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Fausse-couche arbitraire, apolitique et anachronique de notre institution judiciaire : Un constat préjudiciable à l’Etat de droit/Par Senny Sid’Ahmed Khyar, conseiller des affaires étrangères à la retraite

Vendredi 23 Février 2024 - 22:34

Fausse-couche arbitraire, apolitique et anachronique de notre institution judiciaire : Un constat préjudiciable à l’Etat de droit/Par Senny Sid’Ahmed Khyar, conseiller des affaires étrangères à la retraite

Nous voilà une fois de plus face à une impunité continuelle dont s’émerveillent et préservent de faux hommes-jumeaux d’extrême prématurité, nombreux et insatiables collés à leurs intérêts égoïstes et crapuleux. Indéniablement, le pouvoir judiciaire ne s’est pas conformé – loin s’en faut – au leitmotiv premier de notre chef, le président de notre fragile République. Ce leitmotiv qui devait être celui d’un combat décisif, sans relâche et non-discriminatoire contre l’impunité, en même temps que l’institutionnalisation d’un nouveau mécanisme perspicace de développement socio-économique, sociétal, culturel et financier, deux visions fondamentales sans lesquelles, l’une accompagnant intimement l’autre, le pays ne s’incrustera jamais dans une conception multi-nationaliste et régalienne du développement.

La première étant le combat contre cette gangrène pernicieuse, viscérale et vicieuse de l’impunité. Il le sait, le Président, nous en sommes convaincus : celle-ci non-combattue dans son essence anthropologique par la justice, une et non-fractionnelle, dans l’égalité, la raison, la logique et la légalité suivies et poursuivies sans compassion aucune en faveur de la construction impérieuse d’un véritable État de Droit, rien, absolument rien, ne conduira à la satisfaction indivisible et pleinement juste des revendications de tout un peuple meurtri assistant, insensible, à sa disparition totale. À moins que Le Divin ne fasse appel à Ses surprenantes et radicales décisions- toujours sans appel- et ne s’interpose tout naturellement par Sa puissance pour contraindre ceux qui nous dirigent si mal à observer une bonne gouvernance, en tout cas partiale, même si elle n’était que partielle et progressive.

 

Voies du changement obstruées

Par le principe général de la lutte irréversible face à l'impunité, j’entends non seulement la punition judiciaire idoine et normative de tous ceux qui ont facilité et imposé, tout en continuant à dominer à outrance directement ou indirectement le système déjà gangrené – nous les connaissons, le peuple tout entier aussi, nommément – en raison de leur participation activement dévoratrice dans le détournement des deniers publics, le vol, la corruption de haute perfection, le mensonge, le chantage et le respect de l’ordre fallacieux de la hiérarchie, obstruant ainsi toutes les voies au changement. Mais, aussi, par leur refus catégorique, vigoureux et systémique de résoudre avec détermination les problèmes pendants, dans l’irresponsabilité et la perversion : ceux qui relèvent du socio-culturel, de l’injustice, de l’absence de la répartition des richesses de la nation et des vicissitudes du tribalisme et du régionalisme. Même pas, à tout le moins, un concept étatique pourtant primordial recommandant l’application des préceptes canoniquement obligatoires de notre sainte religion – elle prime sur tout – en attendant le réveil hautement responsable et surprenant de celui en faveur duquel nous avions voté et auquel nous avions confié le pouvoir, parce qu’il est honnêtement et intellectuellement capable de gouverner dans la bonne direction… s’il le veut bien. Son expérience en la matière est incontestable puisqu’il a vécu et géré, « dans l’amitié », le système qui l’a précédé.

À l’analyse très simpliste de cette fatalité qui nous caractérise – cette lenteur, ces atermoiements et ces multiples décisions péremptoires qui n’incitent guère à l’optimisme, en raison de la domination du pays par un ensemble de malfrats renouvelés à chaque génération et issus, en majorité, d’une seule frange obscurantiste de notre société – il me semble que les conceptions morales de la gestion des peuples, notre position géostratégique, la conjoncture socio-régionale et surtout la sécurité face aux dangers qui nous guettent ici, là et partout sous les régimes militaro-civils, sont autant de motifs de nous conduire au choix responsable et provisoire- de celui donc qui doit nous guider dans le cadre du prochain quinquennat. Ceci se justifie davantage si nous tenons compte des réalités de la couleur du pouvoir politique, prépondérante depuis des décennies, et de notre connaissance des dérives consubstantielles et dangereuses, d’où qu’elles viennent, pour l’avenir de notre pays.

