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Un poste frontalier avec l'Algérie fait flamber les prix en Mauritanie

Samedi 15 Septembre 2018 - 01:13

Le Nord mauritanien commence déjà à ressentir les effets néfastes de l’ouverture, voici quelques jours, du passage frontalier entre l’Algérie et la Mauritanie. A cause des droits de douane, le prix des denrées «importées» de Tindouf vont passer du simple au double dès le 1er octobre. Explications.


L’ouverture officielle d’un passage frontalier entre la Mauritanie et l’Algérie signifie bien évidemment que ces deux voisins ont décidé d’organiser, et donc de soumettre à la loi, le transit des personnes et des marchandises de (et vers) l’un et l’autre pays. Des droits de douane vont ainsi être instaurés et s’appliquer à la majorité des produits transitant par ce passage.

 

Il faut dire que lors de ces trois dernières décennies, les villes de l'extrême nord mauritanien, à savoir les cités minières jumelles de Zouérate et Fdérik, ainsi que Bir Moghreïn étaient régulièrement approvisionnées par les contrebandiers du Polisario et de l’Algérie, qui y écoulaient l’essentiel des produits de l’aide internationale, alimentaire et médicale, destinée à l’origine aux populations des camps de Tindouf.

 

Ces produits de contrebande étaient d’autant les bienvenus qu'ils étaient bon marché. Ils avaient même fini par évincer certains produits «légaux», achetés auprès des grossistes mauritaniens ou importés directement de l’étranger à partir des ports atlantiques de Nouakchott et Nouadhibou.

 

En effet, loin d’être enclavée, Zouerate (et donc tout son hinterland du nord) est reliée à Nouadhibou par une voie de chemin de fer, desservie sur ses 500 kilomètres par un train au rythme de trois navettes quotidiennes. Zouerate est, par ailleurs, reliée à la capitale, Nouakchott, par une route quasi-entièrement goudronnée d'une longueur de près de 610 km. Sans parler d’une liaison aérienne régulière, dont un vol hebdomadaire international faisant escale à Zouerate, et reliant Nouakchott à Casablanca.

 

507 km séparent par ailleurs Zouerate de Tindouf, mais il ne s'agit là que d'une piste qui relie ces deux villes. C’est donc du seul fait que les produits de contrebande venant de Tindouf échappaient à toute imposition, voire étaient bradés sur les marchés du nord mauritanien, qu’ils bénéficiaient d’un avantage comparatif défiant toute concurrence.

 

Le temps de ce trafic de contrebande est donc aujourd'hui révolu, ou pour être plus précis, ces détournements que plusieurs dirigeants du Polisario et de l'Algérie avaient érigé en fonds de commerce depuis plusieurs décennies est désormais terminé. Ce "commerce" qui fut très lucratif explique aisément le maintien implacable de milliers de Sahraouis en séquestration dans les camps de Lahmada, une population qui vit dans la misère la plus totale.

 

Les douanes mauritaniennes, qui fermaient les yeux jusqu’ici sur ce trafic, profitent de l’institutionnalisation des échanges frontaliers avec l’Algérie pour renflouer les caisses de l’Etat mauritanien. Elles ont ainsi décidé, dès l’ouverture de ce premier poste-frontalier entre les deux pays, officialisée à la fin du mois d’août dernier, d’imposer un tarif d’entrée à tous les camions et les cargaisons accédant au territoire mauritanien, comme cela est d'usage pour tous les points d’accès au pays.

 

Dès l’annonce de cette mesure, les prix de certaines denrées alimentaires (huile, pâtes, thé, farine, etc.) sont immédiatement passés du simple au double, voire plus. Cependant, étant donné ces perturbations brusques et la panique que cette mesure a créée sur les marchés, les services de la douane ont fini par concéder un bref moratoire sur ces produits venant d’Algérie. Ainsi, à partir du 1er octobre prochain, toutes les cargaisons transitant par le poste-frontalier en question seront désormais soumises à un tarif obligatoire de 16.000 nouvelles ouguiyas pour chaque tonne transportée (soit environ 4.500 dirhams/tonne).

 

En répercutant l’effet de ces taxes sur les prix des produits en provenance d’Algérie, ceux-ci deviendront tout simplement beaucoup plus chers par rapport aux tarifs des produits qui sont légalement vendus en Mauritanie. A titre d’exemple, le kilo de macaronis de contrebande coûte actuellement 20 nouvelles ouguiyas (5,70 dirhams) à Zouerate, où les commerçants locaux l’ont tout simplement aligné sur le tarif en vigueur à travers toute la Mauritanie. Depuis le 30 août dernier, le prix de cette denrée alimentaire de base, produite localement, a grimpé pour atteindre la fourchette de 40-50 ouguiyas, soit un peu plus de 10 dirhams...

 

Autant dire que l’instauration de ces taxes douanières sur les produits de contrebande en provenance de Tindouf va augmenter les prix de ces dernières et, ainsi, leur faire perdre de leur attractivité d'autrefois, du temps où elles étaient bon marché. Or, c’est exactement sur ces avantages que l’Algérie misait pour tenter de concurrencer le point de passage marocco-mauritano-subsaharien d’El Guerguerat, faute d’avoir réussi à le perturber à travers les vaines provocations des milices du Polisario. Les petits calculs politiciens d'Alger butent contre la dure réalité de l’économie. Elles risquent, surtout, de transformer le poste-frontalier qui relie l'Algérie à la Mauritanie en corridor fantôme...

Par Mohammed Ould Boah


source le360.Ma
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