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un grain de sable pour secouer la poussière...

​Kouch : ébauche d’un compromis par Isselkou Ahmed Izid Bih

Samedi 21 Janvier 2023 - 20:21

À la veille d’échéances électorales cruciales, spécialement au niveau de la populeuse et lointaine wilaya du Hodh Charghi, la Moughataa d’Adel Bagrou, fraîchement dessinée sur la carte du vaste Kouch, semble éprouver de réelles difficultés à se dégager de la tutelle politique de sa sœur aînée, Amourj dont elle faisait administrativement partie intégrante, et ce depuis l’indépendance du pays. 

1- Aperçu rétrospectif 

Pour appréhender au mieux la spécificité politique de Kouch, un “flash-back” s’impose ; à l’indépendance du pays et sur instruction de son premier président, feu Mokhtar Ould Daddah, il a été enjoint aux leaders tribaux de Couch de bâtir, ex nihilo, le nouveau chef-lieu du “département” d’Amourj ; ce qui fut fait, via une sédentarisation rapide (presque forcée) des chefferies traditionnelles. À ses débuts, Amourj représentait ainsi la ville la plus “aristocratique” de Mauritanie... Certaines de ces chefferies avaient dû quitter leur espace  traditionnel de nomadisation, pour participer à la fondation de la nouvelle ville “nordique”, loin de leurs contribules restés (justement) dans les environs de ce qui n’était, à l’époque, qu’un modeste hameau à la fameuse foire hebdomadaire, Adel Bagrou ; quelques unes de ces chefferies comptaient des partisans au-delà, bien en profondeur du territoire malien. En moins d’une décennie, le petit hameau improvisé se métamorphosa miraculeusement en un incontournable noeud commercial suractif, puis en une ville tentaculaire, “faisant l’ombre à“ Amourj, l’aristocrate qui était à la peine d’entretenir le désormais trop grand “château politique” départemental... 

Tant que Kouch était politiquement uni, un tel hiatus géographique et économique était “gérable”, tant bien que mal, par les différents leaders traditionnels locaux, et ce malgré le désir, maintes fois réitéré par un nombre grandissant des habitants d’Adel Bagrou, de se défaire de la tutelle administrative d’Amourj. 

Toujours dans le dessein d’expliquer sommairement l’évolution politique de cette partie du pays, il conviendrait de noter la présence ancienne de grands ensembles humains, traversés, depuis l’ère coloniale -et parfois bien avant, du temps de l’Émirat arabe d’Aoulad M’Barek ou de l’Empire médiéval du Ghana- par les lignes de fracture communes à toute la société au Hodh, mais aussi par des dissensions spécifiques, héritées des conflits plus récents. En plus de tels ensembles humains, il existe une myriade de sensibilités sociales, constituée,  en partie, à la faveur de cette lente et inexorable descente méridionale de certaines populations, sous la pression de la sécheresse endémique, et qui, aujourd’hui, représente une dimension démographique clé, pour saisir, un tant soit peu, l’alchimie électorale au Kouch. 

2- Modus vivendi

Avec le nouveau découpage territorial, un aggiornamento politique s’imposera immanquablement à tout un chacun. Il est souhaitable, qu’une telle adaptation se fasse de manière intelligente et dans la bonne entente. 

D’un point de vue démocratique, la quadrature du cercle consiste, pour l’élite actuellement aux manettes politiques locales, à respecter certains équilibres traditionnels, tout en assurant une représentativité équitable pour tous les segments sociétaux, à l’aune d’une arithmétique électorale actualisée ; il y va de la justice dans l’absolu, mais, plus prosaïquement, de la cohésion au sein de majorité présidentielle et de la concorde sociale, en général.

     En totalisant, à lui seul et pour la première fois, quatre députés et huit maires, Kouch connaît, paradoxalement, un émiettement politique inégalé dans son histoire politique récente.  En effet, au lieu d’intérioriser la logique du tout nouveau découpage administratif qui - la perfection n’étant pas de ce monde- a tout de même l’irréfragable mérite de respecter l’équilibre d’antan, entre les groupements (Mahsar) occidental et oriental, et semble répartir les postes électifs sur des bases sociologiques bien identifiables, la quasi-totalité des acteurs politiques locaux donne l’impression de raisonner comme si ce découpage n’a tout simplement pas eu lieu, et continue ainsi à vouloir “ne rien lâcher, nulle part”, sans parler des nouvelles convoitises suscitées par le redimensionnement favorable du “gâteau” électif local. C’est malheureux, car l’augmentation significative des postes électifs aurait dû engendrer un modus vivendi politique, susceptible de stabiliser la carte politique ; une telle stabilité est vitale, eu égard aux défis majeurs auxquels cette partie du pays est confrontée...

    D’un point de vue concret, quatre alliances électorales se réclamant de cette majorité, fourbissent aujourd’hui leurs armes politiques, in situ et à Nouakchott, pour maximiser leurs chances de voir l’un des leurs remporter un poste de parlementaire ou de maire. Loin des attitudes rétrogrades, des postures rigides et des ambitions démesurées, le sens du compromis doit devenir le maître-mot, au sein de la majorité ; ceci recommande, d’ores et déjà, de “flécher” un siège de député au profit de chacune de ces alliances et de choisir les maires de manière à asseoir le consensus politique local et corriger les différentiels d’audience entre les quatre alliances, dans le cadre d’une transition politique qui passerait sous silence le nouveau découpage administratif, du moins pour les prochaines échéances électorales et en attendant que le “cordon ombilical” entre les deux Moughataa jumelles soit coupé, sur le plan politique. C’est à ce prix seulement, qu’il sera procédé au bouchage hermétique des interstices politiques qui séparent artificiellement les composantes du camp présidentiel, présentant ainsi un front soudé, face aux éventuelles velléités politiques adverses...

    Modulo une adaptation d’éléments narratifs, il est fort probable qu’un tel plaidoyer mérite d’être médité par certains acteurs politiques dans d’autres Moughataa du pays, pour défendre efficacement la stabilité du pays, dans l’unité ; l’incertitude grandissante sur le double plan régional et international y invite instamment.

Isselkou Ahmed Izid Bih
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