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Tasiast: Sous la brillance de l’or, le bras de fer…

Jeudi 13 Juillet 2023 - 21:35

« Kinross mérite des remerciements pour sa confiance accordée à la Mauritanie », a affirmé le ministre du Pétrole, des Mines et de l'Énergie, Abdessalam ould Mohamed Saleh, mettant en exergue l’importance de la présence du minier canadien pour attirer l’investissement de nouvelles sociétés extractives dans notre pays. Mais ces déclarations viennent tempérer de précédentes qui qualifiaient l’accord avec la société canadienne de « regrettable ».

Ould Mohamed Saleh a tenu ces propos, le lundi 14 Juin dernier, en réponse à une question orale posée par un député au Parlement. « La société a transféré des expériences utiles aux cadres mauritaniens qui y travaillent », a-t-il ajouté, soulignant l’existence de « pourparlers engagés avec elle en vue de surmonter les insuffisances constatées ». Deux semaines auparavant, le ministre qualifiait en effet de « regrettable » l’octroi à Kinross d’une licence d’exploitation de la mine de Tasiast, rappelant que la Mauritanie avait d’abord accordé, en 2007, la licence à Red Black Mining, une petite entreprise canadienne, avant que cette dernière ne la vende, trois ans plus tard, à la puissante société contre 7,5 milliards de dollars.

« Le gouvernement actuel a hérité cet accord et essaie de le corriger autant que possible pour le bien de la population, sans nuire à la réputation du pays et sans causer de problème politique ou diplomatique », avait-il ajouté au cours de la séance des commentaires consécutifs au Conseil des ministres du 2 Juin dernier. « Ces accords avec Kinross Tasiast sont antérieurs au régime actuel », avait-il alors rappelé, « le gouvernement est tenu de les respecter mais il œuvre pour qu’aucune des deux parties ne soit lésée », avant de souligner qu’entre autres concessions et « grâce à la récente modification de la méthode de calcul de la redevance basée sur le prix de l’or, la Mauritanie empochera à terme, 6,5 % au lieu des 3 % fixés par le précédent accord ».

 

Royalties réévaluées

 

Conditionnée au franchissement du cours mondial de l’or au-delà de 1800 $ l’once, cette revalorisation des royalties place enfin les profits de la Mauritanie au rang de ceux ordinairement enregistrés en d’autres pays de la région, à l’instar, par exemple, des 5% que Kinross accordait déjà en 2016 au Ghana. La présence désormais assurée de deux observateurs de l’État mauritanien au sein du conseil d’administration de Tasiast-Mauritanie est en outre de nature à pacifier les relations de Kinross avec celui-là mais on est encore loin cependant d’un accord « équilibré » dont se vante le PDG du minier canadien, Jean-Paul Rollinson.

Il avait fallu batailler dur pour faire passer le taux des effectifs mauritaniens de Tasiast-Mauritanie de 90% en 2017 à 97 % en 2021 et il reste à gravir de nouveaux échelons supérieurs, actuellement trustés par le géant canadien dans la conduite de la gestion des ressources aurifères de notre pays. Signes de la permanence de cette tension, en dépit des déclarations apaisantes de monsieur Abdessalam ould Mohamed Saleh, relayées par Tasiast, les pointillés relatifs à un accord définitif sur la fondation de Tasiast-Sud, une nouvelle société locale attachée à l’extension de la mine actuelle. Celle-là reste suspendue à la concrétisation de la lettre d’intention paraphée en juin 2020, situant à 15% la part de capital qu’y détiendrait l’État mauritanien, avec option d’achat de 10 % supplémentaires, et participation en son conseil d’administration d’un administrateur et d’un observateur nommés par Nouakchott. Sous la brillance de l’or, le bras de fer…

Avec cependant un bémol de taille : quoiqu’on n’ait plus guère de nouvelles de l’enquête lancée il y a une dizaine d’années par le gendarme de la Bourse américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC) et le département américain de la Justice (1), la poursuite du procès de Mohamed ould Abdel Aziz laisse en filigrane l’hypothèse d’un chambardement des relations entre Kinross et le système mauritanien toujours au pouvoir apparemment. Aussi peu probable soit cette éventualité – Qui en effet aurait intérêt à la voir se développer ? – elle alimente plus certainement en sous-main les discussions : comme le rappelle un fameux dicton du monde des échecs, la menace n’est-elle pas pire que l’exécution ?

 

Ben Abdalla 

 

(1)Voir https://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/10/04/mauritanie-le-geant-minier-kinross-dans-le-viseur-des-autorites-americaines_4782189_3212.html

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