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un grain de sable pour secouer la poussière...

Les peuples africains transformeront-ils la crise de la Covid en opportunités ?/Par Ould Amar Yahya *

Mercredi 17 Février 2021 - 15:42

Pour sortir par le haut de cette crise provoquée par la pandémie de la Covid-19, les dirigeants africains doivent prendre des décisions courageuses, en privilégiant la raison avec sa dose humaine de doute tout en minimisant l’impact de l’erreur.

L’Afrique est un continent extrêmement riche en ressources naturelles et dans trente ans il sera peuplé de 2,5 milliards d’habitants dont la moitié aura moins de 25 ans. C’est dire l’urgence de créer un marché capable d’absorber la demande d’emploi de sa jeunesse.

Aujourd’hui, rien n’est plus dangereux pour un gouvernement africain que de se résigner à la souffrance de ses populations et rien n’est plus suicidaire que de compter sur la communauté internationale pour leur venir en aide.

En cette période de pandémie, les difficultés de vie des populations africaines sont telles qu’il devient urgent de changer de voie pour créer de l’espoir.

L’Afrique, berceau de l’humanité, est composée de jeunes Etats

Les premiers ossements, unanimement reconnus comme anatomiquement proches de l’humain actuel, ont été découverts au Maroc. Cet ancêtre vivait, il y a environ 315.000 ans. Ce qui rajeunit considérablement l’humanité, loin de Toumai du Tchad remontant à 7 millions d’années, d’Orrorin du Kenya 6 millions d’années ou de Lucy d’Ethiopie 3,2 millions d’années.

On ne peut réellement résumer l’histoire de l’Afrique en quelques lignes à moins de compresser l’échelle de celle-ci, 315.000 ans sur une période que je propose d’environ 12 mois, sachant qu’au-delà de 15.000 ans (c’est-à-dire 15 jours sur notre échelle) on ne sait que très peu de chose sur nos ancêtres humains.

Ainsi à cette échelle, on sait que les premières traces de l’humain, découvertes au Maroc,remontent à 12 mois, que la première expansion des peuples bantous (du Cameroun et Nigéria) remonte à environ 4 jours et 13 heures.

Il y a un peu moins de 4 jours sur notre échelle compressée, le prophète et messager de Dieu Moise ou Moussa ordonna à l’impitoyable tyran d’Egypte, le Pharaon Mineptah, de libérer les opprimés hébreux.

Selon notre échelle, il y a un peu plus de 2 jours et 11 heures, les Phéniciens fondaient Carthage en Tunisie et 12 heures après, Kaya MaganCissé fondait l’empire du Ghana (sur des régions de Mauritanie-Mali). Il y a 38 heures, le puissant et juste Roi d’Aksoum en Ethiopie, Armah ou Ashama accorda sa protection aux compagnons du messager et Prophète Mohamed, menacés de mort en Arabie.

Il y a un peu moins de 2 heures (en 1950 de notre calendrier actuel), l’écrasante majorité des pays africains est devenue indépendante.

Nous sommes donc de jeunes Etats sur un vieux continent.

 

Que faire face à la crise de la Covid-19 ?

Jamais l’Afrique n’a connu un degré d’incertitude aussi grand quant à ce que sera sa situation économique ou politique après la Covid-19.

L’offre de matières premières qui place l’Afrique en position de force est menacée par la réduction massive de la demande des économies dominantes, confrontées à une stagnation sans précédent qui pourrait durer des années. La rentabilité de nombreux grands projets risque de s’effondrer.

L’histoire nous enseigne que chaque grande crise discrédite, aux yeux de l’opinion, l’autorité existante, accusée à tort ou à raison de ne pouvoir éviter les dégâts de celle-ci.

Il y a donc un risque élevé d’instabilités et de chaos dans plusieurs pays africains avec l’illusion que le gouvernement local est la source de leurs problèmes alors qu’il a peu de moyens pour jouer à l’état providence que le libéralisme n’a cessé d’éroder sur tous les continents.

