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un grain de sable pour secouer la poussière...

Birame sur les traces de Cicéron

Dimanche 19 Septembre 2021 - 18:06

Le président du mouvement IRA et député au parlement mauritanien Birame Dah Abeid poursuit son périple italien.

Hier, 18 Septembre, il était à Arpino,  une commune italienne de la province de Frosinone dans le Latium. Cette ville mythique est connue dans l’antiquité romaine sous le nom d’Arpinum.

Le député faisait partie des  animateurs de la conférence qui avait pour titre : « Liberté C’est la Faculté de Vivre Comme On Veut ». Il était sur le podium avec le prestigieux professeur émérite de droit public comparé Mario Patrono et le professeur de philosophie classique Giorgio Piras.

Cette conférence de l’année portait sur l’œuvre de l’homme d’Etat, homme de lettres et juristes romain Marcus Tilluis Cicérone (106-43 avant Jesus Christ). La conférence est thématisée sur les droits humains dans le monde et les droits constitutionnels en Afrique, cas de la Mauritanie.

Voici dans son intégralité le discours prononcé à cette occasion par Birame Dah Abeid :

« Je remercie toute l’assemblée. Je ne peux que remercier tout d’abord le maire de la ville, Mr l’assesseur, le Représentant du Conseil Régional. Je remercie aussi les deux professeurs émérites Mario Patrono Professeur de droit public comparé et le professeur Jorgio Piras professeur émérite de philosophie classique. Je suis aussi content de mes amis David, Alexandro, Antonio, Yacoub Diarra, Ivana et Marco aussi qui ont tenu à préparer avec la Mairie, la région, le centre culturel et les professeurs, ce passage à Arpino qui est un haut lieu de la culture et de l’histoire gréco-latine.

« Cicéron dénonce le coup d’état comme mode d’accès au pouvoir politique »

Et on ne peut pas venir à Arpino sans parler de Cicéron. Donc le grand Cicéron est connu chez nous par son éloquence et le plaidoyer permanent en faveur du droit. Il oppose le droit à la raison du plus fort. Dans ses discours enflammés que l’on appelle catilinaires il dénonce le coup d’état comme mode d’accès au pouvoir politique au sommet de la jeune République de Rôme alors qu’elle était en crise.

« L’action politique d’un homme, d’un groupe dure et s’enracine si elle s’adosse sur des valeurs morales, sur des valeurs de justice.3

Cicéron reste dans l’histoire dense de l’Italie l’un des rares dirigeants parvenu au pouvoir sans titre de noblesse. Donc c’est l’un des premiers self made man dans le monde. C’est un homme qui s’est fait par son courage, son engagement, sa culture. Donc c’est un homme d’Etat, un homme politique mais aussi un homme de lettres, un juriste, un constitutionnaliste. Donc c’est par sa force de persuasion qu’il a gagné ses succès. D’autres personnes parlent d’un bilan plus ou moins violent de Cicéron mais un bilan plus ou moins glorieux. Malheureusement Cicéron finira en exil après avoir exécuté des conspirateurs, des conjurés, des adversaires. D’aucuns prétendent qu’il a exécuté ses opposants sans procès, en dehors de la loi, des exécutions extrajudiciaires. Ce destin de l’homme partagé entre le pour et le contre, ce destin ambivalent nous rappelle que l’action politique d’un homme, d’un groupe dure et s’enracine si elle s’adosse sur des valeurs morales, sur des valeurs de justice. Elle s’affaisse aussi, s’estompe quand elle s’écarte de ces valeurs ; quand elle verse dans l’injustice, dans la violence.

« Cet héritage positif de Cicéron nous parle nous en Afrique aujourd’hui. Il nous parle nous dans le monde musulman. »

On retiendra que Cicéron a été un grand orateur. Il a été un juriste émérite. Il s’est opposé au putsch militaire à Rome comme mode de prise et de succession au pouvoir. Cet héritage positif de Cicéron nous parle nous en Afrique aujourd’hui. Il nous parle nous dans le monde musulman. Le monde musulman et surtout l’Afrique qui sont porteurs d’un cancer, celui des coups d’Etat ; la violence comme mode d’accession au pouvoir. Rappelez-vous la Guinée il y a quelques semaines. Et pas seulement la Guinée, mon pays la Mauritanie détient le record de coups d’états en Afrique et peut-être dans le monde.

Ceci nous amène à parler de nous, de notre expérience en Mauritanie. En 2008 lorsque moi, Yacoub et d’autres jeunes hommes, des femmes comme Leila ici présente, nous avons décidé de fonder l’organisation IRA Mauritanie, nous n’avions pas en tête en ce moment de faire la politique, ni de chercher à prendre le pouvoir. Je vous dirai tout à l’heure ce qu’on comptait faire.

