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" Dans 5 à 6 ans, il n'y aura plus de noirs dans l'administration mauritanienne "

Mardi 6 Mars 2018 - 12:12

" Dans 5 à 6 ans, il n'y aura plus de noirs dans l'administration mauritanienne "
A 68 ans révolu, Ibrahima Moctar Sarr, président de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Réconciliation (AJD/MR), ne s’avoue toujours, pas vaincu face au régime politique mauritanien qu’il qualifie de «féodal, ségrégationniste et raciste». Ce «soixante-huitard» reste convaincu que le système politique de son pays a atteint ses limites et appelle les leaders à changer de perspective afin de bâtir une «Mauritanie nouvelle». Sinon, avertit-il, «d’ici 5 à 6 ans, il n’y aura plus de noirs dans l’administration mauritanienne».
 
Si on vous demandait de définir le système démocratique de la Mauritanie, que répondriez-vous ?
 
Le système mauritanien, nous l’avons déjà défini comme étant un système d’abord, raciste parce qu’il est basé sur la séparation des races. C’est une réalité. C’est aussi, un système féodal parce qu’il garde pratiquement toutes les anciennes institutions féodales de ce pays. Les gens sont cooptés à partir des grandes familles ; ainsi de suite. Que ce soit d’ailleurs chez les Négro-africains comme chez les Maures, c’est un système esclavagiste. C’est l’un des pays où on pratique, jusqu’aujourd’hui, l’esclavage quoi qu’on en dise. L’Etat reconnait qu’il n’y a que des séquelles. Mais en vérité, dans certains coins de la Mauritanie, on pratique véritablement l’esclavage comme au temps ancien. 
 
Pourtant si on prend la communauté noire dans sa globalité, c’est-à-dire les Haratines et les Négro-africains, comme on les appelle ici, vous constituez la majorité par rapport aux Maures blancs. Comment expliquezvous ce paradoxe ? 
 
On tente de lutter pour imposer une égalité entre les communautés. Mais, vous savez qu’en Afrique du Sud, c’était quelques centaines de milliers de Blancs contre des millions de noirs. Ils ont pu quand même, régner pendant des années. En Mauritanie aussi, le problème, est que, je dois l’avouer, la main du colonisateur y est pour quelque chose. Parce que la Mauritanie a été créée par le colon français qui, dès le départ, a donné le pouvoir aux Maures et les a confortés dans ce pouvoir en créant les conditions de leur suprématie. Ces derniers se basent sur cette position pour justement dire qu’ils sont majoritaires au verso. Parce que si vous partez du point de vue linguistique, les Haratines (les Maures noirs) plus les Maures blancs font environ 70% de la population. Dans ce pourcentage, les Haratines, naturellement ont le plus gros morceau. Parce qu’ils sont le peuple le plus important avec, environ 40%. Mais dans cette majorité que les Maures revendiquent, les Haratines n’ont pas bénéficié de postes. Au début des indé- pendances, les Haratines ne figuraient même pas dans le gouvernement. C’est maintenant qu’ils arrivent à occuper certains postes. C’est surtout les Négro-africains et les Maures blancs au départ, qui avaient eu à occuper un certain nombre de responsabilités. Les Maures blancs, sur le plan politique, avaient l’hégémonie, bien qu’au départ, les Négro-africains constituaient l’essentiel des cadres que comptait l’administration du pays. C’est eux qui fréquentaient l’école pendant que les Maures refusaient d’y aller. Mais, par un jeu que Mokhtar Ould Daddah aura utilisé, en se basant sur l’arabisation systématique du pays, ils ont réussi à renverser la vapeur. Ça a créé des frictions déjà dès le départ, en 1966, pour ceux qui s’en souviennent ; ce qui avait entrainé des morts d’hommes ici, à Nouakchott. C’est exactement dans le même schéma qui s’est répété en 1989, au temps de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya qui a pratiquement procédé à un génocide. Il a tué des milliers d’individus et en a déporté d’autres au Sénégal et au Mali. Des militaires ont été tués dans des casernes. Et jusqu’à présent, ce trafic humanitaire reste encore non réglé ; même si, quelque part, on a indemnisé les veuves et les orphelins. Le problème reste quand même très douloureux
 
Si au début des indépendances, l’administration était dominée par des Né- gro-africains, qu’est-ce qui s’est alors passé pour que cette tendance soit complètement renversée et qu’on ne retrouve pratiquement plus de Négroafricains dans les fonctions les plus importantes du pays ? 
 