La pandémie nous a montré clairement nos vulnérabilités, amplifiant nos faiblesses, montrant les dangers de notre dépendance de l’extérieur, exacerbant les insuffisances de la coopération internationale dans les périodes de crise mondiale, soulignant les vertus des gouvernements compétents, exposant les fragilités de nos institutions, étalant la précarité de nos économies en particulier celle de nos systèmes de santé.

Nous sommes aujourd’hui à un tournant, soit nous déployons une stratégie pour être le moteur de la croissance mondiale, soit devenir le continent du chaos et de la misère.

Envisager notre avenir ensemble et prendre des décisions pour nous en sortir de la marginalisation, c’est prendre le train de l’opportunité historique.

Nous devons mettre en place une coalition d’Etats africains déterminés à accélérer la construction de l’Union africaine (UA), seule capable de garantir pour tous, le développement, la paix, la sécurité, les droits de l’homme dans un marché unique avec une monnaie commune. Une monnaie non condamnée aux dépréciations certaines, contrairement à toutes nos monnaies d’aujourd’hui. Un exemple des dévaluations des actifs africains par rapport au dollar américain (donc aux principales devises), le Rand sud-africain (ZAR) de l’économie la plus forte de l’Afrique, est passé en dix ans de 1USD=6,9 ZAR le 1er février 2011 à 1USD=14,9 ZAR au 1er février 2021.

Nous devons renforcer nos investissements publics dans les systèmes de santé, le numérique, l’autosuffisance alimentaire, l’éducation et les infrastructures.

Le besoin du numérique sera dans la santé, les entreprises, les produits de consommation, l’éducation et les formations professionnelles.
Le commerce de l’après-Covid se fera en grande partie en ligne.

La crise de la Covid va accélérer la transition vers un monde numérique. Nos modes de vie seront transformés de façon durable et il ne peut y avoir de retour à la situation d’avant.

Financer ces investissements par la dette avec une stratégie appropriée, est soutenable puisqu’ils peuvent assurer le remboursement ultérieur de celle-ci, eu égard à leur qualité tant du point de leurs effets attendus que de leur efficience.

Cette crise pourrait être l’occasion de réduire certaines inégalités puisque la plupart des activités ne peuvent continuer comme avant et doivent se transformer. Ce bouleversement s’accompagnera nécessairement d’une redistribution économique des cartes.

L’Afrique doit combattre la fragilité de son image, tant en interne qu’à l’étranger, fragilité portée par une «pandémie» de corruption, d’injustices, d’inégalités sociales, de marginalisation économique, d’explosion de la pauvreté, comme de manque d’attractivité pour l’investissement extérieur.

Dans l’immédiat, pour la sortie de crise il faut :

* éviter le décrochage économique de l’Afrique par une solide politique de l’offre pour relancer la croissance et réduire la dépendance tout en soutenant les secteurs de l’agriculture, du numérique, des énergies renouvelables etdes banques pour assurer le financement des économies;

* stimuler la demande et ne pas augmenter les impôts, en optant pour une réduction très progressive des déficits budgétaires;

* réduire rapidement les inégalités pour élargir la cohésion sociale et renforcer la base économique;

* abandonner graduellement les politiques monétaires non conventionnelles, dans les Etats où la banque centrale finance le déficit budgétaire;

* diversifier nos échanges pour contourner nos vulnérabilités économiques et nos dépendances vis-à-vis de certaines grandes zones du monde;

* privilégier des engagements moins stables qui peuvent être noués ou dénoués en réponse rapide à de futures crises au lieu de relations à long terme et d’accords commerciaux moins flexibles;

* encourager la concurrence et l’ouverture;

* défendre nos intérêts dans un contexte d’accélération des rivalités de puissances Chine-USA, pouvant générer de grandes opportunités pour les économies africaines mais aussi des désastres monumentaux. Une plus grande utilisation de l’arme économique et financière à des fins géopolitiques via des boycotts, sanctions et autres restrictions, est bien probable.

Ensemble nous pèserons sur l’avenir du monde, séparés, nous nous affaiblirons et hypothèquerons l’avenir de nos générations futures.
L’Afrique sera ce que décideront aujourd’hui ses dirigeants.

 

                                                                   * Directeur du développement international dans un groupe bancaire, Paris, France.

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