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un grain de sable pour secouer la poussière...

L’impuissance du PM éclate au grand jour : à qui la faute ?

Lundi 15 Juin 2020 - 08:38

Ismaël Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya
Ismaël Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya

Après la conférence de presse du premier ministre Ismaël Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya, on a pu entendre mille critiques de la performance du centralien parisien. Quand un ami, plume redoutable, qui aime appeler le PM «  ton parent » m’a dit que sa performance n’était pas au niveau, je me suis dit que le PM a dû subir encore les attaques des jaloux et autres hassades contre le génie légendaire des gens de Boutilimit.

 

J’ai alors eu la curiosité de voir cette conférence de presse surtout que jusque-là j’avais à peine eu l’occasion de regarder parler le PM. Rien de mieux qu’une longue conférence de presse pour approcher un peu la personnalité. La performance étant longue et n’ayant pas que cela à faire, j’ai dû la regarder en deux fois et ce n’est qu’hier soir, dimanche, que j’ai enfin pu la terminer.

 

Ensuite il a fallu décider que faire ? J’ai été tenté de ne pas dire un mot pour une raison simple : depuis décembre dernier des proches collaborateurs du PM m’ont contacté pour que je rejoigne éventuellement la primature mais ayant des obligations en Italie j’ai dû retarder mon retour, puis est arrivé la Covid 19 et depuis je suis bloqué ici.  Même si ce ne serait pas de refus de rejoindre les conseillers du PM, j’ai toujours été un peu réticent, d’abord car je ne connais pas le PM même si son CV est rassurant quant à son ouverture d’esprit mais surtout parce qu’en toute modestie de Kounta, j’aurais préféré être conseiller là où l’on peut servir à quelque chose à savoir à la présidence même si là-bas aussi le titre est souvent creux et beaucoup végètent tout le mois en attendant leur salaire et en essayant par tous les moyens à se rendre utiles souvent en vain.

 

Chez nous, être conseillé par quelqu’un est mal vu car cela veut dire que vous avez besoin de conseils et que donc vous n’avez pas toutes vos dents. D’ailleurs si vous avez le malheur d’écouter le moindre conseil d’un fameux conseiller, il est très probable qu’il aille dire dans son proche entourage que cela vient de lui ou que ses ennemis le fassent à sa place pour nuire à sa discrétion en disant qu’il a l’oreille du chef, ce qui signifie, au pays de la manipulation maladive, qu’il tient le chef par les oreilles justement…

 

Alors les conseillers sont pris pour avoir un vaste réseau tribal permettant d’anesthésier un peu tout le monde, chacun ayant son parent aux affaires, ce qui permet de régler des petites affaires et avoir des facilités face à une administration qui ne connaît que la politique du bras long ou pas de service du tout. Ces conseillers peuvent aussi servir en cas de litige ou de scandale pour aller calmer les leurs. Au grand maximum quand ils ont servi plusieurs régimes, ils peuvent toujours apporter des petits secrets de palais qui peuvent être utiles au chef fraîchement arrivé au milieu de ce panier de crabes où l’on trouve le meilleur du genre humain comme le pire ; le pire bien évidement étant le plus commun vu le passif des régimes servis.

 

Chez nous, le seul avantage d’être conseiller d’un PM ou d’un président, c’est l’assurance de l’emploi à vie car sitôt les pieds dans ce milieu, on baigne dans les petits secrets et le système craint alors de vous renvoyer à la rue les yeux et les oreilles pleins. De là ces momies qui végètent à la primature et à la présidence pour le salaire et les petits services.

 

Les seuls conseillers qui sont écoutés, sont ceux qui ont des contacts avec la presse étrangère surtout occidentale ou ayant quelques entrées par les portes de service chez tel et tel ministres ou présidents grâce à un réseau de seconds couteaux. Ces conseillers sont les mieux lotis, bien payés, voyageant aux frais de la princesse, ils sont protégés par leur façon impressionnante de rouler les « r » devant des militaires fraîchement civilisés impressionnés par leur bagout et leur fluidité présumée à l’étranger…

 

Voilà qui est dit afin que chacun sache ma position vis-à-vis de « mon parent » que je ne connais pas mais pour lequel j’ai une respectable considération car je n’ai rien à lui reprocher au contraire après avoir vu sa prestation, je reste convaincu qu’il s’agit d’un brave monsieur compétent et certainement très gentil.

 

Cela dit, en ce qui concerne sa compétence, j’ai été choqué par sa piètre prestation au point de me demander ce qu’il reste du centralien, 34 ans après le diplôme. J’imagine déjà le sourire des ennemis de Boutlimit et du Trarza qui me lisent à cette ligne comme je sens aussi l’indignation de nos « parents » de Boutilimit de me voir commencer ainsi ma critique constructive de la prestation de notre centralien national qui a suffisamment d’ennemis pour ne pas avoir besoin d’une opinion franche publique venant d’un parent.

