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Une personne cultivée : quelle carrure ?

Mardi 14 Septembre 2021 - 17:57

Par définition, la culture est l’antipode de l’état naturel. Elle s’acquiert grâce aux efforts et à la volonté de l’individu qui s’y intéresse. Devenir aujourd’hui un homme ou une femme cultivé(e) veut dire dépasser une situation naturelle où on vit suivant les codes et les habitus de la communauté d’origine pour amorcer un processus d’apprentissage et d’autocritique continu, transcendant la sphère locale vers des horizons sans barrières géographiques, vers l’universalisme.
 

Cette expérience initiatique personnelle n’est possible que si l’individu est mû par une volonté inébranlable de découvrir l’autre dans ses différentes dimensions : sociales, culturelles, scientifiques, économiques, etc. Mais ce combat, visant à approcher l’autre, doit être précédé d’une épreuve plus importante, celle de cerner le mieux possible sa propre culture dans tous ses contours, y compris la langue principale du pays.
 

Beaucoup d’arabes et africains instruits se sont vu attribuer le qualificatif d’ «intellectuel», sans qu’ils le méritent, car ils ont négligé leurs cultures d’origine durant l’époque coloniale et même après les indépendances. Ils ont plutôt préféré d’intégrer des cultures qui leur sont complétement étrangères en s’appropriant des langues et des modes de vie et de pensée leur permettant, d’une part, de garantir une ascension professionnelle rapide, et de rompre, ne serait-ce que momentanément, avec des cultures locales, accusées d’être la cause principale du sous-développement du bled, d’autre part.
 

Par contre, en Europe, en Asie, en Amérique une personne cultivée est celle qui s’intéresse d’abord à sa propre culture, maîtrise la première langue de son pays, tout en œuvrant pour acquérir au moins une deuxième, voire une troisième langue internationale, afin d’avoir accès aux autres cultures voisines ou lointaines.
 

Chez nous, en Mauritanie, il existe deux profils diamétralement opposés de personnes dites cultivées/ intellectuelles.
 

Pour les générations formées en français, avant l’indépendance ou après, le profil d’un individu cultivé est celui qui maitrise la langue de Molière, s’habille à l’européenne, mène une vie plus ou moins « moderne » en rupture avec le mode de vie traditionnelle des populations. A nos jours, les personnes représentant ce pan sont très minoritaires. Ils se limitent à des fonctionnaires, à la retraite pour la plupart, ou à des cadres exerçant des professions libérales : avocats, journalistes, consultants, médecins, experts, etc. Il y en a qui officient encore dans l’administration comme hauts fonctionnaires ou commis, d’autres enseignent dans des établissements publics ou privés.
 

L’autre modèle, majoritaire, est celui des muthâqafîn ou personnes cultivées formées en arabe aux mahadras ou produits du système éducatif formel national ou ayant fait des séjours d’études dans d’autres pays arabes. Ils sont partout, au secteur public comme au secteur privé, dans l’administration, l’enseignement, la presse, etc. Ils se caractérisent généralement par leur éloquence et leur spontanéité communicative. Leur audience est plus importante que ceux formés en français.
 

Pour des raisons multiples, les premiers, appartenant à toutes les communautés du pays, ne font pas assez d’efforts pour apprendre la langue principale du pays, l’arabe, même si certains en sont fiers. De ce fait, ils vivent à la marge de la société, isolés.
 

Quant aux muthâqafîn, issus eux aussi de tous les milieux et de toutes les composantes de la Société, leur problème majeur est dû au fait qu’ils négligent l’acquisition d’une deuxième langue internationale afin d’élargir leurs horizons et mieux comprendre ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aussi, ceux-ci pensent qu’il suffit d’écrire un article ou prononcer un discours en arabe littéral, al-fus’ha, pour mériter de facto le qualificatif de muthâqaf.
 

Ce clivage entre les deux catégories d’individus, dits cultivés/ intellectuels, est la conséquence logique des problématiques culturelles héritées de l’ère coloniale.
 

En attendant une solution pérenne et concertée de tels écueils, nous pensons que l’étiquette de « personne cultivée » en cette Mauritanie de la troisième décennie du XXIe siècle ne devrait être collée à un individu que s’il maitrise la langue principale du pays, l’arabe, en plus d’une deuxième langue internationale, que ce soit le français, l’anglais, l’espagnol, le russe, le chinois ou n’importe quelle autre langue normée, parlée par un nombre important de locuteurs à travers le monde. Le discours de cet intellectuel ainsi défini doit être rassembleur et loin de tout particularisme étroit.
 

La maitrise d’une des langues nationales (poular, soninké, wolof) doit être encouragée et prise en considération comme atout.

 

Nouakchott, le 14 septembre 2021

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