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un grain de sable pour secouer la poussière...

Ripostes africaines à la désertification

Dimanche 7 Août 2022 - 23:50

Quand la Mauritanie ment à ses bailleurs et trompe le monde


 Note d’alerte, août 2022

De quoi s’agit-il ?

Au moment où la Cop 15 se tenait, à Abidjan, du 9 au 20 mai 2022 sous le titre « Terre. Vie. Héritage : de la rareté à la prospérité », la République islamique de Mauritanie résiliait, de facto, ses engagements auprès du Comité permanent inter-états de lutte contre la sécheresse dans le sahel (Cils) et annulait, alors, sa contribution à la Muraille verte, projet de restauration des écosystèmes végétaux, qui devrait relier le Sénégal à Djibouti sur environ 8000 km de reboisement.

Ce n’est pas la première trahison du genre. Au moins une fois l’an, un scandale similaire éclate, sans conséquence pour les auteurs de braconnage et leurs affidés. Ici, prospère une économie informelle qui rétribue chaque protagoniste, à la mesure de sa nuisance : le chef de communauté tribale, maître de la tenure traditionnelle, donne son accord aux prédateurs, en contrepartie d’un forfait de rémunération. Il achète, ainsi, le silence des siens. Ici, il n’est pas question de responsabilité extérieure ni d’impérialisme. De bout en bout du récit, les Mauritaniens s’avèrent être les acteurs exclusifs de leur faillite. Les preuves ne manquent. Il suffit de traverser la commune de Chami (nord littoral) pour croiser, au bord de la route, des monceaux de charbon, voués à l’usage des orpailleurs ; leur exposition, au grand jour, défie le moindre contrôle de salubrité.

Dès après le remaniement du gouvernement en date du 31 mars, une vague sans précédent d’abattage d’arbres s’est emparée du pays. Là où la ministre sortante de l’Environnement et du développement durable s’obstinait à rétablir un minimum de garde-fous devant l’avidité des commerçants et braconniers, les haches, scies et autres incendies volontaires ne cessent de ravager le peu qui reste de la flore et de la faune, dans l’Est et le Sud, jusqu’aux confins du Mali. Le départ de Mariem Bekaye sonne le glas des politiques publiques en matière de préservation des ressources de la nature. Même si l’ampleur de la prédation n’épargne aucune des régions de la Vallée du fleuve Sénégal, c’est bien en Assaba, fief du Président de la République, que le dégât, récurrent depuis des décennies, gagne en visibilité.

L’obstacle à une prise de conscience des enjeux de la désertification résulte, non seulement, de l’indifférence de la société mais aussi des lacunes, d’un niveau élémentaire, au sommet de l’Etat : Beaucoup de décideurs et une majorité de l’opinion ignorent les notions d’évaporation, de constitution de nuages et de précipitation selon la densité de la verdure, en dessous. A leurs yeux, il pleut, au hasard ou à la suite d’un concert de supplications dévotes.

Le processus

Le ministère de tutelle ou l’un de ses démembrements consacre l’autorisation de piller la savane d’épineux, à titre exceptionnel et en délimite la durée, selon une licence d’exploiter dite « patente ». Une fois l’ultime touche de légitimité acquise grâce au consentement de la chefferie, le stade primaire de la déforestation commence ; il consiste en une coupe radicale, à la base du tronc. La plante ne se ne regénère plus. Ensuite, des centaines d’ouvriers, sur commande du détenteur de l’indulgence féodale, érigent des buchers appelés « fours » et y amoncellent des milliers de stères, avant de procéder à l’enfouissement des braises, afin de les éteindre au milieu de la combustion.

Les végétaux crus et les souches de racines n’échappent à la rapine. La marchandise est prête. Les camions de transport prennent le relai, en convoi, à destination de l’acheteur final. Du visa verbal du notable, à l’exécution sur le terrain, en passant par la traversée du territoire, chaque maillon de la chaîne reçoit son dû. Les agents des Eaux et forêts engrangent l’essentiel des commissions. Comme aux autres échelons de l’ensemble des départements ministériels, le système de corruption relève de la prime hors-salaire. Le personnel de l’Etat se paie sur la bête, en la tondant, à souhait.

Sitôt leur forfait commis, les vendeurs, à destination des grandes villes, chargent des dizaines de semi-remorques, à ras bord et souvent au mépris du code de la route et des standards du pesage. La cargaison, non dissimulée, traverse la nationale de l’Espoir avant d’atteindre Nouakchott et Nouadhibou, les deux principales cités, par le nombre d’habitants. Du désert continental au littoral, les chargements illicites parcourent plusieurs postes de contrôle de la gendarmerie, de la police et des douanes. Certains stocks destinés à la vente en gros atteignent le Maroc. Sur les axes de moindre trafic automobile au Trarza, Brakna, Gorgol et Guidimakha, la razzia n’a jamais cessé et perdure, en août 2022.
 
