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Madame Mehla Mint Ahmed, présidente de l’Observatoire national des droits des femmes et des filles (ONDFF): ‘’ Les femmes sont souvent les laissées-pour-compte du processus politique malgré les efforts fournis par le gouvernement’’

Jeudi 29 Décembre 2022 - 17:47

Le Calame : Vous êtes à la tête de l’ONDFF, créé, il y a 2 ans. Pouvez-vous nous dire les raisons qui ont présidé à la création de cet organisme ? Quelle est sa mission principale ?
 

Madame Mehla Mint Ahmed: Tout d’abord, je remercie le journal Le Calame pour l’intérêt qu’il porte à l’ONDFF, et notamment aux questions liées aux Droits des Femmes en général, et particulièrement à la violence à l’égard des femmes et des filles. 

L’ONDFF a été créé par décret numéro 140 du 3/11/2020 après plus de 10 ans de tracasseries et tergiversations en tout genre, entre le gouvernement et les partenaires au développement, en vue de créer cette institution spécifiquement dédiée à la défense et à la promotion des Droits des femmes et des filles.
 

Cette institution était fortement attendue et souhaitée par toutes les Femmes, compte tenu du retard important de notre pays en matière d’équité, d’égalité entre les hommes et les femmes, d’autonomisation, de participation politique des femmes… , dans une  société patriarcale, sans réglementation particulière en la matière, marquée par la quasi impunité des auteurs de crimes de violences à l’égard des femmes et des filles.

 

-Si, je ne m’abuse, la Mauritanie dispose d’une loi sur le genre. Ne suffit-elle pas à protéger leurs droits garantis par la Constitution ?
 

-À ma connaissance il n’y a jamais eu de loi sur le genre en Mauritanie, mais plutôt une Loi pour la lutte contre les pratiques néfastes pour les femmes.

Sauf si vous faites allusion au fameux projet de Loi sur l’éradication de la violence contre les femmes et les filles qui avait été retiré par le gouvernement pour une relecture. Ce projet de Loi est en phase finale en espérant qu’il soit présenté à l’Assemblée Nationale dans les meilleurs délais. Personnellement, je souhaite qu’il soit adopté rapidement dès le début de l’année 2023. Ce sera vraiment le meilleur cadeau de nouvel an que l’exécutif et le législatif puissent offrir aux femmes et aux filles.

 

-De quels problèmes se plaignent les femmes et les filles en Mauritanie ? Quel est l’état des lieux des violences contre les femmes et surtout les petites filles ?
 

 -Les problèmes dont se plaignent les femmes sont innombrables: tout d’abord il y a la souffrance quotidienne des femmes vivant dans le milieu rural, celle des femmes et des filles en situation d’Handicap. Les violences faites aux filles, telles que le mariage précoce, le viol récurent, complètement banalisé, la déperdition scolaire des filles et la faiblesse des opportunités en terme de formation technique et d’emploi, les mutilations génitales féminines. Il convient de souligner aussi la faiblesse de la participation politique, l’accès aux sphères de décision, les femmes ne font même pas 30% des fonctions administratives, gouvernementales  alors qu’elles sont majoritaires dans le pays.

 

-Les mauritaniens iront aux urnes en avril prochain pour élire les conseils municipaux, régionaux et les députés au parlement. Etes-vous satisfaite du rôle et de la place des femmes dans l’échiquier politique national ?  Quel rôle pourrait jouer l’ONDFF dans le processus de préparation des élections ?
 

-Pas du tout. Les femmes sont souvent les laissées-pour-compte du processus politique malgré les efforts fournis par le gouvernement. Elles sont plutôt utilisées pour l’animation des campagnes électorales, la collecte des pièces d’identité; et voter pour les hommes politiques. Elles sont souvent exclues du leadership politique et des fonctions électives. Elles arrivent rarement à atteindre le pourcentage minimum des 30% des principales fonctions électives et de management.