C’est le système qui a été utilisé et qui s’est basé sur l’arabisation. A partir de 1966, ils ont sorti une loi pour dire que : «tous les élèves qui n’auraient pas la moyenne en Arabe ne passent pas». Donc, c’était un blocage systématique pour les élèves Négroafricains. C’est ce qui était à l’origine des événements de 1966. Il y a eu un groupe d’intellectuels qui s’appelait «Les 19» (19 Cadres). Ils avaient écrit un document pour condamner cette tendance à la civilisation que d’ailleurs, les Négro-africains avaient pressenti dès l’indépendance. Depuis le congrès d’Aleg (Sud de la Mauritanie, Ndlr), les Négro-africains avaient demandé des garanties. Parce que la Mauritanie est une juxtaposition entre une partie de l’ancien Fouta, de l’ancien Gadiaga Guidimakha et de l’ancien Waalo avec certains émirats des Maures comme l’émirat de Trarza, ainsi de suite. Donc, ce sont deux communautés qui, culturellement, n’ont pas véritablement d’attaches solides en dehors de l’Islam. Historiquement, elles ont eu des relations assez difficiles mais, que la colonisation française a tenté de rassembler pour que la Mauritanie puisse exister. Au départ, le Maroc revendiquait la Mauritanie et les Français voulaient créer l’Etat mauritanien comme étant un Etat tampon entre ses possessions du Nord et du Sud. Et, à partir de ce momentlà, il fallait que les Sénégalais aussi, jouent le jeu, qu’ils acceptent qu’une partie de cette frange négro-africaine soit rattachée à l’ensemble Maure pour créer l’Etat mauritanien. Donc, dès le départ, les gens avaient pressenti qu’il aurait des problèmes. Et les Né- gro-africains ont demandé des garantis. Le congrès d’Aleg qui devrait trancher sur cette question ne l’a pas réglé. Ça va poursuivre le pays jusqu’aux événements de 1966 
 
Autrement dit, Senghor, le premier Président du Sénégal a largement contribué à la mise en place de l’Etat Mauritanien ? 
 
Ah oui ! Les autorités sénégalaises d’alors ont accepté cette thèse-là pour que cette Mauritanie puisse exister. D’ailleurs, le Sé- négal a joué un rôle extrêmement important dans la reconnaissance de la Mauritanie à travers le monde. Même au niveau du monde Arabe, seule la Tunisie avait reconnu la Mauritanie. Les autres se basaient sur les thèses marocaines. Il a fallu d’ailleurs, un compromis au plan international. Parce que la Yougoslavie avait un Etat qu’on voulait faire passer aux Nations-Unies et on a fait un marchandage pour que la Mauritanie aussi, puisse passer 
 
A votre avis, aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut faire concrètement, pour que vous retrouvez cette fameuse «Mauritanie nouvelle» dont vous revendiquez tant dans toute votre déclaration ? 
 
Très tôt, on a commencé à douter. Au dé- part, nous pensions que c’était une situation qui avait été créée par la colonisation. Dans le cadre d’un mouvement qui se disait mouvement démocratique national qui avait des tendances révolutionnaires à l’époque, nous avions estimé qu’il fallait lutter contre les colons et qu’une fois que le pays serait indé- pendant, il pourrait effectivement émerger de manière démocratique et solidaire pour toutes ses composantes nationales. Mais, par la suite, nous avons compris que ce mouvement ne voulait pas prendre en charge la question nationale. Ce que nous appelions la question de cohabitation. Et c’est à partir de ce moment, que nous nous sommes démarqués de ce mouvement pour créer nos propres mouvements qui sont Négro-africains et qui tenaient à régler cette question de cohabitation. Depuis 1978, nous avons créé l’Udm (Union dé- mocratique mauritanienne), qui ensuite, va donner naissance aux Flam (Forces de libération africaine de Mauritanie). Les Flam vont aussi publier un autre manifeste comme celui du «19» en 1986. Ce qui va aboutir à l’arrestation de ses principaux dirigeants dont moi-même. Nous avons fait le bagne pendant 4 ans. Quand nous sommes sortis de prison, certains se sont exilés pour continuer le combat et nous, nous sommes restés ici, au pays. Nous avons travaillé avec les autres forces politiques comme les Haratines et les Maures qui voulaient aller dans cette direction-là. Mais, par la suite, chemin faisant, nous avons compris qu’une certaine opposition ne cherchait qu’à reprendre le pouvoir politique. C’est-à-dire, changer le ré- gime en place pour continuer le système. Donc, c’est le même système qui continue depuis Mokhtar Ould Daddah jusqu’à l’actuel président, Mohamed Ould Abdel Aziz. Alors, à partir de ce moment, il ne s’agit pas de changer de régime mais, d’attaquer le système dans ses fondements essentiels. 
 
