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La justice russe condamne lourdement des manifestants, allège les accusations pour d'autres

Mardi 3 Septembre 2019 - 20:01

La justice russe a infligé mardi de premières lourdes condamnations à des manifestants pour "violences" à l'encontre de la police, tout en allégeant les accusations portées contre d'autres après la série d'actions de protestation qui secoue Moscou depuis la mi-juillet.

Les tribunaux russes ont soufflé le chaud et froid tout au long de la journée mardi, à moins d'une semaine d'élections locales et régionales controversées, pour lesquelles l'exclusion des candidats d'opposition a provoqué le plus important mouvement de contestation depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012.

Deux des manifestants, Ivan Podkopaïev et Danila Beglets, ont été respectivement condamnés à trois et deux ans de prison pour "violences" : l'un pour avoir aspergé de gaz lacrymogène des policiers, l'autre pour avoir violenté l'un d'entre eux. Les deux hommes avaient plaidé coupable.

Un internaute, Vladislav Sinitsa, a pour sa part été condamné à cinq ans de prison pour "incitation à la haine" à la suite d'un tweet dans lequel il suggérait de s'en prendre aux enfants des policiers après la répression d'une manifestation.

Une dizaine d'autres personnes accusées de "troubles massifs" ou de "violences à l'encontre des forces de l'ordre" doivent encore comparaître devant la justice.

Dans un recul surprise, les enquêteurs ont cependant allégé les graves accusations portées contre cinq autres personnes, dont un ancien cadet de l'armée ayant participé à des défilés sur la Place Rouge, les requalifiant en violations administratives, passibles d'amendes ou de courtes peines de prison.

Ils ont demandé que deux autres accusés soient libérés pour être assignés à résidence, dans l'attente de leur procès.

L'accusation pesant sur le plus connu des manifestants emprisonnés, Egor Joukov, a de son côté été requalifiée mardi en "extrémisme" par la justice, ce qui rend ce blogueur populaire passible d'une peine de cinq ans de prison, selon son avocat.

- "Vengeance" -

AFP / Yuri KADOBNOVUn homme porte une pancarte "Libérez les prisonniers politiques" à Moscou le 31 août 2019

Les procès visant l'opposition et ses partisans se sont multipliés ces deux derniers mois dans un contexte de répression du mouvement de contestation avant le scrutin prévu pour le 8 septembre.

Arrêté lundi soir, Ilia Azar, un journaliste du média d'opposition Novaïa Gazeta, encourt jusqu'à 30 jours de prison pour avoir été l'un des meneurs du mouvement.

Devant à l'origine comparaître devant un juge mardi, le journaliste a déclaré que le tribunal avait renvoyé son affaire au 23 septembre en raison d'"erreurs" dans les documents présentés par la police.

Le fait que les policiers l'aient emmené au poste en laissant son bébé de moins de deux ans seul chez lui a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. Le défenseur des droits des enfants auprès du Kremlin a appelé à ouvrir une enquête sur les agissements des forces de l'ordre.

"Il s'agit tout simplement d'une vengeance basse et démonstrative parce que nous ne voulons pas renoncer à nos droits", a réagi sur Twitter le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, qui a récemment retrouvé la liberté après 30 jours de prison.

AFP / Alexander NEMENOVDes manifestants défilent à Moscou contre les "répressions politiques", le 31 août 2019

Autres meneurs du mouvement de protestation, la jeune avocate Lioubov Sobol et le militant Nikolaï Liaskine ont également été arrêtés lundi soir par la police.

Les trois opposants, accusés d'avoir organisé des manifestations sans avoir obtenu l'aval des autorités, ce qu'exige la loi, ont été relâchés peu après mais Lioubov Sobol doit en principe se présenter devant un tribunal mardi. La jeune femme a dit à l'AFP ne pas avoir l'intention de s'y rendre, dénonçant des "méthodes staliniennes".

- Condamnations à répétition -

Des manifestations ont eu lieu quasiment chaque week-end dans la capitale russe depuis la mi-juillet pour protester contre l'éviction de candidats de l'opposition à l'élection du Parlement de Moscou. Pour la plupart non autorisées, elles ont donné lieu à près de 2.700 arrestations.

La plupart des meneurs du mouvement ont enchaîné de courtes peines de prison, à l'exemple d'Ilia Iachine, emprisonné pour la cinquième fois consécutive mercredi.

AFP/Archives / Vasily MAXIMOVInterpellation de l'opposante Lioubov Sobol lors d'une manifestation interdite, à Moscou le 3 août 2019

L'organisation de M. Navalny, le Fonds de lutte contre la corruption, est quant à lui visé par une enquête pour "blanchiment" d'argent.

Le scrutin de dimanche à Moscou et les autres élections régionales et locales qui se dérouleront parallèlement s'annoncent difficiles pour les candidats du pouvoir, dans un contexte de grogne sociale et de stagnation économique.

Selon un récent sondage du centre Levada, près d'un quart des Russes sont prêts à participer à des actions de protestation. Si environ la moitié des sondés se disent indifférents aux manifestations à Moscou, ils sont 41% à considérer que la police a fait un usage excessif de la force.

AFP

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