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Dernière victime de l'affaire Mkheitir : Abdellahi Ould Bouna accusé d'incitation à la prise d'assaut de la présidence

Mercredi 17 Janvier 2018 - 21:48

Tout part des derniers développements de l'affaire Mkheitir en novembre dernier : les francophones qui n'ont pas eu accès aux audios qui ont inondé whatsapp au moment où la cour d'appel de Nouadhibou prit en compte le repentir de Mkheitir, ne peuvent comprendre pourquoi l'état a tout fait pour faire extrader le poète - marabout Abdellahi Ould Bouna exilé aux Emirats Arabes Unis.

Plus le temps de la fuite en avant se déploie dans cette affaire Mkheitir, plus une sorte malédiction touche tous les acteurs de cette affaire. C'est assez incroyable. 

Le mouvement El Nosra qui organise des meeting demandant la peau de Mkheitir a traversé une guerre honteuse déclenchée par un de leurs avocats, le plus médiatique et le plus fanatique qui a passé ses soirées à la TV dire tout le mal qu'il pense de l'avocat de Mkheitir, Mohamed Ould Moïne sans parler de l'activiste Mekfoula Mint Brahim qui a fini par lui répondre de façon mémorable à la télé.

Une guerre sur whatsapp où les coulisses financières inavouables du mouvement El Nosra ont été étalées par cet avocat fanatique. Ce n'était pas beau à entendre. D'abord, il a eu peur d'être lynché, il s'est excusé puis se voyant discrédité et n'ayant plus rien à perdre, il a renchéri mais de façon diplomatique.

Cet avocat fanatique a ensuite connu des déboires publics pour ses affaires financières scabreuses avec des étrangers qui ont été médiatisées. Pour finir, il vient d'être suspendu par l'ordre national des avocats pour deux ans ; ordre dont le bâtonnier, élu avec le soutien du  pouvoir, a fini par se retourner contre la décision de la cour d'appel de Nouadhidou en novembre dernier et faire campagne contre la justice de l'état au nom de celle de la rue.

Un des Cheikh les plus médiatiques du mouvement El Nosra contre Mkheitir a sombré lui aussi dans un scandale sans précédent à propos de ses activités financières qui déstabilisent le marché de l'immobilier à Nouakchott en toute impunité.

Le père de Mkheitir qui était un préfet respecté tranquille dans son coin, a dû fuir le pays pour devenir un opposant radical épousant les thèses de son fils contre les zwayas. Triste sort pour un vieux haut fonctionnaire, brillant dit-on, de se retrouver en Europe, loin des siens, loin de son pays avec un nom ruiné.

Le fils Mkheitir, n'en parlons pas. Aujourd'hui sans l'état mauritanien, il serait lynché. Il a tout perdu, travail, sa femme a dû le renier, son visage est maudit en Mauritanie. Son seul  avenir vivant possible est de s'exiler mais ce n'est pas demain la veille vu que le coût à payer par le pouvoir face à un peuple fanatisé pendant des années sur cette question.

L'avocat Mohamed Ould Moïne n'est pas mieux loti. Sujet de milliers de menaces et de pressions familiales de toutes sortes sachant qu'Abdellahi Ould Bouna est son cousin, on se demande comment il n'a pas lâché le dossier et on peut s'inquiéter pour son sort dès que l'affaire aura de nouveaux développements.

Aziz lui-même entraîné dans cette affaire par des conseillers obtus en matière religieuse certainement ciblés par Mkheitir dans ses insultes, Aziz a foncé tête baissée en voulant éviter que l'affaire ne soit récupérée par les islamistes. Ce coup politique a fonctionné tant que les propos de Mkheitir n'étaient pas connus même hors de nos frontières. Il se trouve qu'entre-temps Aziz lui-même a dû avoir entre les mains tous les textes de Mkheitir notamment le deuxième avant d'être arrêté où il s'explique et annonce ce qui va lui arriver car il craint que les zwayas ne déforment ses propos alors que nul ne respecte le prophète psl plus que lui.

 Il faut reconnaître que dans tous les meetings, les interventions des fanatiques à la télé, ils ne parlent jamais de l'axe premier de ses textes à savoir son combat contre les zwayas au nom de l'orientation qu'ils donneraient à l'islam au seul profit de leur caste pendant que les forgerons en paieraient le prix à base d'humiliation de toutes sortes. Jamais ce débat n'a été ouvert. Il n'a été question que de la ligne à propos de la justice du prophète psl dans une affaire qui occupe les théologiens et les historiens depuis des siècles pour dénouer le vrai du faux.