Concrètement, qu’est-ce qu’il faut pour déconstruire ce système ? 
 
Malheureusement, le système est arrivé à bout, selon mes analyses. Aujourd’hui, il n’est pas possible pour le système mauritanien de pouvoir se déconstruire de manière politique comme ça ; avec les partis politiques, avec le jeu de l’Assemblée nationale. De mon point de vue, ce n’est plus possible. Parce qu’aujourd’hui, le système a atteint le niveau top où les autres communautés, principalement les Négro-africains, sont complètement balayées de la scène nationale. Ils (les Négro-africains) n’existent nulle part. Sur le plan économique, ils sont inexistants. Sur le plan militaire, aujourd’hui, sur plus d’une dizaine de généraux, vous ne trouverez pas un Négro-africain. Idem sur le plan culturel. Même sur le plan religieux, c’est une seule communauté qui est aux commandes et qui prépare sa relève. Dans les écoles militaires, vous ne trouverez que des éléments arabes qui préparent la retraite de l’élite militaire actuelle qui est au pouvoir. Les Négro-africains ont été balayés systématiquement au niveau de l’administration. Tous ceux qui vont en retraite ne sont pas remplacés et déjà, il y a eu beaucoup de cadres qui ont été déportés lors des événements de 1989. D’ailleurs, j’en suis un exemple parce que, je travaillais à la radio mauritanienne et quand je suis sorti de prison, je n’ai pas pu retrouver mon travail. Il y’en a beaucoup comme moi dans ces conditionslà. A partir de ce moment-là, petit à petit, on évacue les Noirs de l’administration. Je crois que d’ici 5 à 6 ans, il n’y en aura plus dans l’administration. Donc, ce sont les Maures qui occupent tout le système à partir de ce moment. Ce système est clos et les Noirs qui sont actuellement en Mauritanie ne peuvent pas à partir de leurs actions politiques renverser la vapeur. D’autant plus que nos camarades, nos amis des autres partis politiques, ce qui les intéressent, c’est de changer le régime mais pas le système. Quand ils manifestent dans la rue, ils posent le problème de la cherté de la vie, de la dictature du Président, de la gabegie qui existe, que le président est en train de s’accaparer des biens du pays, qu’il veut faire un troisième mandat… Ils ne s’attaquent pas à l’essentiel des problèmes des Négro-africains comme par exemple, celui de la biométrie, de la discrimination raciale au niveau de l’administration, de leur mise à l’écart dans les structures militaires et spirituelles du pays. Pis, aujourd’hui, on est en train d’accaparer les terres de culture de la vallée qui appartiennent aux Négro-africains. Alors, à partir de ce moment-là, ils ne posent pas ce problème-là dans leurs manifestations. Ce qui les intéresse, c’est simplement de faire partir celui qui est au pouvoir afin de le remplacer et de continuer le système. Depuis que je l’ai compris, j’ai arrêté cette forme de collaboration avec cette opposition. Je mène mon combat en essayant surtout de l’axer sur la conscientisation des populations Né- gro-africaines de leurs situations, de véhiculer le message à travers le monde entier pour que les gens comprennent ce qui se passe en Mauritanie mais aussi, de chercher parmi les Maures blancs ceux qui, finalement, accepteront de travailler dans le sens d’une Mauritanie égalitaire et qui viendront se joindre à nous pour qu’il y ait une rupture demain. Cette rupture sera créée uniquement par la confrontation des éléments du système qui sont en compétition pour le pouvoir. 
 
