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​La crise de l’électricité à Nouakchott : Incidents isolés ou défauts structurels ?

Lundi 7 Septembre 2026 - 20:19

Ingénieur, je prétends détenir les secrets des sous-stations électriques. Cependant, j'ai un droit fondamental : celui de voir ce que voit le citoyen lambda, de lire les publications de la SOMELEC et de poser des questions lorsque les coupures de courant se multiplient et que l'exception devient la règle. Deux sous-stations électriques à Nouakchott ont pris feu en l'espace de deux jours, provoquant des pannes de courant généralisées.

Les sources officielles ont annoncé que ces incidents étaient dus à des dysfonctionnements techniques et qu'une enquête était en cours pour en déterminer les causes. Nous ne préjugerons pas de ses résultats et n'accuserons personne avant leur publication. Mais la question politique ne peut être reportée : peut-on considérer ces deux incendies comme des incidents isolés au sein d'un réseau électrique qui se dégrade depuis des années et d'un système où les coupures de courant font désormais partie du quotidien des citoyens ? C'est ce point qu'il ne faut pas oublier.

Le problème est bien plus vaste que ces deux sous-stations en feu. Si le réseau électrique de Nouakchott fonctionnait de manière efficace et stable et si les pannes étaient rares et limitées, il serait facile de considérer ces incendies comme des incidents exceptionnels. Mais la réalité quotidienne des habitants est tout autre. Ils subissent de fréquentes coupures de courant, un service peu fiable et des pannes qui s'étendent parfois sur de vastes zones, les postes et les réseaux étant constamment mis à rude épreuve.

Cette crise a révélé un problème qui dépasse le simple cadre des coupures de courant survenues lors des pics de consommation. Elle concerne la capacité du réseau électrique national à assurer une production suffisante et stable dans les années à venir. Les dernières données internationales indiquent que notre pays ne dispose actuellement pas d'une marge confortable de capacité de production d'électricité de réserve, ce qui rend le système plus vulnérable aux perturbations lors des pics de consommation. Alors que celle-ci augmente d'environ 10% par an, la capacité de production installée est d'environ 450 mégawatts.

L'augmentation de la demande pendant les mois d'été accentue encore les tensions sur le système. Le manque de capacités excédentaires suffisantes de production signifie que toute hausse significative de la consommation laisse peu de marge de manœuvre à l'entreprise. Avec une demande qui continue de croître d'environ 5 % par an, le problème pourrait se reproduire dans les prochaines années, si les nouveaux projets de production n'avancent pas au rythme requis. De nouveaux investissements laissent entrevoir une amélioration potentielle, mais cela prendra du temps. Depuis 2023, notre pays a lancé des projets visant à ajouter plus de 300 mégawatts d'énergie solaire et éolienne, tandis que la capacité installée d'énergies renouvelables atteignait 900 mégawatts en fin 2026.

Le programme en cours d'interconnexion électrique entre la Mauritanie et le Maroc vise justement une capacité allant jusqu'à 300 mégawatts, le projet devant être opérationnel en 2026. Mais, selon la Banque mondiale, pour que les investisseurs s’intéressent aux énergies alternatives, l’État devrait s’engager à couvrir le coût de leur production, ce qui signifie que la situation financière de la Société SOMELEC doit être améliorée.

Quelles perspectives au vu de quelle enquête ?      
                                                                                                     
                La crise de l'électricité persistante que nous vivons à Nouakchott demeurera dans les prochaines années, notamment si la consommation continue de croître plus vite que la capacité de production, si les nouveaux projets de centrales électriques et d'énergies renouvelables sont retardés et si la production d'électricité reste fortement dépendante du gaz importé. Les données internationales indiquent que pour résoudre la crise, il est nécessaire d'accroître la production, de sécuriser les sources d'énergie, d'améliorer la situation financière de la SOMELEC et d'accélérer la mise en œuvre de nouveaux projets. Par ailleurs, Le Président Mohamed ould Cheikh Ghazouani a nommé une commission d'enquête chargée de déterminer les causes de la crise énergétique et d'en établir les responsabilités. Il s'agit d'une décision importante et nécessaire. Je pense qu’il est raisonnable d’examiner les dommages causés par cet incident. Certaines familles ont perdu leurs provisions, les petites entreprises subies des pertes financières et plusieurs activités fortement dépendantes de l'électricité ont été perturbées.

J’exige donc une évaluation concrète de l’impact de cette coupure prolongée de courant sur les services essentiels, ainsi que ses conséquences humaines et psychologiques sur les citoyens. Une coupure d'électricité aussi longue dans une capitale nationale comme Nouakchott peut engendrer de l'anxiété, du stress, voire un traumatisme psychologique. Il faut mesurer les dommages subis par la population : pertes pour les ménages, pertes pour les petites entreprises et les professionnels, perturbation de l'activité économique éventuelle répercussions sociales et psychologiques. Le but de cette enquête ne devrait pas se limiter à identifier les causes et les responsables, mais devrait fortement inclure la compréhension des souffrances et des pertes endurées par les citoyens. Le défi consiste à dépasser la simple enquête sur les causes des pannes, pour parvenir à une véritable estimation des dommages, conséquences et impacts de cette crise.

L’évaluation de l’état des transformateurs du réseau électrique devra être entreprise de manière technique, en étudiant les paramètres électriques et physico-chimiques des huiles isolantes, afin de fournir des informations sur la qualité de l’isolation et la détection des signes avant-coureurs de défaillances. Les résultats devront révéler dans quel état se trouvaient les deux transformateurs avant et après l’incident. Le contrôle de ce type d’installations peut ainsi permettre de détecter à temps les défauts naissants, afin d’éviter les pannes potentielles. Une approche efficace pour l’entretien peut être alors adoptée et les intervalles optimaux déterminés pour leur remplacement.

L'extension de la durée de vie des transformateurs de puissance est un sujet de grande importance pour les exploitants de réseaux électriques. En termes d’investissement, ces équipements représentent près de 60 % du capital d’un poste de transformation. Il est donc essentiel qu'ils fonctionnent correctement et ce pendant plusieurs années. Le suivi maîtrisé de notre parc de transformateurs est ainsi une garantie de performance et de pérennité. Il faut analyser et anticiper techniquement et financièrement les interventions nécessaires au maintien opérationnel des transformateurs d’alimentation refroidissement liquide.  

    Analyses à entreprendre  
                                                                                                                                       
     Celui-ci dépend de la maitrise du pouvoir isolant des diélectriques qu’ils contiennent (ex : huile).                                                                                   A  cette fin, je vous propose des analyses visant à  attester de l’état du diélectrique : rigidité diélectrique (pouvoir isolant), teneur en eau (risque de détérioration des papiers guides bobines), acidité (risque de détérioration de ceux-ci) ; à prévenir les avaries ou évènements risquant de détériorer les qualités des diélectriques et à déterminer l’avancement de ces détériorations (en général après 5 ans) : chromatographie en phase gazeuse (détection d’évènements pouvant provoquer la dégradation des isolants) et  chromatographie en phase liquide (avancement de la détérioration des papiers guides bobines). Les résultats de ces analyses permettront d’anticiper les actions de maintenance et leurs coûts.          

                                                                                                                                                                   
 CHEIKH AHMED OULD MOHAMED                                                                                                                                                         INGÉNIEUR                                                                                                                                                                                CHEF DU SERVICE « ÉTUDES ET DÉVELOPPEMENT »                                                                                                                              ÉTABLISSEMENT PORTUAIRE DE LA BAIE DU REPOS                                                                                                                          NOUADHIBOU

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