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Rencontres France-Iran à Téhéran pour préserver l'accord sur le nucléaire

Mercredi 10 Juillet 2019 - 15:10

Le conseiller diplomatique du président français Emmanuel Macron est à Téhéran mercredi pour tenter de préserver l'accord sur le nucléaire iranien de 2015 et chercher un moyen d'apaiser les tensions entre la République islamique et Washington.

Emmanuel Bonne a rencontré le contre-amiral Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, ainsi que le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et son adjoint Abbas Araghchi.

Sa mission est "d'essayer d'ouvrir l'espace de discussion pour éviter une escalade non contrôlée, voire même un accident", a déclaré mardi le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, alors que l'exacerbation des tensions entre Téhéran et Washington fait craindre un embrasement dans la région du Golfe.

"On essaie de faire en sorte que le triangle Europe, Etats-Unis, Iran soit un triangle où on se parle", a déclaré sur la radio Europe 1 la secrétaire d'Etat française aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin.

"Aucune négociation n'est possible sous la pression", a néanmoins déclaré M. Zarif avant sa rencontre avec M. Bonne, exhortant "les Européens" à "résoudre [le] problème" causé par la sortie des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015.

- "Dépassements légers" -

Fragilisé depuis que Washington l'a dénoncé unilatéralement en mai 2018, ce pacte est encore davantage menacé par les annonces de Téhéran, qui, en riposte au retrait américain, a signalé s'affranchir progressivement de certains de ses engagements.

Ce retrait prive la République islamique des bénéfices qu'elle escomptait de l'accord, conclu avec l'Allemagne, la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie, et par lequel Téhéran a accepté de brider son programme nucléaire en échange d'un allègement des sanctions internationales la visant.

Téhéran exige des Etats encore parties à l'accord qu'ils prennent enfin les mesures qu'il réclame pour que soient garantis ses intérêts.

AFP/Archives / Behrouz MEHRIPhoto d'archives de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr, à 1.200 km au sud de Téhéran, le 3 avril 2007

Conséquence de la politique de "réduction des engagements" de Téhéran, les réserves d'uranium enrichi iraniennes ont dépassé au début du mois la limite imposée par l'accord de Vienne (300 kg).

Plus significatif, l'Iran a annoncé lundi produire de l'uranium enrichi à au moins 4,5%, soit au-delà du maximum autorisé par l'accord (3,67%) et a menacé de prendre de nouvelles mesures dans "60 jours" si ses demandes ne sont toujours pas satisfaites.

A 4,5%, le taux d'enrichissement est encore loin des 90% qui permettraient d'envisager la production d'une bombe atomique.

Mais compte tenu des suspicions passées de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien, les dernières annonces de Téhéran suscitent l'inquiétude à l'étranger, même si l'Iran, qui a toujours démenti vouloir la bombe atomique, s'est engagé à ne jamais chercher à acquérir cette arme.

Dans un communiqué commun, Berlin, Londres, Paris et l'Union européenne ont relevé mardi la volonté iranienne de "rester dans le cadre" de l'accord de Vienne.

Mais les Européens ont appelé l'Iran à "agir en conséquence en revenant sur ces activités et en se conformant de nouveau pleinement et sans délai" aux termes de l'accord.

M. Le Drian a néanmoins qualifié de "dépassements légers" les manquements de l'Iran à ses engagements. "Ce ne sont pas des dépassements de rupture", a-t-il dit.

- "Pression maximale" -

AFP /Les installations nucléaires en Iran

"Nous sommes dans une phase très critique", commente-t-on à la présidence française. "Les Iraniens prennent des mesures qui sont en violation (de l'accord) mais qui sont très calibrées et par ailleurs (le président américain) Donald Trump est un dealmaker" (négociateur).

"Les Iraniens exagèrent, mais pas trop, et Trump met la pression maximale mais il exerce cette politique jusqu'au moment où il peut dealer", ajoute-t-on de même source.

M. Trump répète qu'il veut forcer l'Iran à négocier un "meilleur accord", ce que Téhéran rejette. "L'Iran fait beaucoup de mauvaises choses en ce moment, ils feraient mieux de faire très attention", a déclaré le président américain mardi.

A la demande des Etats-Unis, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) devait tenir une réunion extraordinaire, mercredi à Vienne, pour faire le point sur les manquements de l'Iran à se engagements.

En sortant de l'accord de Vienne, Washington a rétabli des sanctions punitives qui ont plongé l'Iran dans une violente récession et lui ont fait perdre un par un les acheteurs de son pétrole.

Pour pouvoir rester partie à l'accord, l'Iran exige de ses partenaires, et en premier lieu des Européens, qu'ils prennent des mesures efficaces pour l'aider à contourner l'embargo américain.

AFP

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