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La géographie de la dévastation en cours couvre un vaste périmètre de localités, de sorte qu’aucun protagoniste ne saurait se prévaloir du manque d’information : 1 Commune de Blajmile Hay Bedden, Hartane, Salam, Elbeghwi, Adlegane, Lekweiss, Lekhtout, Oum Lekhnafer, La’ataychane, Atil. 2 de Hamoud : Ezraa, Aïn Eteïss, Echweighra Bagdad (Elmouzigh, Elhebabiya. 3 d’Elmelgua : Fentel, Eneiznaz, Lefcheich, Gueiguih, Echtib, Etweimiret Arr, Gourmel, Elmebrouck. 4 d’Aghawrat : Kendel, Abreïriz, Oum Louba’ar, Bouguari, Legleib Lazragh. 5 de Legrane : Legrane, Etessane, Leghweiregh, Egreiguette El’atchane, Oudhoune Lefrass, Meïl, Emssil Ennakhla, Edebay Messaoud, Boukhcheb, Lemzaïmett, Oum Lehmir. 6 de Tenaha. 7 la totalité d’Elmentfakh. 8 Périphérie de Barkéol, dans l’Aftout.

Les images, nombreuses du saccage témoignent d’une série d’infractions, commises, devant témoins, en présence de l’administration locale, des mairies et de la population. En dehors des récriminations de la part d’écologistes locaux, en particulier l’association « pour une Mauritanie démocratique et verte  », l’acte de destruction rencontre une quasi-indifférence des citoyens, à l’exception, remarquable, de la communauté Oulad Leghweizi au cœur de l’Assaba. En vertu d’un déterminisme vertueux qui le singularise, le groupe s’oppose, sur ses terres, à la dégradation observée alentour.

L’Ong BiodiverCités et le Parti mauritanien pour la défense de l’environnement (Pmde) se taillent, également, une notoriété, à force de constance. En revanche, le Parlement et l’Exécutif ne réagissent encore aux accusations documentées dans la presse, bien en amont de la présente note. Parmi les victimes étrangères de la fraude et du déni officiels, l’on compte surtout des entités en relation avec l’Union européenne (Ue), au travers de l’Alliance mondiale contre le changement climatique (Amcc).

Comment fonctionne la machine du faux ?

Aujourd’hui, il est permis d’établir que les autorités de la Mauritanie tolèrent la violation de leurs propres lois et induisent en erreur les partenaires stratégiques, selon les méthodes de dissimulation et de double langage qui caractérisent la gouvernance de la ruse : presque dans la totalité des domaines d’intérêt général, l’exploit consiste à toujours signer et ratifier, donner le maximum de gages, participer aux colloques internationaux, présenter des rapports de circonstance  mais ne rien changer, tout en poursuivant la récolte du maximum de fonds, afin de les gérer-détourner sans interférence ; les prétextes fallacieux de la souveraineté et de la non-ingérence contribuent à atténuer la vigilance des donateurs.  Nombre d’entre ceux-là tombent dans le piège du chantage au colonialisme ; lassitude et cynisme aidant, ils finissent par fermer les yeux et deviennent coupables de recel.

La Mauritanie ment à ses amis et bailleurs de fonds, avec une effronterie telle que toute institution crédible de sauvegarde de l’environnement devrait cesser de lui apporter soutien et assistance, sous peine de cautionner l’irréversibilité de la prédation, sur le patrimoine d’un pays tiers : les futaies d’épineux et même les pousses de buissons alimentent le commerce du bois de chauffe. Des milliers d’hectares d’essences sahéliennes partent en fumée, pour des raisons mercantiles et la biodiversité se consume. Il s’ensuit la cendre, le sable-roi, la chute de la pluviométrie, le stress hydrique, l’érosion des sols, la sécheresse et la famine. La pauvreté et le défaut de compétences techniques ont bon dos quand ils justifient tant d’imprévoyance, comme une excuse sans appel. Qui répondra, demain, de tels forfaitures et devant quel tribunal ? Voici l’interrogation à laquelle le gouvernement de la Mauritanie et ses alliés extérieurs ne peuvent plus se soustraire…

Conclusion
Il découle, de la situation décrite plus haut, l’atteinte flagrante aux droits économiques et sociaux des plus vulnérables, en l’occurrence la main d’œuvre de la ruralité, agriculteurs et pasteurs indistincts. Sur les images qui illustrent le propos, le lecteur notera la présence de branchages verts d’acacias prosopis, en provenance de la « ceinture verte de Nouakchott », un dispositif coupe-sable, mainte fois dépassé par l’urbanisation de la capitale, vers le nord et l’est. La « ceinture verte », depuis des décennies, aura coûté, aux bailleurs de fonds, des millions de dollars. Un tel gâchis n’aurait pu s’étaler sur une si longue période, sans la complicité des partenaires extérieurs, à la fois payeurs et pigeons puis placés devant le fait accompli, en connaissance de cause. Pourtant, un fonctionnaire mauritanien de l’Union mondiale pour la nature (Uicn) lançait l’alarme,://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https:/www.sifee.org/static/uploaded/Files/ressources/actes-des-colloques/quebec/seance-simultanee-3/3_DIAGANA_comm.pdf depuis fort longtemps….
 
Le lien de l’article : https://laariminfo.over-blog.com/2022/08/quand-la-mauritanie-ment-a-ses-bailleurs-et-trompe-le-monde.htm
 
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