 

Une classe politique restructurée

Pour nous qui avions voté en faveur de monsieur Ghazwani et aujourd’hui perplexes, balbutiant, trébuchant, troublés, douteux, inquiets quant à notre sort demain et à celui surtout de notre progéniture, ne sachant où donner de la tête, lui accorder malgré tout un nouveau mandat relève de la sagesse, à mon humble avis. Quand bien même nous n’ignorons qu’en son âme et conscience, il est bel et bien judicieusement bien imprégné de la réalité gravissime que connaît notre pays, le bénéfice du doute reste notre garantie. Notre Président, l’intelligent « marabout », peut-il ne pas être conscient de la situation que connaît notre nation ?  La situation géopolitique de celle-ci, entre ce qui se passe à ses côtés au Nord, à l’Est et gravement au Sud chez notre frère le Sénégal alors que nous attendons les revenus de notre part du gaz, peut-elle lui échapper ? La situation au Sénégal avec lequel nous partageons une imbrication d’intérêts d’ordre historique, racial, culturel, géographique, religieux et de l’ordre surtout d’une fraternité incontournable quoi que l’on veuille, nous interpelle comme s’il s’agissait de notre propre pays.

Je répondrai non à toutes ces interrogations : rien n’échappe à notre Président, dont on attend la concentration résolument constructive, aujourd’hui et demain, pour faire rapidement passer notre pays d’un mandat assez conflictuel à un autre plus tranchant et démocratique.  Davantage de questions qui sollicitent toutes notre intelligence et notre mémoire nous rappellent notre récente petite histoire et ses méandres, soulevant ainsi une problématique qui nous oblige à faire naître une nouvelle pensée au sein d’une classe politique restructurée, tant du côté de l’opposition que de celui du pouvoir, où tous les citoyens honnêtes, intègres,  propres, intelligents et courageux agiront, indépendamment de leur race ou de leur origine, pour sauver notre pays de ce que nous connaissons et vivons génétiquement dans la peur, la souffrance et les malheurs. Autrement dit, une didactique consciencieuse, survolant le mépris, la vengeance ou la revanche et revisitant les réalités conflictuelles visibles à l’œil nu, dans l’intérêt de notre peuple en cette conjoncture régionale et internationale troublante.

À vrai dire, mon conseil  repose sur le fait que nous savons combien tout fut difficile à résoudre en même temps, faute de baguette magique, lors de ce mandat issu d’une décennie très particulière : gabegie de tous ordres, COVID et ses conséquences, guerre de l’Ukraine et ses terribles méfaits potentiellement destructeurs de l’humanité ; aujourd’hui celle de Gaza où nos frères de religion et de sang meurent sous les feux bombardiers du sionisme international poursuivant l’éradication de l’entité historique palestinienne, le tout prédisant une crise  économique mondiale terrassante. Nous avons tenu compte de tout ceci et ne fumes par conséquent et miraculeusement pas exigeants, à la veille de ce nouveau scrutin dont le résultat s’annonce à priori inscrit dans la continuité. Un amer exorde, au demeurant, que nous espérons révélateur d’un divorce définitif avec cette déviance qui nous étouffe dans l’irrespect des principes fondamentaux de la démocratie et de ce que celle-ci recommande. Nous l’exigerons et l’attendrons, à la grâce d’une bénédiction divine exceptionnelle, rigoureusement conjuguée avec une volonté nationale soudée, de concert avec un nouveau style de pouvoir bien convaincu de l’utilité impérieuse d’observer différemment les problèmes de la nation encore irrésolus…

 

Un obstacle à l’apaisement général

Ceci dit, il y a à plus d’un titre lieu de revenir, à l’aune de la prochaine élection présidentielle, dans le calme et la paix sociale, à la résolution pragmatique de certains problèmes en suspens. Emprisonner l’ex-Président tout en conservant ses ministres ; maintenir, dominants, ses compagnons politiques au sein du parti présidentiel ; renouveler la confiance en l’administration de prédateurs chevronnés et entraînés et garder celle-ci en ses hommes d’affaires qu’il a lui-même fabriqués : voici des hérésies dubitatives et rédhibitoires peu incitatives au progrès de la démocratie. En bref, des taches indélébiles, contraires à l’esprit de la justice et de la logique.

Aller aux urnes alors que la question négro-africaine héritée du pouvoir de l’ex-Président Maawiya n’est pas résolue dans toutes ses dimensions, voilà encore une source de mécontentement perturbateur et lassant, un obstacle à l’apaisement général. Restructurer en profondeur le secteur de l’enseignement en tenant compte du visage réel de notre richesse multiculturelle est par contre une priorité. En jeter les fondements dès maintenant va dans le sens d’une entente nationale génératrice d’une richesse culturelle incommensurable, brisant le chauvinisme recrudescent et vaniteux.

