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un grain de sable pour secouer la poussière...

Ahmed Ould Samba et Daoud Ould Ahmed Aïcha : l’incarnation d’une déchirure entre maures

Vendredi 24 Août 2018 - 12:46

Depuis presque 40 ans, ce sont les mêmes figures qui occupent la scène politique du pouvoir et de l’opposition. Pour l’économie, les choses ont un peu évolué surtout avec Aziz qui a secoué le milieu des affaires en permettant, de façon pas toujours défendable, à des jeunes de faire fortune pendant qu’Aziz mettait en veilleuse le pouvoir de certains vieux clans qui n’ont pas encore dit leur dernier mot et qui, contrairement à Bouamatou, se mettent en boule en attendant que le maître du moment parte.
 
Même sur la scène médiatique, on a vu des jeunes s’imposer face aux barons issus de la presse papier qui pendant longtemps avaient le monopole du 4ème pouvoir. Il n’y a que politiquement où rien n’a pu changer, toujours les mêmes têtes depuis plus de 30 ans. Les mêmes qui passent d’un camp à l’autre et reviennent au gré des trahisons parfaitement respectables sous nos cieux alors que partout ailleurs le traître fuit, se cache pour éviter de subir le sort terrible réservé aux traîtres car la trahison c'est un crime impardonnable.
 
Trahir, surtout un camp politique en allant vers le pouvoir, c’est emporter vers l’ennemi tous les secrets les plus frais. De même, être accueilli dans l’opposition quand on arrive du pouvoir, ce n’est guère mieux car cela salit ceux qui se sont battus pour ne pas sombrer dans la compromission. Chez nous, trahir, la shi adi.
 
Aziz a voulu imposer des jeunes en politique comme il l’a fait dans les affaires mais cela ne prend pas, il n’a réussi qu’à générer un coupable détournement de mineurs en politique qui singent les pires travers des anciens sans foi ni loi ou qui applaudissent bêtement car, comme le Haut Conseil de la Jeunesse, on leur a donné du jour au lendemain des privilèges indus. Le président ayant statut de ministre pour un maigre résultat : rien qui puise servir la jeunesse ni sensibiliser le pouvoir aux problèmes de la jeunesse en faisant quelques propositions constructives.
 
Dans l’opposition, l’âge oblige désormais les anciens à commencer à se retirer ou du moins juste faire un pas en arrière même si c’est difficile car pour eux la politique, étant la lutte de toute une vie, c’est devenu une part importante de leur existence surtout à la retraite, c’est devenu une occupation comme le jeu de dames, la belote ou les mots croisés. C’est leur droit. Personne ne peut les obliger à se retirer. C’est aux jeunes de prendre leur destin politique en main et aller se faire un nom.
 
Certains essayent mais s’ils ont du talent, ils seront condamnés aux seconds rôles. On vient encore de le voir lors d’un mini débat entre Ahmed Ould Samba de l’APP et le Daoud Ould Ahmed Aïcha président du jeune parti Nida El Watan.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=42TSZMeghIk
 
Un débat où le Daoud, se présentant comme défenseur des beïdanes, a trouvé à qui parler face à un Ahmed Ould Samba qui n’a pas honte d’être hartani. Un hartani comme la Mauritanie d’hier a pu en créer des milliers, bien éduqués, cultivés, formés aux meilleures universités, diplômés dans tous les domaines, n’ayant aucun complexe face aux maures blancs et prêts à les défendre le cas échéant si quelqu’un était tenté de s’en prendre à eux mais refusant d’être les dindons de la farce à l’heure du régime d’extrême droite qui divise les maures en marginalisant les hratines de façon éhontée. Du jamais vu dans toute l’histoire du peuple maure où les hratines ont toujours été frères des beïdanes jusqu’à la guerre. Il y a même des tribus entières de guerriers hratines qui n’ont jamais payé de tribut aux guerriers comme ce fut le cas par exemple pour les marabouts et d’autres à l’époque féodale après une certaine guerre d’invasion à laquelle la Mauritanie d’aujourd’hui doit son arabité.
 
