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un grain de sable pour secouer la poussière...

République monarchique : analyse des aménagements constitutionnels que propose l'UPR...

Dimanche 9 Octobre 2016 - 18:20

Avant de lire les propositions de l’UPR, il faut partir du principe qu’elles sont présentées par des soldats dont le seul souci est de rendre service aux intérêts du chef moment. Si l’intérêt du peuple y est pour quelque chose, il ne peut l’être que sous l’impulsion du chef en question mais jamais de ses soldats de formation civile que sont les membres de l’UPR comme l’étaient avant eux ceux du PRDS.

 

Ce n’est la faute de personne, c’est culturel : soutenir le pouvoir quel qu’il soit pour survivre, mieux vivre, bien vivre ou au-delà… Le chef lui-même n’y est presque pour rien car sitôt qu’il devient chef,  il est obligé d’avoir une armée pour tenir en respect les civils et une armée de civils pour ferrailler avec les opposants et ce au nom du peuple.

 

Le processus démocratique en Mauritanie est mal parti depuis le début à cause du suffrage universel direct qui permet au pouvoir qui tient l’état, l’institution religieuse et les médias de masse de faire démocratiquement ce qu’il veut du peuple comme si ce dernier pouvait, à la lecture d’une constitution, en connaître les ressorts et les attrape-nigauds. 

 

Mais il est trop tard pour faire machine arrière. Le suffrage universel direct est là et d’ailleurs s’il n’était pas là, c’eût été peut-être pire car alors les petites chefferies locales eussent certainement fait main basse sur le processus d’émancipation des masses.

 

La démocratie, la liberté individuelle de choisir ses dirigeants est un travail à plein temps de la conscience citoyenne qui doit toujours être en alerte, toujours engagée, toujours cherchant l’information, déjouant la désinformation. Qui a le temps pour cela surtout quand on est illettré, ignorant  ou juste occupé à joindre les deux bouts pour sauver sa famille ou sa peau ? En Europe ce devoir de la conscience citoyenne a créé des générations d’abstentionnistes dégoûtés de la politique et ayant laissé la place à une minorité souvent mal agissante ; que dire alors d’un peuple d’un  pays du tiers-monde comme le nôtre sous-éduqué, mal nourri, mal soigné, manipulé de partout par des intellectuels borgnes au royaume des aveugles, quelques-uns de bonne foi mais impuissants pendant que d’autres sans vertu et bouffis de complexes jouent avec les malheurs et les rêves du peuple manipulé même par les religieux ?

 

Le pouvoir militaire devenu civilisé a compris avec la génération Aziz qu’on pouvait diriger ce pays sans crimes physiques juste avec les armes politiques. Entre nous, je le dis comme je le pense, vu l’état de la scène civile, on peut être heureux que l’institution militaire ne soit pas dans le même état.

 

La liberté d’expression sans précédent en Mauritanie a permis à chacun de vider régulièrement son sac en paroles vite oubliées ne laissant rien à mettre à l’actif de l’action or seule l’action compte ; le verbe n’en est que le moteur. Les civils n’ont jamais pu faire reculer en rien le pouvoir sous l’autorité militaire civilisée. 


Un porte-parole du gouvernement peut mentir plus d’une fois et dire mille bêtises, il reste en place pendant qu’on envoie un gosse en prison pour 3 ans car il lui a jeté une chaussure. 3 ans ! Pire que tout, 3 de ses amis manifestent dans le tribunal leur mécontentement, ils écopent aussi de 3 ans de prison ferme et sont vite oubliés. Pourtant c’est la jeunesse qui est ainsi brisée car les vieux qui tiennent le pouvoir craignent la jeunesse comme le pouvoir craint la jeunesse dans un pays où 70% de la population a moins de 30 ans.

 

Passons.


République monarchique : analyse des aménagements constitutionnels que propose l'UPR...

Dans un pays pareil, avec une scène politique et une société civile pareilles, le pouvoir a compris que tout était permis. Il suffit de faire loi n’importe quoi et cette loi devra être respectée car loi !

 

Après avoir fait voter tout et n’importe quoi par une assemblée nationale à majorité présidentielle, l’heure est de toucher à la constitution pour en faire une constitution monarchique c’est-à-dire au service d’un président-roi en attendant la suite....

 

Ainsi quand on lit n’importe quoi venant de l’UPR, il faut savoir que c’est fait pour faire avaler des couleuvres à la démocratie quitte à en faire une caserne du chef du moment.

 

Que l’on soit d’accord : personnellement, j’ai toujours pensé que la Mauritanie ne pourrait avancer qu’avec un homme fort ayant les pleins pouvoirs pour faire passer la Mauritanie de la préhistoire à l’histoire encore faut-il que celui qui aura de tels pouvoirs en fasse quelque chose comme un Napoléon ou un Atatürk, toute proportion gardée, et pas seulement de quoi en faire un roitelet entouré de ministres automates terrorisés de perdre leur poste avec un clown comme porte-parole.