Et pourtant à un certain moment, vous avez eu à cheminer avec l’actuel président Mohamed Ould Abdel Aziz. A quel moment le cordon ombilical a été coupé ? 
 
Quand Maaouiya, qui a commis le génocide, que nous avons combattu pendant 20 ans, est parti, nous n’en croyions pas. On ne pouvait pas avoir un Président pire que lui. Nous pensions que les militaires qui ont pris le pouvoir allaient nécessairement s’attaquer aux problèmes de fond. Quand Mohamed Ould Abdel Aziz est arrivé, il a donné cette impression. Il est allé à Kaédi et a effectué une prière pour les disparus. Il a estimé que l’Etat était responsable de ce qui est arrivé et qu’il allait prendre les mesures qui s’imposent. Il a fait beaucoup de discours et il nous a demandés de venir le soutenir. Je lui ai demandé qu’on en discute en lui posant un certain nombre de problèmes ; notamment 7 points. Pendant 8 mois, nous en avons parlés et nous avons abouti à un consensus. Il y’a eu une grande cérémonie qui a été faite d’ailleurs, dans un hôtel. Toute la presse a été appelée pour constater que j’allais rejoindre la majorité. Mais, au bout d’un an de parcours, les lignes n’ont pas bougé pour autant. Les solutions que nous avions demandées, tardaient à venir. Dans la même période, il a introduit ce qu’on appelle un système biométrique pour le recensement des populations alors qu’il était purement discriminatoire. Les jeunes Négro-africains ont bougé. Il y’a eu des manifestations dans les grandes villes surtout du Fouta, à Kaédi plus précisément, notamment à Magama où un jeune du nom de Lamine Mangane a été tué par balle par des gendarmes. Mon parti s’est réuni pour dire qu’on ne peut plus continuer avec des gens qui tuent nos enfants. Nous nous sommes donc retirés de la coalition et avons décidé de continuer notre lutte. Aujourd’hui, nous sommes à l’Assemblée nationale. Nous continuons à poser le problème. Nous avons même gagné une mairie dans le plus grand quartier de Nouakchott et c’est à ce niveau, que nous continuons le combat. Nous n’avons pas usé de la violence pour nous faire entendre. Nous pensons qu’il faut conscientiser tout le monde, principalement, les Maures qui, comme les Blancs sud-africains, pourraient comprendre qu’il faut changer le système pour aboutir à une Mauritanie où tout le monde se retrouve.
 
Quelle est la dangerosité du système d’enrôlement dont on parle tant aujourd’hui en Mauritanie ? 
 
Le système est très simple. Maaouiya, qu’est ce qu’il avait fait ? Il a déporté les gens au Sénégal et au Mali. Il y a des milliers qui sont encore au Sénégal et au Mali qui ne sont pas revenus. Donc, ils sont déjà éliminés. Maintenant pour les autres qui restent, on les empêche d’avoir simplement des papiers. Ils sont obligés soit, de s’exiler ou de rester dans leur pays sans papiers. C’est une autre forme de déportation plus subtile. Je dis que ce système est voué à l’échec. Il ne peut pas continuer parce qu’effectivement, la communauté Haratine qui est la plus importante du pays, était pratiquement utilisée par le Maure blanc pour la basse besogne. Parce qu’en 1966, c’est eux qui ont fait la sale besogne mais également, en 1989. Mais cette communauté a commencé à prendre conscience d’abord, de sa réalité et qu’elle est capable de jouer un rôle important. Elle a maintenant des leaders qui s’agitent à travers le monde comme aujourd’hui Biram Dah Abeid qui vient de recevoir le Prix international pour les droits de l’homme des Nations Unies. Ces gens sont en train de bouger pour conscientiser la communauté Haratine afin qu’elle refuse de jouer ce rôle-là et de demander ses droits comme citoyens à part entière dans ce pays. Quand les Haratines commenceront à prendre conscience et qu’ils se libéreront carré- ment un jour, naturellement les choses vont bouger.
 
Surtout qu’actuellement, c’est un Haratine qui dirige le Conseil constitutionnel, ils sont aussi au Conseil économique et social. Pensez-vous que ça peut aboutir à quelque chose de concret ? 
 