« A IRA nous avions une ambition aussi de s’opposer au racisme domestique et d’Etat en cours en Mauritanie à l’époque. »

Ce qu’on comptait faire avec IRA, c’est un mouvement de droits civiques, un mouvement de droits de l’homme, un mouvement d’idées qui est capable d’affronter les idées reçues depuis des siècles qui enracinent et légitiment l’esclavage. Nous avions une ambition aussi de s’opposer au racisme domestique et d’Etat en cours en Mauritanie à l’époque. Nous avions comme ambition de faire la subversion des dogmes religieux entre guillemets, des dogmes religieux inégalitaires, obscurantistes et qui font la promotion de l’esclavage, la promotion de la relégation des femmes, la promotion de la peine de mort et la mutilation du corps humain en guise de punition. Mais lorsque nous sommes entrés en action on a fait un diagnostic de la société et qui montrait en 2008 qu’il y avait 20% de la population mauritanienne qui sont sous le joug de l’esclavage. Donc des personnes qui sont nées propriétaires d’autres personnes. Ces personnes ne pouvaient pas aller à l’école, ne pouvaient pas disposer de papiers d’état civil. Elles travaillaient aussi sans salaire, sans repos, sans soins médicaux adéquats. Les femmes parmi ce groupe, les filles et les fillettes subissaient des viols sexuels codifiés, légitimés par la version locale mauritanienne de la religion musulmane, la version locale de la Charia mauritanienne.

« Les groupes dominants ont décidé de nous éradiquer, nous éradiquer en nous excommuniant de la religion musulmane comme dans le monde antique du temps de l’inquisition et de l’excommunion »

Notre dénonciation de ce mode de vie basé sur l’esclavage, notre dénonciation d’un code d’honneur en vigueur cher au groupe dominant, cher à la classe nobilère privilégiée. Notre diagnostic a déplu. Il a révolté ceux qui bénéficient de cette situation antique et moyenâgeuse au cours du XXI ème siècle. Et les groupes dominants dominaient l’Etat mauritanien. Détenant tous les leviers de commande : politiques, économiques, militaires, judiciaires culturels, ont décidé de nous éradiquer, nous éradiquer en nous excommuniant de la religion musulmane comme dans le monde antique du temps de l’inquisition et de l’excommunion contre les hérétiques de la religion catholique pendant les siècles passés. L’attaque était dure.

« Nous avons décidé de résister et à la violence on a répondu par la non violence »

Aussi, la machine de l’Etat, la machine sécuritaire qui harcelait, arrêtait, torturait ; la machine judiciaire qui arrêtait, accusait qui faisait des procès qui condamnait ; et la machine médiatique, dans toutes les tribunes ; les mosquées, les missions diplomatiques nous ont attaqué. C’était pour nous éradiquer. Nous avons décidé de résister et à la violence on a répondu par la non violence. Aux propos, à l’attitude et au discours absurde des esclavagistes et de l’Etat qui les soutient nous avons répondu par le discours de la persuasion et du droit, du droit international. Nous avons aussi rendu les tribunaux, les prisons devant lesquels on nous traînait, nous les avons utilisés comme tribunes et pour  lancer un appel à la conscience internationale, à la solidarité internationale.

« Nous avons pu amener la communauté internationale à nous écouter et nous avons amené le peuple mauritanien à se mobiliser pour déjouer les plans diaboliques »

C’est pourquoi en réponse à cette solidarité IRA Italie a été créé par Yacoub et Ivana. D’autres IRA comme IRA France ont vu aussi le jour. La solidarité s’est engagée. Nous avons pu amener la communauté internationale à nous écouter et nous avons amené le peuple mauritanien à se mobiliser pour déjouer les plans diaboliques. Mais nous avons compris que notre entreprise est pleine d’embuches et qu’il faut utiliser aussi l’artillerie lourde et notre l’artillerie lourde c’est le vote. Et le champ de guerre c’est la démocratie. Nous avons créé un parti qui a fait peur au groupe dominant comme notre organisation IRA, organisation de droits civiques d’idées et de droits de l’homme, elle a été interdite comme le parti a été interdit.

Après l’interdiction de IRA et de RAG nous ne nous sommes pas découragés. La martyrisation, la répression, la diabolisation ne nous ont pas renoncé à la non violence. Nous croyons à l’homme dans ses capacités à revenir à la raison. Nous croyons aussi à sa résistance qui peut faire des miracles, qui peut faire des émules. C’est pourquoi nous sommes allés en démocratie les mains nues, sans un parti légal reconnu, sans une organisation légale. Ainsi, par intelligence et par souci de légalité on a utilisé un autre parti pour se présenter aux élections législatives, régionales et municipales. C’est le parti Sawab.

« Je me suis porté candidat au nom de la lumière contre l’injustice, au nom de la justice contre l’oppression. »

Moi, le meneur j’ai été emprisonné quelques jours avant les élections, le parti et sa campagne ont été décapités mais nous avons réussi à entrer au parlement. De la prison, je suis entré au parlement avec deux amis, une femme et un homme. Et je suis sorti à la prison quelques petits mois avant les élections présidentielles.

