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un grain de sable pour secouer la poussière...

Liban: la contestation gagne de l'ampleur, le pays uni dans la rue contre la classe politique

Dimanche 20 Octobre 2019 - 18:03

De plus en plus nombreux, des dizaines de milliers de Libanais ont manifesté dimanche dans une ambiance festive pour réclamer, du nord au sud du pays, le départ d'une classe politique jugée corrompue et accusée d'avoir enfoncé le pays dans une crise sans fin.

De Beyrouth à la ville à majorité sunnite de Tripoli, dans le nord, des localités chiites du Sud aux villes druzes ou chrétiennes de l'Est, les Libanais ont défilé pour exprimer leur ras-le-bol, au 4e jour d'un mouvement d'une ampleur inédite qui a paralysé le pays.

Partout, sous une nuée de drapeaux libanais, des foules compactes ont repris les slogans du Printemps arabe qui rythment désormais leur révolte: "Révolution, révolution", "le peuple veut la chute du régime"...

Jour de repos, dimanche a été propice à la mobilisation, à la veille de l'expiration d'un ultimatum fixé par le Premier ministre Saad Hariri pour obtenir l'approbation définitive des membres de sa coalition gouvernementale à un vaste plan de réformes bloqué par les divisions politiques.

Dans le centre-ville de Beyrouth noir de monde, devenu le cœur névralgique de la contestation, la foule continuait de grossir en début de soirée, selon les journalistes de l'AFP sur place.

AFP / ANWAR AMRODes Libanaises manifestant dans le centre-ville de Beyrouth, le 20 octobre 2019

De nouveaux slogans sont apparus sur les murs: "Le Liban est au peuple", "La patrie pour les riches, le patriotisme pour les pauvres".

Le mouvement, qui paralyse le pays avec la fermeture des banques, des institutions publiques et de nombreux magasins, a démarré de manière spontanée jeudi après l'annonce d'une taxe sur les appels effectués via WhatsApp. Une mesure destinée à renflouer un peu les finances exsangues du pays mais qui a dû être aussitôt annulée sous la pression de la rue.

Les manifestants, de tous les âges et de tous les milieux, ont néanmoins continué de se rassembler jour et nuit dans la rue.

- "Des voyous" -

A Beyrouth, Zalfa Aboukaïs, une employée de 27 ans, "manifeste contre les voyous au pouvoir depuis 30 ans", soit depuis la fin de la guerre civile en 1990. Elle a écrit le nom de députés libanais sur des bouts de papier qu'elle accroche patiemment sur les barbelés installés par les forces de l'ordre pour contenir la foule. "Tous des voleurs", cingle-t-elle.

AFP / ANWAR AMROUne fillette donne des fleurs à des soldats libanais déployés lors d'une manifestation contre le pouvoir, à Beyrouth le 20 octobre 2019

M. Hariri a laissé entendre qu'il pourrait démissionner lundi s'il ne réussissait pas à obtenir un feu vert pour ses réformes, dont celle très attendue par les Libanais d'une refonte du secteur de l'Energie pour mettre fin aux incessantes coupures d'électricité qui minent leur quotidien.

Allié de M. Hariri, le parti chrétien des Forces Libanaises a lui annoncé samedi la démission de ses quatre ministres du gouvernement, une initiative accueillie dans la liesse par les manifestants. Mais le slogan "Tous veut dire Tous" a été aussitôt crié, pour dire l'exigence d'un renouvellement de toute la classe politique, y compris donc du côté du président Michel Aoun et de ses alliés du Hezbollah.

Inchangée depuis des décennies, cette classe politique est accusée d'affairisme et de corruption alors que les infrastructures du pays sont en déliquescence totale.

AFP / -Une photo prise le 20 octobre 2019 montre une vue aérienne des Libanais manifestant sur la Place des martyrs, dans le centre-ville de Beyrouth

Des craintes d'une dévaluation pour la première fois en 22 ans de la livre libanaise, synonyme d'un nouvel appauvrissement dans une économie dollarisée, avaient déjà fait monter la colère de la population ces dernières semaines.

"Nous ne voulons plus que des gens aient à supplier pour obtenir des droits fondamentaux et des services que l'Etat est censé leur prodiguer", déclarait un autre manifestant à Beyrouth Dani Mourtada, 26 ans.

- Musique, danse, chants -

Après des incidents violents et des actes de vandalisme dans le centre de Beyrouth dans la nuit de vendredi à samedi, une ambiance joyeuse et bon enfant a repris le dessus. A Beyrouth, on fumait dimanche des chichas et on jouait aux cartes dans la rue. Certains accompagnaient les slogans avec des instruments de musique.

A Tripoli, une ville pourtant conservatrice, la foule massée place al-Nour a dansé tard samedi soir au rythme d'une musique animée par un DJ et diffusée via haut-parleurs. Fait marquant, la contestation a aussi gagné des fiefs du Hezbollah et du mouvement Amal, dans le sud du pays.

Dans la ville de Tyr (sud), les pêcheurs ont manifesté dans leurs barques en portant des drapeaux libanais alors que la foule les suivait en défilant sur le port.

lar-bek-rh-feb/phv/on

AFP

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