Aujourd’hui, ce sont les Négro-africains et les Maures blancs qui se partageaient le pouvoir. A l’époque, les Haratines étaient vraiment exclus. Maintenant, ce sont les Haratines qui remplacent carrément les Né- gro-africains à ce niveau-là. Un jour à l’Assemblée nationale, j’ai interpelé le Premier ministre en lui faisant comprendre que sur les grandes institutions qui existent dans ce pays, il n’y a plus de Négro-africain. Tout ré- cemment, le Sénat était détenu par un Né- gro-africain mais, depuis la mort du Sénateur Ba Mbaré, les Négro-africains n’ont plus accès à aucune institution. Or, vous avez les Haratines qui sont à l’Assemblée nationale, au Conseil constitutionnel, au Conseil économique et social au moment où les Négro-africains n’existent nulle part. C’est une situation mais de toute façon ça ne donne aucun privilège aux Haratines. Parce que ça ne leur donne aucune supré- matie dans la mesure où, pour l’essentiel, les Maures détiennent toutes les richesses du pays. Quand vous regardez tous les niveaux importants où le pouvoir se joue, les Négro-africains n’y sont pas.
 
Mais est-ce que le véritable frein pour l’envol de la Mauritanie, ce n’est pas ce cloisonnement entre les différentes catégories ? Les Haratines de côté, les Maures de l’autre côté et les Négro-africains qui regroupent les Haal Pulaar, les Soninkés, les Wolofs, où chacun essaie d’être culturellement dans son coin.
 
Pour les Négro-africains, il y’a une certaine homogénéité entre les Wolofs, les Haal Pulaar et les Soninkés. Ils se retrouvent tous du même côté. Il y’a une interpénétration. Mais naturellement, avec les autres communautés, les Haratines et les Maures blancs, effectivement, l’unité n’est pas réalisée. Je vous donne comme exemple quand parfois vous avez des manifestations culturelles ici, vous verrez les Haratines qui organisent leur soirée à part, vous verrez les Né- gro-africains qui font aussi leur soirée à part. Parfois aussi, il y’a les Wolofs et les Soninkés. Il n’y a pas d’interpénétration entre les communautés. Il n’y a pas d’osmose entre les communautés. Quand j’étais candidat à la présidentielle de 2007, j’avais lancé un slogan pour dire que si j’étais élu, « j’allais donner une prime aux mariages mixtes ». Quand un Maure blanc aura épousé une Négroafricaine et vice-versa, j’allais leur donner une prime. C’est pour dire qu’il n’y a pas d’interpénétration même au niveau du mariage entre les communautés pour créer ce mé- tissage biologique et culturel qui pourrait favoriser une véritable symbiose entre les communautés. Les gens sont complètement cloisonnés. Quand vous voyez aujourd’hui à l’Assemblée nationale, nous, nous prenons la parole. Nous parlons dans nos langues parce qu’eux, ils parlent uniquement en Arabe ou en Hassaniya. En général, ils disent que ce qu’ils parlent, c’est le Hassaniya. Parce que l’Arabe classique, ce n’est pas n’importe qui, qui le maîtrise. Mais pour eux, c’est ça l’Arabe. Et nous, on nous demande de parler en Français mais, nous refusons. Nous disons non ! Le Français n’est pas notre langue. Nous parlons notre langue, le Pulaar, le Wolof et le Soninké. Et il faut le traduire effectivement de manière simultanée pour que les ministres qui viennent et les autres puissent aussi nous suivre. Mais jusqu'à présent, nous n’avons pas obtenu satisfaction mais, nous continuons au niveau de l’Assemblée nationale à parler notre langue comme si les gens nous entendaient même s’ils n’entendent pas. 
 
Ça donne l’impression d’être dans une véritable tour de Babel où d’aucuns parlent Arabe, d’autres parlent Pulaar, Wolof etc. ? 
 
Absolument, c’est la réalité de l’Assemblée nationale aujourd’hui. Quelque fois, quand nous voulons nous faire entendre, nous parlons en Français ou en Pulaar. Nous voulons aussi que nos vis-à-vis, nos électeurs aussi entendent ce que nous disons à l’Assemblée nationale. Mais c’est une situation qui est là et exactement, c’est ce qui se passe dans le pays.

source sudonline.sn
chezvlane

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