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un grain de sable pour secouer la poussière...

Vu à Nouakchott aujourd’hui…

Mardi 25 Avril 2017 - 23:56

Réveil aux aurores, journée chargée : réparer la voiture.  C’est toute une aventure car la panne est mystérieuse.  Plusieurs électriciens consultés, ça tâtonne, ça prend la tension du patient, ça regarde, ça veut faire des branchements directs : je refuse.  A cela s’ajoute un nouveau bruit métallique indéterminé quelque part au niveau des pneus. C’est sérieux, il arrive que la roue décide de poursuivre sa route sans la voiture.
 
Par miracle, je connais un maître mécanicien, celui qui a réglé toute la 404 Peugeot. Il est matinal. 08H30 je l’appelle, par miracle il est dans le quartier. Il m’apprend que notre électricien est au Sénégal. ça commence bien. Des jours pareils vaut mieux rester au lit. Au verra plus tard pour le démarrage qui fait des siennes chaque matin.
 
Avant de démarrer, le mécanicien essaye de secouer la roue pour voir si elle tient sans s’étonner que le poids de la voiture la retienne au sol et qu’il faudrait peut-être faire intervenir le cric pour voir si la roue compte se faire la belle.  Il me rassure.
 
On roule, le mécanicien tend l’oreille, entend le bruit métallique, demande que j’accélère, je m’exécute avec en tête que la roue peut sortir à tout moment. Il me demande de braquer pour scanner le bruit. Le diagnostic tombe : ce n’est rien de méchant, peut-être juste les roulements. Il retourne à sa voiture et je le suis sans trop accélérer car les conseilleurs ne sont pas les payeurs.
 
Route de Nouadhibou 9h. Pas pris de petit déjeuner, une envie de salé. Mon voisin, monsieur TV, a dit que le type qui rôtit de la bonne viande d’agneau le matin est de retour dans un petit trou du quartier connu des seuls habitués. J’y passerai en laissant la voiture au garage.
 
Sur la route, un accident de plus. Quand on regarde la disposition des voitures, on a beau imaginer toutes les trajectoires, on se demande bien comment cela a pu arriver. C’est oublier de quoi sont capables nos compatriotes.
 
En face, des policiers avec des carnets arrêtent les 4X4 et les camions. Un jeune arrive dans une Range, fait mine de répondre au geste du policier puis accélère, laissant là le policier et son sifflet. Il siffla deux fois pour l’honneur puis il regarda ailleurs.
 
Carrefour du ministère du pétrole, on tourne à gauche, une pagaille monstre, des taxis partout qui s’arrêtent n’importe où, il faut dire aussi que c’est l’entrée  des urgences en matière cardiaque. Il faut croire que c'est l'hécatombe ce matin. 4 rangées de voitures sur deux voies. On avance l’œil partout, on accélère à peine, on freine souvent. Les voitures fatiguées font la loi, les autres les évitent.
 
Enfin on tourne vers la Soboma et bientôt vous voilà dans un petit endroit où il y a mille garages, c’est-à-dire des petits terrains avec des carcasses où les génies de la mécanique s’affairent pour régler des problèmes quotidiens de citoyens qui payent mal et veulent la pièce la moins chère installée au plus vite. Il faut dire qu’à cette école, les mécaniciens ne sont pas des enfants de chœur.  Client ou garagiste, chacun répercutera le coup tordu qu’il a subi sur le premier pigeon.
 
Pour ma roue, ce n’est rien, un roulement à trouver au Ksar  où l’on vend les pièces « d’origine » car tout autour c’est soit chinois soit « arrivage » soit du recyclage de voitures désossées. Mais même là le roulement est rare tellement la demande est sérieuse. Le vendeur me sort deux roulements neufs mais pas de première jeunesse. Il reconnaît qu’ils ne sont pas dignes de sa boutique qui vend des pièces d’origine.
 