C’est pour cela que l’ONDFF s’est engagé à faire le plaidoyer nécessaire auprès du gouvernement, des leaders des partis politiques, de la CENI et de la société Civile pour une meilleure participation afin d’obtenir au minimum le tiers des fonctions électives avec l’objectif d’atteindre la parité avant 2030.

 

-De quels moyens dispose l’ONDFF pour s’acquitter de sa mission ?
 

Nous disposons des subventions de l’Etat en plus de l’appui des partenaires au développement qui ont promis de faire le nécessaire pour l’année 2023.

En espérant que le gouvernement fasse plus d’efforts pour respecter ses engagements et accorder les moyens nécessaires au bon fonctionnement de cette nouvelle institution. Si véritablement le gouvernement souhaite qu’il y’ait un Observatoire sérieux et efficace.

 

-Quels rapports entretenez-vous avec le MASEF, le ministère de la jeunesse et les organisations de la société civile?
 

-Nous œuvrons  pour une bonne coopération avec le MASEF qui est le département ministériel en charge de la politique du gouvernement en matière de promotion féminine. Ceci exige des deux parties des efforts pour une meilleure coordination, en faveur de la complémentarité requise entre ce département et l’ONDFF. Ça doit être le cas avec d’autres départements tels que le ministère de la justice, la santé, l’éducation. Ce dernier a malheureusement été omis du conseil d’orientation de l’ONDFF; ce qui n’est pas normal. Étant entendu que l’éducation est une priorité pour l’autonomisation des filles.
 

Comme vous le savez l’administration publique a souvent tendance à vouloir tout centraliser, et ne cède que peu  prérogatives; alors que l’ONDFF est censé être une «autorité administrative indépendante » à l’image de la CNDH.

Pour le moment, le décret portant création de l’observatoire a prévu qu’il soit rattaché au MASEF, ce qui est contraire à l’esprit même du décret. Le gouvernement a promis de corriger les erreurs qui se sont glissées ça et là dans le texte; j’espère que ce sera fait dans les meilleurs délais. La situation actuelle handicape énormément le fonctionnement normal de l’ONDFF.

 

-En plus de l’Etat, qui sont les autres partenaires techniques et financiers qui apportent leurs soutiens à l’ONDFF ?
 

-C’est surtout le système des Nations unies,  le Haut Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), et les partenaires bilatéraux tels que la coopération française, l’Allemagne et d’autres partenaires potentiels comme l’Union Européenne… 

 

-L’ONDFF a été créée donc en 2020. Quelles ont été ses principales activités ?
 

-Oui comme indiqué plus haut, l’ONDFF a été créé par le décret 140 du 3 novembre 2020, mais la présidente et les membres ont été nommés par décret présidentiel, le 7 décembre 2021. Le lancement officiel de ses activités a eu lieu le 7 juillet 2022; cela a pris beaucoup de temps en raison de la lourdeur et de la complexité des procédures administratives.

L’ONDFF a tenu la première réunion de son Conseil d’Orientation le 7 avril de l’année en cours, nous venons de commencer depuis le 12 décembre la grande campagne de sensibilisation pour présenter l’ONDFF aux populations et rappeler les principaux droits socio-économiques et politiques des femmes. Je viens d’ailleurs, de rentrer aujourd’hui même d’un périple qui m’a conduit au Hodh Echarghi, ElGharbi, l’Assaba, le Tagant et le Brakna; durant lequel j’ai visité presque toutes les Moughataas.
 

Cela a été pour moi l’occasion de rappeler aux autorités locales, aux  leaders religieux et de la société civile, ainsi qu’aux  Femmes  la nécessité de s’approprier la defense des droits sociaux, économiques et politiques des femmes en vue d’assurer et d’accélérer le développement de notre pays.

A cette tournée, s’ajoutent une activité organisée au mois de Ramadan passé; ainsi que le symposium sur l’éradication de la violence à l’égard des femmes et des filles qui a eu lieu le 1er décembre dernier.

 

Propos recueillis par Dalay Lam

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