 

Que les parents se rassurent, je ne compte pas dénigrer notre génie mais comme dit l’autre «  sans la liberté de blâmer, il n’y a pas d’éloge flatteur ». Aussi, alors que je m’attendais à voir un PM fort de la confiance du président de la république, fort de son CV, fort de son expérience, en un mot sûr de lui, j’ai vu un homme qui semblait perdu, timide, tremblant parfois en cherchant ses fiches.

 

Je n’en revenais pas ! C’était triste et cela m’a fait mal car je n’aime pas voir les braves en situation de faiblesse. J’ai failli arrêter de regarder la conférence quand après une simple question d’une journaliste à propos des dépenses du fonds de solidarité, le PM n’a pas pu sortir deux chiffres de mémoire et il a commencé à chercher ses fiches avec une agitation à briser le coeur.

 

Pourquoi le PM était-il dans cet état d’esprit ? L’homme que j’ai vu n’avait rien de la prestance d’un Hademine ou d’un Laghdaf tout simplement parce qu’il semblait sans aucun pouvoir ! Face à lui on pouvait voir les regards étincelants de quelques puissants ministres d’Aziz qui semblaient l’encadrer comme autant de gens du Basep autour d’un Sidioca.

 

Jusque-là étant loin du pays, je ne voulais pas croire à la guerre ouverte entre le ministre de l’intérieur et le PM ; je voulais pas croire que Ghazouani ait pu affaiblir à ce point son PM là où Aziz n’aurait jamais fait ça. Pourtant cela saute aux yeux : le PM n’a aucun pouvoir face à ces puissants ministres, son seul pouvoir serait de me nommer son conseiller.

 

 


A qui la faute ? A Ghazouani seul ! Car sous un régime présidentiel, le PM tire sa force du soutien du chef de l’Etat. Cela dit Ghazouani n’est pas responsable du fait que le PM semblait perdu, obligé de chercher ses fiches. D’ailleurs quelle idée d’avoir un tas de fiches de nos jours. Il lui suffisait d’avoir un petit ordinateur personnel avec ses données disponibles d’un clic.

 

Quant au fait de n’avoir choisi que des journalistes du service public : c’est en effet une erreur car Aziz lui-même avait des petits conseillers qui savaient faire venir leurs amis du privé dociles qui, pour un sandwich ou un per diem, posaient des questions dignes d’un journaliste du service public qui craint pour son poste et si de ces journalistes restaient de marbre après le sandwich ou le per diem et qu'ils s’aventuraient à poser des questions un peu piquantes, Aziz répondait n’importe quoi du genre «  l’affaire est en justice, il faut laisser la justice travailler »  puis on passait le micro à quelqu’un d’autre.

 

D’ailleurs dans notre monde de journalistes, tout le monde est l’ami de tout de monde alors quand un de vos amis qui travaille pour la présidence vous contacte pour dire qu’il vous a choisi pour poser des questions à son employeur le chef de l’état, souvent cela suffit pour que l’ami ne mette pas en difficulté celui qui lui permet de passer à la TV devant toute la Mauritanie. De là bien des questions vaseuses.

 

Rien donc n’empêchait les conseillers du PM, d’inviter des amis du privé pour faire de la figuration ou tout comme. Quant aux questions les plus piquantes que les amis choisis auraient pu poser, c’était facile de préparer le PM. Il suffisait de les lui poser avant la conférence de presse pour préparer ensemble des réponses sachant que la langue de bois permet bien des acrobaties.

 

Reste que la position du PM était aussi intenable car tous les jours les réseaux sociaux se remplissent de scandales impliquant tel et tel ministres d’Aziz encore en fonction alors que la commission d’enquête parlementaire sur les années Aziz ose encore faire parler d’elle.

 

Pour éviter la presse, le Pm aurait mieux fait d’enregistrer une communication détaillée sur le travail du gouvernement depuis presque un an, chiffres et vidéos à l’appui, le tout bien ficelé et diffuser le tout à la TV.

 

Tout ce monde a fait un carrière avant l’ère d’internet et des réseaux sociaux où des blogueurs redoutables ne disent pas toujours n’importe quoi. Les anciens doivent s’entourer de jeunes maîtrisant ces outils et connaissant ce milieu pour éviter surtout le ridicule dès la fin de la performance car à part le ridicule, aucun politique n’a quelque chose à craindre venant de cette fameuse opinion publique édentée sauf du sourire…

Ahmed Ould Soueid Ahmed

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