Aziz qui n'a jamais tué personne, pas même des terroristes condamnés à mort, ne pouvait éternellement garder ce jeune sans donner raison à la justice de la rue. Après plusieurs années de navettes dans les articulations la justice, après 4 ans, une vie privée brisée, un nom maudit, un père en exil, une femme désespérée, une famille brisée, la justice a estimé que le repentir pouvait être pris en compte.

Dès que la cour de Nouadhibou a annoncé qu'il n'était plus condamné qu'à 2 ans et une amende, ce fut une bombe : d'un côté la défense éclata de joie, de l'autre la justice de la rue déclara sa haine contre la justice du pouvoir. La justice pouvait-elle faire autrement vu l'état du code pénal mauritanien en la matière ? Non disent les juristes indépendants de la mouvance El Nosra.

C'est là qu'intervient Abdallahi Ould Bouna installé aux Emirats Arabes Unis depuis près de 20 ans à l'abri du besoin avec sa famille. Se croyant au Qatar qui l'aurait certainement financé pour tenir ses propos contre Aziz vu l'actualité diplomatique, Ould Bouna oubliant que les Emirats Arabes Unis sont des alliés d'Aziz en plus d'être tout sauf une démocratie, il s'est lancé dans des insultes de la pire espèce. traitant Aziz d'athée, de Mkhezi, de tous les gros mots destinés d'habitude à Mkheitir.

Personne en Mauritanie n'a jamais osé tenir de tels propos même Mohamed Ould Ghadda qui pourtant il est allé loin dans les accusations mais il s'est contenté de rester sur le volet financier. 

Abdellahi Ould Bouna a demandé a quiconque en a les moyens de prendre d'assaut la présidence même au coeur du pouvoir, de saisir Aziz et de le ligoter pour éviter la malédiction. C'est extrêmement grave sachant que ses audios ont fait fureur dans le pays au moment de l'annonce de la cour de Nouadhibou.

 L'état prit peur et ce fut le dernier coup de théâtre : alors que les avocats de la défense, sur les ondes des médias étrangers, félicitaient déjà la justice en estimant que l'accusé pouvait sortir en entendant l'appel qui n'est pas suspensif,  le pouvoir annonça quelques jours plus tard que Mkheitir n'est pas libéré et ne le sera pas de si tôt.

Le ministre de la justice pour encore calmer le jeu est sorti dire que la loi allait être changée pour retirer tout prise en compte de repentir en matière de blasphème alors qu'une sourate  ( 9 ) du coran s'appelle le repentir. C'est dire combien le repentir ne peut être supprimé de la justice islamique sans tenir compte des circonstances. D'ailleurs même en Arabie Saoudite qui ne sont pas des modérés, le repentir est pris en compte. Ainsi on y condamne dans des affaires de blasphème à des coups de fouets et à de la prison. Le ministre zélé finira aussi limogé...

Vu l'ampleur que prenait le ressentiment du peuple fanatisé depuis des années avec le concours passif du pouvoir, Il fallait donc pour ce même pouvoir, pris à son tour sous la fureur des fanatisés, mettre la main sur Ould Bouna qui excitait les foules depuis l'étranger avec une certaine éloquence et une assurance téméraire.  Les Emirats l'ont saisi, livré à Aziz et le voilà en prison pour incitation à la prise d'assaut de la présidence. Sa famille aussi expulsée des Emirats. Il est le dernier à payer le prix de cette maudite affaire sachant qu'un certain nombre d'oulémas, qui refusent à Mkheitir le repentir, ont dû baisser les yeux quand est ressortie une de leur fatwa permettant de pardonner à un fils de marabout blasphémateur.

Voilà l'état mauritanien pris à son propre piège avec les islamistes. Aziz ne peut plus libérer Mkheitir, ce sera l'affaire du prochain président. Quant à Ould Bouna, l'état aurait pu le condamner pour insultes aggravées contre le chef de l'état pour ne pas donner l'air de craindre ses appels à prendre d'assaut la présidence. Le problème c'est qu'il risquait peut-être de ressortir vite. Il fallait donner un exemple. Le voilà donc désigné chef potentiel de rébellion sérieuse. L'avenir dira si c'était le meilleur chef d'accusation.

Ce qui est sûr, c'est que sous un tout autre régime qu'Aziz, il ne serait pas si bien installé en prison après ses propos d'une telle gravité. S'il était livré dans un pays arabe, ou pris dans un pays africain gouverné par un de ces tyrans féroces : il serait aujourd'hui dans un état à faire passer l'envie à quiconque d'insulter le chef de l'état de cette façon surtout à propos de religion dans une république islamique.

Ironie du sort : alors que la tribu aurait bien eu besoin d'un cousin grand avocat, le plus médiatique est occupé chez le jeune à abattre. Cela s'appelle en hassania mouchkileu...

VLANE

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