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Pédocriminalité dans l'Eglise: le président de la commission Sauvé expose ses travaux devant les évêques

Jeudi 7 Novembre 2019 - 12:05

Un an après avoir accepté de présider une commission sur la pédocriminalité dans l'Eglise, Jean-Marc Sauvé a rendu compte de ses travaux jeudi devant les évêques à Lourdes, à deux jours d'un vote de l'épiscopat sur un geste financier pour les victimes.

"La majorité des abus (sexuels) se sont produits dans les années 1950, 1960, 1970, beaucoup plus que dans les décennies ultérieures", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, à l'issue de l'exposé des cinq premiers mois de travaux de sa Commission devant la Conférence des évêques de France réunie dans la cité mariale jusqu'à dimanche.

Sa Commission, la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise), à laquelle les quelque 120 évêques français ont donné leur feu vert l'an dernier, rassemble une vingtaine de membres chargés de faire la lumière sur les crimes commis par des clercs ou des religieux depuis les années 1950. Et doit rendre des préconisations début 2021.

Ses travaux ont commencé début juin par un appel à témoignages auprès de victimes, lesquelles, quand elles acceptent, sont longuement auditionnées.

En cinq mois, "2.800 signalements" ont été faits, via des appels téléphoniques, mails et courriers; 800 personnes ont répondu à un questionnaire détaillé et une vingtaine de victimes ont été entendues, a-t-il déclaré.

La plupart sont des hommes (61%), agressés lorsqu'ils étaient mineurs (86%), affirme M. Sauvé, qui donnait de nouveaux chiffres actualisés. Parmi ces derniers, 34% avaient 10 ans ou moins, et 35% avaient entre 11 et 15 ans. Ils ont aujourd'hui, pour un tiers d'entre eux, plus de 70 ans. Les auteurs sont à 98% des hommes; dont 71% sont des prêtres, "le reste étant des religieux" de congrégations, a-t-il détaillé.

Dans 88% des cas, il n'y a pas eu de procédure judiciaire. Et pour une "part significative", ce sont des personnes "qui n'en ont jamais parlé" à leurs proches, avait-il précisé précédemment, décrivant: "nous découvrons beaucoup de douleurs et de souffrances, beaucoup de vies abîmées (...). C'est une expérience dont on ne peut pas sortir inchangé ni indemne".

AFP / Lionel BONAVENTUREJean-Marc Sauvé le 4 septembre 2017, lorsqu'il était vice-président du Conseil d'Etat

Par ailleurs, sa commission a reçu des questionnaires demandés aux diocèses concernant l'état des archives. 85% des diocèses ont répondu. Dans certains cas, les archives sont inexistantes (elles n'ont jamais existé ou ont été détruites), dans d'autres elles sont "documentées" et vont "faciliter" le travail, a-t-il dit.

- Tâche lourde mais "pas impossible -

La tâche de sa commission - indépendante mais dont le financement provient à la fois de la Conférence des évêques de France (CEF) et des congrégations et institutions religieuses - est "beaucoup plus lourde" qu'imaginée, "difficile, mais "pas impossible", a-t-il dit.

Il estime toutefois que l'appel à témoignages, lancé en partenariat avec France Victimes, n'a pas été suffisamment entendu à ce stade. Et s'apprête, dans les prochains mois, à partir faire un tour de France, dans plusieurs régions, pour mieux le faire connaître.

Il s'exprimait deux jours avant le vote samedi de l'épiscopat sur le versement d'une "somme" financière portant "reconnaissance de la souffrance subie par les victimes", une question sur laquelle travaillent depuis un an les évêques et des personnes victimes.

L'évêque Pascal Delannoy, responsable de cette question à la CEF, a affirmé jeudi devant la presse que cette "somme" - terme finalement préféré à celui d'"allocation" - serait "forfaitaire", "unique" et ne serait "versée qu'une seule fois".

Elle ne sera "pas un dédommagement", lequel est "l'affaire des tribunaux", ni une "réparation d'un préjudice". "Nous parlons de la reconnaissance" de la souffrance, a-t-il dit.

Son montant fait partie des discussions. Il concernerait les victimes déjà passées par des procédures judiciaires ou celles pour qui les faits sont prescrits.

Les évêques devront aussi se prononcer sur la création d'un "fonds spécifique de dotation", alimenté par un appel aux dons permettant de financer cette allocation.

Ce dispositif, avant même d'avoir été voté, a fait réagir plusieurs victimes qui travaillent avec l'épiscopat sur le sujet, dont certaines sont présentes ce jeudi à Lourdes. Préférant un système d'indemnisation, avec barème, elles ont mis en garde contre un "forfait au rabais" et une opération "de communication".

AFP

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