Réduire et détruire une opposition aux aguets par la conspiration et l’absence de moyens financiers et humains, grâce à l’achat des consciences vers l’opportunisme ; ne pas déblayer le terrain politiquement mafieux construit par les hommes et les femmes des pouvoirs successifs avec les moyens de l’État est un frein constant au développement de toute forme de démocratie : l’État de Droit ne peut se construire sans une opposition forte et instructive. Une coopération réelle avec l’ensemble des partis politiques opposants doit donc être imperturbablement soutenue par le pouvoir, inscrite et ancrée, une fois pour toute, en l’esprit des citoyens dans le cadre d’un second mandat. Car la prépondérance systématique d’un pouvoir s’appuyant exclusivement sur les structures humaines et matérielles de l’État n’ira jamais plus loin que ceux qui lui ressemblent et dont les peuples souffrent dans l’injustice, sous les putschs et leurs corolaires, à l’instar de la ridicule théocratie.

Vouloir avancer dans une gestion saine de notre République sans passer par l’éradication absolue des séquelles de l’esclavage dans toutes ses facettes est un retour en arrière cruellement mortifiant. Les Legs de l’irrésolution de la question foncière au Sud, nés d’une répartition injuste, historiquement indéfendable, au profit d’esclavagistes véreux soutenus par nos forces de l’ordre, et les événements de R’kiz demeurent naturellement les prémisses prémonitoires d’un mandat sûrement abracadabrant, même s’il se déroulait dans la tranquillité et la stabilité par la force. Siffler le démarrage d’une campagne de l’envergure d’une présidentielle sans assurer à l’avance une transparence totale et un processus électoral sous une excellente supervision extrêmement crédible, permettant à tous les électeurs ayant l'âge et le droit de voter, n’est évidemment pas la serrure appropriée en de telles circonstances redoutables et turbulentes. En complément et sans aller plus loin, je me permets de me poser et nous poser certaines questions auxquelles je ne m’attends guère à recevoir la moindre réponse de quiconque. Dans leur forme, elles résument à mon sens tout ce qui n’est pas dit ici et contiennent en elles-mêmes leurs propres réponses.

Après tout, qui sommes-nous en définitive, c’est à peine quatre millions et demi d’habitants, tous musulmans, vivant encore dans la misère, en dépit de la richesse de notre territoire de plus d’un million de kilomètres carrés ?  À quelle partie de cet univers appartenons-nous ? À quoi aspirons-nous et de quoi rêvons-nous ? À quel type de peuple voudrions-nous appartenir ou ressembler ? À quel type de justice ou d’injustice voudrions-nous nous soumettre ? À dire vrai, sommes-nous de vrais musulmans adeptes de notre sainte religion et de ses préceptes fondamentaux ? Jusqu’à quand allons-nous croire ou imaginer que nous sommes de simples observateurs de l’injustice et ses corollaires, à l’abri des imbroglios ou conflits intérieurs ou extérieurs, fâcheux et paralysant, alors que le Monde – même celui de l’Occident – y vit d’ores et déjà, en termes économique, social et culturel ?  Serions-nous les éternels privilégiés de nature, exemptés divinement de ces maux, alors qu’au fond, nous sommes, en quasi-totalité et à tous points de vue, les avocats par excellence du faux, de l’usage du faux et de l’hypocrisie ?

En réalité, sachant consciemment que notre société est l’incarnation même des défauts indirectement énumérés, nous pouvons tout-à-fait répondre à l’interrogatoire ici formulé. Mais Le Tout-Puissant est capable de nous faire emprunter, demain ان شاء, les voies conduisant au contraire de ce que nous sommes et faisons subir à notre cher peuple.  Comptons sur Lui pour qu’enfin le prochain mandat de notre actuel Président soit mené dans la clairvoyance et la légitimité envoûtantes d’un homme entièrement disponible à reconstruire et édifier un pays menacé. Seuls le travail et l’éthique constituent les véritables outils pour le développement censés éradiquer la pauvreté et la famine : il n’y a pas d’autres canevas que ceux de la morale et la justice pour y parvenir.

Enfin je m’en vais dire à notre Président qu’il vaudrait mieux prêter plutôt attention aux conseils qui lui parviennent de ceux qu’il ne connaît point ou ignore qu’à ceux des proches qui l’entourent diaboliquement, systématiques « amis » et soutiens de tous les pouvoirs.

lecalame

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