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un grain de sable pour secouer la poussière...

Rodolphe Lelaidier, le réanimateur qui écrit pour ne pas oublier

Lundi 27 Avril 2020 - 08:45

Rodolphe Lelaidier est un jeune médecin réanimateur à l'hôpital Édouard Herriot de Lyon. En première ligne face au coronavirus. Chaque soir, même rituel: un rhum vieux ou une tisane et il raconte le quotidien de son service.

Tout a commencé par un message posté sur les réseaux sociaux au début du confinement. "Franchement, ce n'est pas souvent qu'on a la trouille quand on a l'habitude de s'occuper de patients qui ont fusionné avec le pare-choc d'en face". Mais là, la peur était bien là.

Rodolphe a alors simplement demandé sur Facebook aux gens de rester chez eux sur le mode "vous êtes mieux chez vous que chez nous". Et son post a été partagé plus de 95.000 fois sur les différentes pages où il s'est retrouvé.

Sans doute galvanisé par ce succès d'audience, mais aussi parce qu'il "avait des choses à dire", il a continué. Jusqu'à ouvrir un *.

- Soif inextinguible -

Il y raconte sa vie de "MAR: Médecin-Anesthésiste-Réanimateur". Ses jours de garde, "version morceau de beurre rance sur tartine de pain rassis". Ses jours de repos, il parle de montagne, du tour du massif de la Meije qu'il aurait dû faire juste avant. Avant que le virus, ce "truc de 140 nanomètres", n'arrive dans nos vies.

AFP / PHILIPPE DESMAZESRodolphe Lelaidier le 24 avril 2020 à l'hôpital Edouard Herriot à Lyon

Il décrit la vie de son service - son "village". Mais aussi les nuits, la ventilation mécanique, les comités d'éthique où un médecin de l'extérieur vient décider de la suite des soins à donner ou non à un patient.

On ressent "la soif, la douleur, la peur de mourir, l’absence d’intimité et de contact avec ses proches". Les petits bâtonnets au citron pour faire passer un instant le sentiment de soif inextinguible des malades intubés.

Il explique ses manies: ouvrir les volets en grand dans les chambres ou éteindre toute machine inutile. Des détails, mais qui permettent de mieux cerner le jour de la nuit.

Dans le flot de récits sur cette crise, celui-ci "fait palpiter d'humanité ce monde si technique", lui répond Corinne sur Facebook. Et donne "l'impression de lire le vécu d'un de nos patients" ajoute Nora, soignante dans son service.

La plupart de ses fans sont des femmes. Il en convient.

- "perte de confort" -

Rodolphe a 30 ans. Gaillard d'1m86 aux yeux bleus-verts, il porte un bonnet en tissu jetable bleu avec son prénom écrit dessus. Les patients ne voient que ses yeux. La vague est arrivée ici dix jours après le début du confinement.

Le plus éprouvant fut la semaine juste avant. Tout préparer et former une centaine de personnes sur un mannequin. Car les patients Covid-19 qui arrivent en "réa" doivent être placés sous respiration artificielle extrêmement rapidement, sans pouvoir trop s'approcher d'un malade très contagieux à la bouche grande ouverte.

"Ici, il n'y a pas eu de perte de chance et on n'a pas eu à faire des choix impossibles", explique-t-il à l'AFP. "Mais on a perdu en confort de vie".

Des patients non-Covid ont été placés dans des espaces ouverts. "On a peur d'avoir généré du traumatisme chez eux et les plus traumatisés, on sait qu'on ne les revoit pas".

Alors un soir, il écrit pour demander des bouchons d'oreille, des casques anti-bruit, des masques occultants. Mobilisation immédiate des internautes.

Pourquoi écrire tout cela ? Confiné, il ne peut plus évacuer par le sport. "Alors, j'écris. Je mets un peu de fiction et ça me permet une mise à distance". Rodolphe préfère garder le meilleur de la situation, l'intelligence collective. "Je n'ai pas l'énergie pour m'arrêter sur les choses négatives".

"Je suis pas aveugle pour autant". Son statut précaire, sa crainte d'un "burn-out" s'il continue comme ça. De la science, "un peu paumée en ce moment", il parle volontiers.

Il veut juste laisser une trace de ce moment historique. Le "devoir de mémoire" résonne en lui. Il aimerait bien être publié.

Désormais il n'a plus la "trouille"; il est juste "inquiet". Vont-ils tenir sur la durée ? Car les réanimateurs n'en ont pas fini avec le Covid-19. Et les autres patients, les accidentés de la route, les victimes de rixes vont bientôt revenir...

*https://leconfiblog.jimdofree.com/

AFP

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