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Fifagate: la justice américaine pointe des pots-de-vin pour les Mondiaux 2018 et 2022

Mercredi 8 Avril 2020 - 08:00

La Russie un peu plus plongée dans le "Fifagate": la justice américaine a pour la première fois affirmé que des pots-de-vin avaient été versés en vue de l'organisation de la Coupe du monde 2018, une accusation vivement rejetée par Moscou mardi.

Le document publié lundi par le procureur fédéral de Brooklyn affirme que deux dirigeants déchus de la fédération internationale de football (Fifa) auraient voté en faveur de la Russie, désignée fin 2010 organisatrice du Mondial-2018, en échange de fortes sommes.

Le parquet, chargé du principal volet de l'enquête sur le Fifagate, tentaculaire affaire de corruption impliquant d'anciens hauts dirigeants du football mondial depuis 2015, n'avait jamais mentionné directement la Russie jusqu'ici.

C'est aussi la première fois que la justice d'un pays affirme que les votes désignant Qatar et Russie ont été entachés d'irrégularités.

"Nous ne comprenons pas de quoi il est question. (...) La Russie a reçu de façon tout à fait légale le droit d'organiser la Coupe du monde. Ce n'est pas lié à de quelconques pots-de-vin, nous démentons cela catégoriquement", a répondu mardi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le Qatar a également nié ces affirmations, jugées "sans fondement": "Malgré des années de fausses accusations, aucune preuve n'a jamais été produite qui démontrerait que le Qatar a obtenu l'organisation du Mondial-2022 de manière douteuse ou par des moyens contrevenant aux règles strictes de la Fifa", a déclaré le "Comité suprême" qatarien en charge de l'organisation de la Coupe du monde.

Jusqu'ici, l'enquête, qui a entraîné l'inculpation de quelque 45 personnes physiques et morales, a surtout porté sur des droits de diffusion télévisés.

- Cinq millions de dollars -

AFP/Archives / ALVA VIARRUELL'ancien vice-président de la Fifa, Jack Warner, à sa sortie du Palais de Justice de Port-d'Espagne, à Trinidad, le 4 décembre 2015

Concrètement, deux hauts dirigeants déchus de la Fifa, le Trinidadien Jack Warner et le Guatémaltèque Rafael Salguero, auraient selon le parquet été soudoyés pour favoriser la candidature russe.

Le premier aurait touché 5 millions de dollars via un complexe réseau de sociétés-écrans, avec l'aide d'un "proche conseiller du président de la Fifa" de l'époque, ce dernier étant le Suisse Sepp Blatter, contraint à la démission en 2015 quand le scandale a éclaté.

Rafael Salguero se serait lui vu promettre un million de dollars.

Les deux, déjà condamnés dans d'autres affaires liées à leurs activités dans le football, ont déjà été bannis par la Fifa en 2015. Warner, installé à Trinité-et-Tobago où il échappe aux poursuites pénales de la justice américaine, est réclamé par les Etats-Unis où il a déjà été jugé au civil.

Interrogé par l'AFP, Sepp Blatter a nié son implication. "Je n'aurais jamais dit à un conseiller d'intervenir", a assuré le Suisse.

La Fifa de son côté a indiqué dans un communiqué qu'elle soutenait "toutes les investigations concernant des actes pénalement répréhensibles présumés" et continuerait de "coopérer avec les autorités judiciaires".

- Qatar et Russie pointés -

AFP/Archives / Yasser Al-ZayyatLogo de la Coupe du monde Fifa 2022 au Qatar projeté sur les Kuwait Towers, à Koweït, le 3 septembre 2019

Concernant le Qatar, organisateur du Mondial-2022 désigné en même temps que la Russie, les Américains apportent des éléments concrets dans cette affaire qui fait également l'objet d'une enquête en France.

Selon le parquet, plusieurs dirigeants ont reçu des enveloppes pour acheter leurs voix, dont le sulfureux Brésilien Ricardo Teixeira, déjà mis en cause dans d'autres affaires du Fifagate et qui échappe aux poursuites américaines faute d'accord d'extradition entre Brésil et Etats-Unis.

Les services du procureur fédéral donnent cependant à ce stade peu d'indications sur l'origine des versements.

Sepp Blatter a quant à lui expliqué l'attribution du Mondial-2022 à l'émirat gazier par une "intervention politique" de la France, reprenant sa ligne de défense habituelle en la matière.

Pour la Russie, c'est une nouvelle affaire dont elle se passerait bien: le pays a déjà vu son image sérieusement écornée par le retentissant scandale de dopage institutionnel qui l'a mis au ban du sport mondial.

Le président Vladimir Poutine avait fait de l'organisation du Mondial-2018, comme des Jeux olympiques d'hiver 2014 à Sotchi, un motif de fierté nationale.

Les autorités russes mettent régulièrement en avant l'idée d'un complot occidental pour humilier et éliminer un concurrent géopolitique et sportif lorsque le pays est mis en cause dans le cadre du sport.

La Russie est également impliquée dans l'enquête contre X menée depuis 2015 en Suisse pour des soupçons de "blanchiment d'argent et gestion déloyale" autour de l'attribution des Mondiaux 2018 et 2022.

"La Russie a organisé la meilleure Coupe du monde de football de l'Histoire. Nous en sommes fiers", a encore martelé Dmitri Peskov mardi.

AFP

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