 

Examinons les propositions de l’UPR.

 
 

République monarchique : analyse des aménagements constitutionnels que propose l'UPR...

Nous avons déjà parlé des bandes rouges qu’on présente au peuple comme symboles du sang versé par les martyrs alors que c’est manifestement un signe de l’arabité qu’on veut faire avaler aux autres peuples de Mauritanie qui devraient refuser cela et n’accepter un changement de drapeau qu’à condition d’y mettre un symbole manifeste de l’unité nationale blanc et noir.

 


Au sujet des langues dans la constitution nouvelle : 

 

Encore une fois, on refuse de sortir de l’aberration actuelle à propos du français qui figure partout sur nos billets de banque, nos pièces d’identité, partout dans l’administration et même au milieu du dialogue en cours sur une banderole géante sans que personne ne veuille remettre dans la constitution le français comme deuxième langue de travail.

 

Cette hypocrisie collective est lâche...

 

Les nationalistes arabes ont réussi à complexer même les négro-mauritaniens en leur disant qu’ils devraient défendre leurs langues nationales et non la langue du colon. Ainsi on voit les négro-mauritaniens satisfaits de voir dans la constitution, la mention de leurs langues nationales même si cela n’engage en rien le pouvoir car il n’y a que deux langues dans l’administration l’arabe et le français.

 

D’ailleurs les autres langues nationales, n’ayant pas de graphie propre, doivent utiliser soit les lettres latines soit les lettres arabes mais il n’y a pas de quoi être complexé, la tradition orale n’a rien à envier à l’écriture. La musique arabe a eu son heure de gloire alors qu’elle ignorait le solfège. De là d’ailleurs qu’elle a périclité mais c’est un autre sujet. Les négro-mauritaniens comme tous les mauritaniens qui parlent hassania et français ne doivent pas tomber dans le piège d’abandonner le français et d’accepter cette dictature de l’arabe parlé par une minorité et pas des plus lumineuses.

 

Promouvoir l’arabe, langue du coran, bien sûr et peut-être demain langue pratiquée par toute la république mais pas de cette façon abusive et contreproductive sinon il faut que les ennemis du français cessent de l’employer en premier les gens de l’UPR et bannir le français de partout or c’est impossible… Alors il faut remettre le français comme deuxième langue de travail et en finir avec ce vide constitutionnel.

 

Voici 10 aménagements discutables


République monarchique : analyse des aménagements constitutionnels que propose l'UPR...

1- Bodiel qui se plaint de voir se perpétuer la règle Tayiste d’un premier ministre de l’Est pourra subir la rigueur de cet article « La loi punit tout appel séparatiste et toute propagande ayant un caractère régionaliste, raciste ou ethnique " 

 

2- Voici une phrase qui commence bien et réduite à néant par le dernier mot «  autorisée » 

 

« Liberté de création des partis politiques et des associations et d’adhérer à une institution politique ou syndicale autorisée »


Prenons le cas du parti FPC de Thiam Samba, ancien Flam, toujours non reconnu par le fait du prince. Pourtant cela n’empêche pas le pouvoir de les inviter au dialogue. Aussi il faudrait se demander comment le pouvoir invite au dialogue officiel un parti qu’il refuse de reconnaître ?  C’est là encore un jeu détestable car le pouvoir a besoin de partis pour le dialogue vu le nombre de boycotts alors le pouvoir accepte tout le monde et demain les FPC seront à la rue comme l’IRA qui a servi le temps d’une présidentielle.

 

Le pouvoir sait jouer de la soif d’avoir une tribune pour les opposants et sait comment les monter les uns contre les autres. Cela réussit à tous les coups. Encore une fois, comme Birame avant l’élection présidentielle, les FCP auraient dû réclamer leur récépissé avant de participer au dialogue mais l’envie d’exister même quelques jours a pris le dessus sur la vision à long terme.


3- Messoud peut être heureux, son conseil économique et social qui avale 350 millions par an et ne sert à rien sera reconduit et doté d’un nouveau titre «  conseil économique social et environnemental ». Voilà de quoi le calmer pour longtemps et s’en servir à souhait.

 

4- Pour échapper à la CPI voilà qui est dit « « Aucun citoyen ne peut être extradé vers un autre pays ou institution étrangère. Personne ne peut être extradée en dehors du territoire national que conformément aux lois et conventions relatives à l’extradition. »

 

5- Quand Obama met son veto à une loi, elle repasse par le congrès qui peut contourner le veto par un vote de 2/3 des élus, en Mauritanie pour les amendements à une loi s’ils ne plaisent pas au président car touchant à son autorité, il peut notifier à l’assemblée son opposition et l’assemblée ne peut faire autrement que d’en tenir compte !

 

Et si le président dissout l’assemblée il peut gouverner par des ordonnances qui ont force de loi ! Pourquoi se gêner ?

