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un grain de sable pour secouer la poussière...

Tribalisme et régionalisme à l’épreuve du Covid : un malheur n’arrive jamais seul…

Samedi 16 Mai 2020 - 11:17

Mohamed Nedhirou Ould Hamed, ministre de la Santé
Mohamed Nedhirou Ould Hamed, ministre de la Santé
C’est une autre occasion manquée pour le régime de Ghazouani d’assainir le milieu hospitalier car l’épidémie se déclare au début de son mandat et il n’est donc pas responsable de la situation actuelle héritée des régimes précédents sachant que le dernier ministre de la santé du régime Azizien, réfugié médical en Espagne, nous a expliqué avant de fuir que sous peu les gens viendraient de toute l’Afrique se faire soigner chez nous.

En Europe, dans les démocraties riches réputées avoir un système de santé efficace, le Covid a montré l’état déplorable des hôpitaux en France, en Italie, en Espagne etc par rapport à ce qu’ils devraient être si l’Etat n’avait pas sacrifié le service public à l’autel de la rentabilité. Pendant ce temps, en Mauritanie, pays riche sur le papier mais pauvre et très endetté sur le terrain, le gouvernement annonce que tout est sous contrôle et jamais un aveu d’incompétence du personnel médical ni même à propos de l’état de nos hôpitaux. 

Pourtant chaque mauritanien sait ce qu’il en est, jusqu’au 1155 mis en place comme copier-coller des mesures vues à la TV dans le monde civilisé : du flan ! On imagine comment s’est passé le recrutement du personnel. Dès que les cadres responsables du dispositif ont été nommés, chacun a reçu chez lui une avalanche de cousins, de parents éloignés, d’amis, du mari, de l’épouse, des frères, chacun espérant que le cadre ne saurait être insensible à l’occasion inespérée de trouver du travail à tel ou tel qui n’obtiendrait rien sans trafic d’influence, passe-droits, tribalisme et régionalisme.

Refuser les CV fatigués, gonflés, douteux ou méritants c’est paraître coupable chez soi de trahison surtout que le cadre peut perdre lui-même son emploi sans raison et se retrouver ensuite seul de retour chez les siens à qui il n’aura servi à rien quand d’autres n’hésitent pas à faire jouer les ficelles du piston pour sauver les chômeurs de la famille, de la tribu, des amis etc. même sans la moindre compétence requise.

Voilà comment dès qu’une agence ou n’importe quelle structure est créé, on voit débarquer tout un monde qui n’aurait rien à faire là si les postes étaient destinés aux seuls méritants quelle que soit leur couleur, leur ethnie, leur tribu ou leur région.

J’ai vu ça de près quand mon père a été nommé président de la CENI. On a vu même arriver des parents tout gentils avec un regard à fendre le coeur, accompagnés du fils en chair et en os, certains que leur présence à tout deux ferait jouer la fibre sensible du fraîchement nommé chef de l’institution pour ce jeune au regard perdu et au front baissé incarnant la jeunesse sacrifiée qui n’a plus rien à espérer de l’Etat, ni de l’avenir…

Voilà qui explique pourquoi certains survivent à tous les régimes car ils sont nommés pour que d’autres en profitent, souvent les mêmes réseaux. Il n’y a aucune autre explication. Cela dit, au milieu de tant d’incompétence, il faut bien mettre ici et là quelqu’un de compétent pour gérer le matériel à savoir les techniciens, souvent négro-mauritaniens mais là encore il s’agit pour bonne partie de borgnes au royaume des aveugles.

Face à ce chétif héritage en ressources humaines, chacun plus gonflé que l’autre, et face à la menace sur la vie de tous, le régime de Ghazouani pouvait au moins exiger que les profils soient les plus compétents possibles et ne pardonner aucune incompétence. Aucun tribalisme, aucun régionalisme, aucun réseau ne trouverait le moindre soutien contre cette volonté d’assainir le milieu médical face à la terreur qu’inspire le Covid 19.

C’est tout le contraire que le régime de Ghazouani a fait, se contentant de la langue de bois digne de la Corée du Nord jusqu’à ce que le cas du Bana Blanc fasse voler en éclats toute crédibilité du discours officiel obligeant le ministère de la santé à changer un peu son discours et avouer que l’épidémie risque de commencer maintenant alors que jusque-là il se vantait d’avoir dompté la menace.

Que faire maintenant ?

En Italie, où nous vivons, on a pu voir au quotidien la terreur venir petit à petit. Quasiment chaque cas était connu de tous. Vite les hôpitaux publics ont montré leurs insuffisances : ils manquaient de tout, matériels, personnels, masques mais les italiens avaient entièrement confiance en leur gouvernement parfaitement transparent car aucune langue de bois ne peut tenir à l’époque d’internet où tout est décortiqué à la seconde en ligne par des esprits avertis.

Ensuite chacun s’est organisé pour sauver sa vie et celle de ses proches en sachant la réalité de la menace et les mesures barrières à prendre. Au bout de 2 mois, la peur a baissé, l’idée de vivre avec la menace s’est installée car il faut bien vivre.

En Mauritanie, un autre discours politique eût été possible plus efficace et plus sérieux pour protéger les mauritaniens. Dire la vérité sur la situation, la menace et ne cacher aucun manquement des services médicaux. Au contraire, faire une chasse sans pitié à l’incompétence au lieu de ce chapelet de mesures de communication copier-coller de l’étranger comme le 1155 sans quasiment aucune ressource humaine pour les rendre utiles.

Les mauritaniens ont machallah une grande capacité de résilience. Cela fait 40 ans qu’ils survivent face à un Etat prédateur sans foi ni loi sinon le pillage, le mensonge et les coups d’épée dans l’eau au nom du changement. Quand il s’agit de leur vie menacée de près, il vaut mieux qu’ils sentent pour une fois que l’Etat dit vrai sinon leur paranoïa deviendra ingérable et le pouvoir sera renversé de l’intérieur. On n’en est pas loin. Le fruit est mûr, heureusement que l’armée est stable sinon n’importe qui avec plus de poigne et un discours plus cohérent serait applaudi par les populations et l’élite terrorisées.

Aucun Etat ne peut combattre une telle menace virale sans le concours de sa population. C’est donc l’occasion ou jamais d’être partenaires. Si personne ne fait confiance aux médecins mauritaniens à quelques rares individualités près, il faudrait demander aux chinois de faire venir des équipes pour soutenir la Mauritanie le temps de la crise pour faire les tests et soigner ce qui peut l’être car dieu merci le Covid n’est pas assassin à tous les coups même s’il est vrai que le pays étant aux mains de la gérontocratie, on peut comprendre la terreur des dirigeants qui les pousse à perdre tout sang-froid et donc toute efficacité face à la menace virale potentiellement mortelle…

Ahmed Ould Soueid Ahmed

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