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RDC: 14 Casques bleus tués, "pire attaque" de l'histoire récente de l'ONU

Vendredi 8 Décembre 2017 - 16:41

Les Nations unies ont subi la "pire attaque" de leur histoire récente en République démocratique du Congo où au moins 14 Casques bleus ont été tués jeudi dans l'est, théâtre d'un affrontement attribué au groupe armé ougandais musulman ADF.

"C'est la pire attaque contre des soldats de la paix des Nations unies dans l'histoire récente de l'organisation", a réagi son secrétaire général Antonio Guterres, se déclarant "indigné" face à ce "crime de guerre" qui a principalement touché des soldats tanzaniens.

Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière depuis son déploiement en 1999 dans l'ex-Zaïre contre la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), la plus pléthorique et la plus coûteuse de toutes les opérations de l'ONU dans le monde (18.000 personnes et 1,2 milliard de dollars de budget annuel).

La Monusco a fait état d'un bilan "d'au moins quatorze" soldats de la paix tués, ainsi que cinq soldats congolais. Antonio Guterres avait auparavant indiqué qu'au moins douze Casques Bleus tanzaniens avaient perdu la vie.

Ils ont été victimes des miliciens ougandais musulmans des ADF (Allied Defense Forces, Forces démocratiques alliées).

Les assaillants ont visé une base, tenue par un contingent tanzanien, de la Monusco jeudi à Semuliki dans la province du Nord-Kivu, selon des sources onusiennes.

"Des renforts militaires sont arrivés sur le terrain. Le commandant de la force se trouve aussi sur place, coordonnant la réponse de la mission. L'évacuation médicale des victimes est en cours", a précisé M. Guterres dans son communiqué.

L'armée congolaise affirme que des dizaines d'ADF ont été tués, mais ne fait état que d'un blessé et un disparu dans ses rangs. "Les terroristes ADF doivent subir la force", a réagi sur Twitter le gouverneur du Nord-Kivu Julien Paluku.

Repliés sur eux-mêmes en forêt, ne communiquant guère, les ADF combattent officiellement depuis le Nord-Kivu le régime du président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 27 ans dans l'Ouganda voisin.

Présents dans l'est de la RDC depuis 1995, leurs troupes ne seraient pourtant pas très nombreuses: "On estime les ADF à 150", indiquait récemment à l'AFP une source occidentale à Kinshasa.

Une précédente attaque attribuée aux ADF en octobre contre une base de la Monusco dans le Nord-Kivu avaient déjà tué trois Casques bleus tanzaniens.

- Plus de 500 morts en six mois -

Les ADF sont l'un des nombreux groupes armés actifs dans le Nord et le Sud-Kivu, les deux provinces orientales de la RDC frontalières de quatre pays (Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie) et de trois grands lacs (Édouard, Kivu et Tanganyika).

Le carnage visant les Casques bleus jette un coup de projecteur sur l'activité au quotidien de ces groupes armés, étrangers mais surtout congolais, qui menacent la sécurité des civils dans les deux Kivus, à 2.000 km de la capitale Kinshasa.

"De juin à novembre 2017, au moins 526 civils ont été tués dans les Kivus, au moins 1.087 personnes ont été enlevées ou kidnappées pour obtenir une rançon, et il y a eu au moins 11 viols de masse", indique cette semaine le tout nouveau "baromètre sécuritaire du Kivu" lancé par Human Rights Watch et le groupe d'étude sur le Congo de l'Université de New York.

"En octobre, les Nations Unies ont déclaré un +niveau 3 d'urgence+ en RD Congo, une catégorie attribuée seulement à trois autres pays: la Syrie, l'Irak et le Yémen", rappelle ce groupe d'experts.

"L'année dernière, 922.000 personnes ont été déplacées en RD Congo, plus que partout ailleurs dans le monde", ajoutent-ils, notamment en raison de la crise au Kasaï dans le centre du pays.

La situation sécuritaire instable en RDC va de pair avec une crise politique due au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila au-delà de son deuxième et dernier mandat qui a pris fin le 20 décembre 2016 d'après la Constitution.

Des élections sont prévues le 23 décembre 2018 mais le Rassemblement de l'opposition demande le départ de M. Kabila dès la fin de l'année, dans un pays où toute contestation de rue de l'opposition est systématiquement interdite et réprimée.



(©AFP / 08 décembre 2017 18h35) 
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