 

Ahmed Ould Samba, qui rejoint Daoud Ould Ahmed Aïcha à propos de l’arabité de la Mauritanie, défend la langue arabe même si le débat se fait à 90% en hassania pour être compris du plus grand nombre ; hassania interdit de droit de cité dans la constitution comme le français ( sic ! ). Reste qu’Ahmed Ould Samba, malgré son arabité culturelle assumée, en veut au pouvoir pour la discrimination désormais actée dont il n’est qu’un exemple. On apprend que c’est un docteur en économie qui fut major de sa promotion devant l’actuel ministre de l’économie et le voilà actuellement réduit à être « un complément d’effectif » sans bureau ni la moindre responsabilité.
 
Même Daoud a trouvé cela injuste et le journaliste, qui n’est pourtant pas un enfant de chœur, a ri en apprenant cette situation où le plus diplômé et major est mis dans un placard pendant que celui de derrière devient ministre.
 
Ahmed Ould Samba n’aura jamais sa chance car certainement trop éveillé, trop indomptable même s’il a eu l’intelligence de comprendre que la voie de Messoud Ould Boulkheir est la seule défendable pour un hartani qui ne veut pas avoir à dos les beïdanes car sans eux, le sort des hratines ne changera jamais comme aux Usa sans le soutien des blancs, la guerre de sécession n’aurait jamais libéré les esclaves même si le chemin fut ensuite long avant les droits civiques.
 
Sauf que Messoud, avec tout le respect qu’on doit à sa trajectoire première, n’est plus un exemple pour la suite car il a fini par n'être qu'un satellite du pouvoir. Sans lui probablement que Sidioca, candidat des militaires n’eût été jamais élu lors de la seule élection présidentielle reconnue par tous les opposants. Ce fut une trahison de l’opposition démocratique qui s’est battue contre Taya. Hélas, sa démarche a été ensuite cautionnée des années plus tard quand le grand opposant Ahmed Ould Daddah a pris acte du mouvement rectificatif.
 
 
Ahmed Ould Samba eût certainement fait un grand leader de la cause hartanienne avec le souci de rester dans la communauté maure mais personne ne lui permettra cela. Trop brillant, trop fier, trop diplômé, trop lucide, trop hartani...
 
 

Daoud Ould Ahmed Aïcha c’est un peu pareil. Quand on ne le connaît pas, on ne voit que ce crâne d’œuf avec l’air sévère tenir des propos communautaristes ne laissant aucun choix aux hratines de définir eux-mêmes leur identité et délivrant des statistiques aussi fantaisistes que celles de tous les leaders communautaristes qui veulent favoriser « les leurs ». Pourtant, contrairement aux apparences, Daoud est plutôt sympathique mais c’est un ambitieux qui estime que se mettre à dos le pouvoir est contreproductif. De là son discours qui peut oser la critique tout en se disant proche d’Aziz qu'il défend à l'occasion. 
 
En vérité quand on l’écoute, on réalise qu’il a un redoutable potentiel de populiste. De là que les vieux caciques du pouvoir maure blanc ont de quoi s’inquiéter avec lui. Il faut lui couper l’herbe sous les pieds. Ainsi il n’a plus été soutenu après l’épisode où il a permis de délivrer un discours communautariste pro-maures blancs pour répondre à celui de Birame et monter ainsi les maures les uns contre les autres vu que seuls ces deux discours radicaux inondent les médias.
 
Ahmed Ould Samba et Daoud Ould Ahmed Aïcha représentent la déchirure entre maures depuis l'avènement de la Mauritanie nouvelle. En les écoutant on sent que tout n’est pourtant pas perdu mais pour combien de temps ? Savent-ils que les gens comme eux sont en voie de disparition car la génération qui suit n’aura pour repères que ceux servis par l’extrême droite au pouvoir qui balaye tous les repères de la Mauritanie d’hier à laquelle Ahmed et Daoud doivent le meilleur d’eux-mêmes et tout ce qui les rassemble.
 
Autour d’eux tout invite à la division et à l’obscurantisme. Ils ont pourtant les mêmes ennemis dont ils ne parlent pas : cette confrérie de médiocres et de racistes au cœur du pouvoir qui divisent et abrutissent les mauritaniens.
 
La Mauritanie est à un tournant : ou les esprits éveillés auront l’intelligence de voir le danger et sauver ce qui peut l’être ou ils continueront à être les marionnettes de puissantes forces invisibles au commun des mauritaniens condamnés à la division, l’ignorance et la pauvreté pour le seul règne d’un petit nombre cynique, puissant et déterminé à faire de la Mauritanie leur vache à lait pendant qu’ils appauvrissent la classe moyenne à bases d’impôts, de taxes dignes des serfs d’antan…

VLANE

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