la communauté scientifique àbeaucoup de pressions et il ne faut pas oublier qu’il y a aussi les enjeux économiques telle que la compétition entre les pays, les organisations etc.

Le test RT-PCR : Reverse Transcriptase-PCR   est un test de diagnostic moléculaire mettant en évidence la contraction d'un virus par une personne. Il s’agit d’une technique qui permet la recherche d’ARN du virus à travers un  prélèvement nasopharyngé dont le résultat dépendra de la maîtrise de la technique, de la concentration du virus chez le patient, de la date à laquelle le virus a été contracté (au plutôt 2 à 3 jours avant les symptômes et au plus tard deux semaines ou un peu plus après les symptômes). C’est pourquoi on parle de 30 pour cent de faux négatifs et aujourd’hui on parle également de faux positif. Le tableau clinique en plus de la notion de contact et parfois le recours au scanner sont des éléments que le médecin prend en compte pour le diagnostic tout aussi importants comme le test PCR. Donc cette polémique peut être justifiée en raison de ce qui précède.

-On laisse croire que la COVID 19 pourrait être une grippe comme toutes les autres et qu’on va désormais vivre avec son virus. C’est une hypothèse qui tient la route, comme on dit ?

Je pense que oui. Il faut comprendre que les mutations du virus peuvent conduire à ce que vous dites, c’est à dire de nouvelles variantes espérons moins mortelles et plus lentes dans la propagation. Toutefois COVID 19 refuse de se comporter comme les autres virus, car les mutations n’ont pas réduit sa virulence ni sa propagation et il n’est pas non plus saisonnier.

- Quelles sont les personnes les plus touchées par la COVID ?

-Les sujets âgés et surtout les personnes qui souffrent d’autres maladies les rendant plus fragiles : on parle de HTA, du diabète mais aussi de toutes maladies pouvant affaiblir les défenses de la personne.

- Quels enseignements la Mauritanie peut-elle tirer de cette pandémie pour renforcer la résilience de son système de santé ?

-Excellente question ! La COVID-19 a mis à dure épreuve les systèmes de santé dans le monde entier. Pour ce qui nous concerne, il serait important de renforcer notre surveillance épidémiologique, décentraliser nos capacités de diagnostic et de prise en charge au niveau régional, assurer notre approvisionnement en médicaments et faire jouer au secteur privé son rôle complémentaire du système public.

                             Propos recueillis par Dalay Lam

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