Il donne un coup de fil et me dit d’attendre ça vient. Au bout d’une heure, après mille coups de fil au type censé être sur la route, soudain apparaît un petit personnage tout maigre, les traits tirés qui sort d’un tissu ce trésor que tout le monde cherche : les roulements d’origine. 
 
A mon regard il a compris que je n’étais pas impressionné car ils étaient plus fatigués que ceux de la boutique. Je lui donne un dédommagement équivalent au petit bénéfice qu’il comptait faire vu que le vendeur m’avait annoncé son prix et le laisse repartir avec le sentiment de l’avoir humilié malgré moi.  Un petit gain acquis avec la gloire de trouver l’introuvable rend plus fier que la même somme venant d’un client pas intéressé.
 
Quant à la panne électrique, c’est une autre affaire. A quelque chose malheur étant bon, l’absence de mon électricien me permit de faire la connaissance d’un autre plus âgé avec une expression de roublard mais avec au fond de l’œil l’éclat de quelqu’un qui aime son métier et sait de quoi il parle.
 
Sachant que c’était l’occasion pour lui de gagner un client qui semble du Nord, il ne s’est pas contenté de remplacer la pièce qui selon lui était défectueuse, il estima que le mieux est d’aller au Ksar au rayon recyclage car on y dit trouve des « relais » de Corolla, les meilleurs pour ce genre de chose.
 
Nous voilà au Ksar dans les petites ruelles de la misère mécanique. Un endroit cauchemardesque où la moindre pièce de dernière main est un trésor car elle dépanne. Je trouve dans cette caverne d'Ali Baba, un bouchon de direction d’origine mais nulle trace du relais car tout le monde se les arrache.
 
On finit par trouver la pièce après une heure à zigzaguer dans ce monde terrible où les premières pluies envoient tout ce beau monde au chômage technique tellement c’est inondé sur un terrain déjà couvert d’huile.
 
 

On retourne au garage mettre les roulements et le relais. Pendant que les maîtres réglaient mes problèmes mécaniques, je regardais un chien du quartier avec un regard que je n’ai jamais vu chez ce noble animal. La tête le long du sol, il semblait regarder devant mais en fait il ne regardait rien car il n’y avait rien à regarder pas même ce tas de poubelles où seules les chèvres espèrent débusquer un morceau de carton.
 
Il était tout simplement déprimé, il semblait en avoir assez de cette vie de chien dans ce quartier. Une vie de chien dans une république islamique où les chiens reçoivent des projectiles toute la journée et en plus de la faim, trouver une goutte d’eau devient de plus en plus galère.
 
Pendant ce temps, un autre chien lui léchait les oreilles dévorées faute d’un vaccin de véto. Un autre chien plus loin profitait d’un peu d’ombre derrière une porte du garage, un mécanicien qui venait de terminer ses ablutions avec un peu d’eau dans une petite bouteille en profita pour se servir du reste pour le jeter sur le chien pour qu’il aille plus loin à l’heure de la prière.
 
Le chien connaissant son maître qui lui refusait ce titre, resta là sans bouger ou presque : il amorça un geste pour fuir ne sachant pas ce qu’il recevrait et sachant surtout que rien de bon ne vient d’un pareil regard, puis ayant reçu un peu d’eau, il comprit que c’est une tendresse.
 
Mon problème mécanique réglé, c’était trop tard pour l’agneau au four traditionnel. A cette heure, il ne resterait plus les nobles morceaux. J’ai repris la route de Nouadhibou, cette route de 6 voies sans rien de prévu pour séparer les deux sens.  Le jour c’est dangereux mais la nuit c’est la route de la mort.
 
Une pensée aux responsables qui ont construit cela à grande vitesse pour recevoir les arabes sans penser ensuite au danger qu’affrontent les citoyens. Ils ont osé mettre des passages cloutés n’importe où et pas seulement aux feux.
 
Bilan, les piétons  terrorisés traversent l’œil partout…

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