« Nous avons gagné les cœurs du peuple, les cœurs des masses, les cœurs de la jeunesse. »

Je me suis porté candidat au nom de la lumière contre l’injustice, au nom de la justice contre l’oppression. Marco et Antonio comme Yacoub d’ailleurs étaient présents pendant la campagne. Nous avons gagné les cœurs du peuple, les cœurs des masses, les cœurs de la jeunesse. Nous avons mis à nos côtés autant les victimes de l’injustice que les victimes de l’esclavage, les victimes du racisme, les laisser pour compte de la société inégalitaire mais aussi nous avons mis de notre côté des membres repentis du groupe dominant, repentis et pleins de remords  contre les injustices bien que ces justices leur bénéficient. Ils ont renoncé aux privilèges pour nous rejoindre.

« Notre victoire sur le terrain très visible à l’œil nu a été transformée en défaite par le non respect des lois constitutionnelles »

C’est là où je reviens encore une fois à Cicéron le constitutionnaliste. Notre victoire sur le terrain très visible à l’œil nu a été transformée en défaite par le non respect des lois constitutionnelles, par le non respect du droit électoral. Une fois encore le cancer de l’Afrique se trouve dans la maladie des constitutions africaines, des droits constitutionnels en Afrique, dans le monde arabe et dans le manque de protection de ces droits constitutionnels.

« Nous avons décidé d’attendre cette seconde élection dans la paix avec toutes les parties, même la partie qui nous a privés de notre victoire, le camp du chef de l’Etat actuel Mohamed Ould Ghazouani. »

Maintenant on attend un second round, une seconde élection. Nous avons voulu l’attendre dans la dignité et sans appeler à une réaction violente comme font beaucoup de candidats privés de leur victoire. Nous avons décidé d’attendre cette seconde élection dans la paix avec toutes les parties, même la partie qui nous a privés de notre victoire, le camp du chef de l’Etat actuel Mohamed Ould Ghazouani.

« Je rencontre l’actuel président. Il me reçoit. Nous discutons. Nous échangeons… »

Il m’a tendu une main. Je lui ai tendu deux. Bien qu’avant lui avec mes amis nous avons désamorcé la violence qui allait exploser en Mauritanie après les élections. Je rencontre l’actuel président. Il me reçoit. Nous discutons. Nous échangeons et j’espère que ce changement de fusil d’épaule puisse aboutir à un déminage des institutions d’arbitrage de la démocratie mauritanienne, un déminage du code électoral mauritanien, un déminage du recensement des mauritaniens, de la liste électorale. Et que ces rapports apaisés entre nous et l’actuel président de la République, nous espérons qu’ils aboutissent aussi à déminer le découpage électoral ; à déminer tous les compartiments de l’arsenal juridique constitutionnel et institutionnel démocratique qui était infecté par des mines placées par un pouvoir qui peut se reproduire de manière artificielle, qui peut se reproduire de manière frauduleuse. Nous espérons gagner ce pari.

« Mais pourquoi nous avons opté pour faire la politique ? Pourquoi nous avons opté pour la prise du pouvoir… » 

Nous faisons tout pour le gagner. Nous resterons sincères avec le camp du président, avec tous les partis et avec tous les camps politiques de la Mauritanie.

Mais pourquoi nous avons opté pour faire la politique ? Pourquoi nous avons opté pour la prise du pouvoir  alors qu’au début ce n’était pas notre ambition? Notre ambition première est d’en finir avec l’esclavage. En finir avec le racisme. En finir avec les inégalités de naissance. En finir avec l’obscurantisme. En finir avec la relégation de la femme. Mais on a compris qu’en attaquant ce chantier de droits de l’homme que nous venons de citer ici, sans attaquer l’environnement démocratique, politique, sans attaquer le mode de dévolution du pouvoir, sans attaquer la citadelle du pouvoir exécutif qui permet d’exercer le pouvoir ; si nous n’arrivons pas à changer l’environnement constitutionnel, institutionnel, démocratique, en prenant le pouvoir, on ne peut pas éradiquer l’esclavage. On ne peut pas éradiquer le racisme ; on ne peut pas éradiquer les inégalités et les obscurantismes. Donc ce sera comme mettre la charrue avant les bœufs. Et maintenant on revient aux bœufs. Le bœuf c’est le pouvoir. Il faut le prendre de manière démocratique, de manière légale. Ensuite ce sera la charrue. C’est la révolution des droits de l’homme. C’est le règlement de tous les problèmes des droits de l’homme. C’est la fondation d’une société égalitaire et d’un état de droit. Je vous remercie. »

Notons que cette conférence s’est tenue sous le patronage du maire d’Arpino Renato Réa, la modération de l’assesseur culturel Nicolo Casinelli, la présence du vice-président du conseil régional Mauro Bushchini, et une pléthore de professeurs dont les deux conférenciers qui ont pris la parole en plus du président des réseaux IRA-Mauritanie.

Cette activité a été clôturée par la remise par Monsieur le Maire Réa au député Birame Dah Abeid de la prestigieuse distinction  « le Cicérone » du nom de l’éminent homme d’Etat, juriste et homme de lettres romain. Une nouvelle reconnaissance qui renforce la position du leader abolitionniste sur l’échiquier de la défense des droits humains, en Mauritanie et dans le monde.

Bakari Guèye

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