 

« Le Président de la République peut s’opposer aux amendements de l’Assemblée Nationale sur un projet de loi s’il considère qu’ils touchent le fond dudit projet et les objectifs que lui a fixé le pouvoir exécutif dans le domaine de sa responsabilité réglementaire. Dans ce cas, le Président de la République adresse à l’Assemblée Nationale son opposition à laquelle est joint le projet de loi avec les amendements pour une seconde lecture. L’Assemblée Nationale est tenue de prendre en considération le contenu de cette opposition». « En cas de dissolution de l’Assemblée Nationale, le Président de la République peut légiférer par ordonnance ayant force de loi. Lesdites ordonnances sont soumises à l’adoption de l’Assemblée Nationale dans sa session ordinaire suivante ».


6- Ici on arrive à quelque chose d’extraordinaire car c’est une nouveauté ! Pour la première fois, l’intérim en cas de vacance du pouvoir pourra être assuré par un premier ministre non élu ! avant le président de l’assemblée nationale et ce pour une durée qui peut aller jusqu’à 120 jours !  car la période de 60 jours peut être renouvelée une fois 

 

7- Ici l’assemblée nationale doit savoir que le budget lui plaise ou non, le dernier mot revient au chef de l’état qui l’établit d’office au cas où le vote n’est pas acquis.

 

« « Si l’Assemblée Nationale n’a pas voté le budget avant le 31 décembre, ou si elle ne l’a pas voté en équilibre, le Président de la République renvoie le projet de loi de finances dans les dix (10) jours à l’Assemblée nationale qui est convoquée en session extraordinaire. L’Assemblée Nationale doit statuer dans les huit (8) jours. Si le budget n’est pas approuvé à l’expiration de ce délai, le Président de la République l’établit d’office par ordonnance sur la base des recettes de l’année précédente. »

 

8- Ici c’est un coup d’état contre la volonté d’un élu qui ne peut plus refuser en toute conscience de voter, il doit suivre les indications de son parti. Adieu aux frondeurs !  Vive la démocratie !

 

«  Partant du principe que le siège parlementaire est l’apanage du parti et non celui du député élu nous proposons de lier le vote de celui-ci au sein de l’Assemblée Nationale aux indications qu’il aura reçues de son parti: « Le droit de vote est un attribut personnel pour les membres de l’Assemblée Nationale conformément aux indications de leurs partis. »


9- Ici c’est incroyable, le conseil constitutionnel qui était déjà une tour de Pise devient la cour constitutionnelle. Eh bien ! La moitié de cette cour est choisie par le chef de l’état et surtout son président qui a «  voix prépondérante en cas de partage ». Vive l’indépendance !

 

« La Cour Constitutionnelle comprend dix (10) membres, dont le mandat dure huit (8) ans et n’est pas renouvelable. La cour constitutionnelle se renouvelle par moitié (1/2) tous les quatre ans. Cinq (5) membres sont nommés par le Président de la République et l’Assemblée Nationale élit les cinq (5) autres membres parmi les candidats présentés par son bureau par un vote secret et à la majorité des membres de l’Assemblée. Le Président de la Cour Constitutionnelle est nommé par le Président de la République parmi les membres qu'il a désignés. Il a voix prépondérante en cas de partage.etc. »

 

10- Ensuite la CENI et la HAPA font leur apparition dans la constitution, ce qui est une bonne chose et  « Le Président de la République peut directement soumettre au référendum l’initiative de révision de la Constitution. ». 

 

Alors après avoir voté ces aménagements constitutionnels faisant de la future troisième république une république monarchique, on se demande à qui tout cela va servir…


Le porte-parole du gouvernement a dit que le peuple est au-dessus de la constitution et qu’il peut en faire ce qu’il veut, après tout il a raison car aucune génération ne peut imposer éternellement ses lois aux générations futures mais le porte-parole a oublié qu’Aziz a dit publiquement  que l’islam est au-dessus de la démocratie or il a juré qu’il ne se présenterait pas à un troisième mandat et qu’il ne soutiendrait aucune initiative à ce sujet. 

 

Que penser alors de laisser le porte-parole et d’autres ministres parler librement de parjure islamique ?

 

Dieu suffit comme témoin.  Aziz doit faire très attention en prenant Dieu à témoin, tout le reste le regarde.

 

Personnellement, je crois que la Mauritanie ne peut pas être laissée actuellement à nos politiques.  En désespoir de cause, je suis pour la tutelle militaire tant qu’elle reste civilisée mais une tutelle engagée pour la Mauritanie plurielle or ce n’est pas encore le cas. Demain peut-être, inchallah... 

 

 

En attendant c’est du bricolage au service d’un homme captif du pouvoir car en Mauritanie les statistiques sont claires, tous les présidents sont partis par la force. Aziz sera-t-il l’exception ? C’est tout ce qu’on lui souhaite mais qui dit qu’après lui ce sera mieux ? Depuis 1978, la caque sent toujours le hareng : c’est la malédiction du péché originel. Désormais, c’est l’impasse politique pour les plus démocrates et l’obligation d’assumer pour les autres…

 

Vlane A.O.S.A

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