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Opposition léthargique : Effet Ghazwani ou effet COVID ?

Jeudi 7 Janvier 2021 - 11:37

Opposition léthargique : Effet Ghazwani ou effet COVID ?

L’opposition mauritanienne, on ne le dira jamais assez, est plongée dans une bizarre léthargie depuis la dernière élection présidentielle qui porta à la tête du pays un général ayant tronqué la vareuse contre le costume-cravate, dans le sillage de son ami et frère d’armes durant une quarantaine d’années. Les observateurs et divers acteurs politiques ne cessent de s’interroger sur l’avenir de cette opposition. Suite au récent communiqué des partis représentés à l’Assemblée nationale condamnant l’attitude du gouvernement vis-à-vis du dossier Arise, fort controversé et épinglé par le rapport de la Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) sur la décennie de règne de l’ex-Président Ould Abdel Aziz, on s’attendait à l’annulation du contrat avec cette entreprise inconnue, sinon une renégociation incluant les hommes d’affaires et les syndicats. Orle gouvernent continue à jouer dans l’opacité, alors qu’il clame sur tous les médias la transparence en maître-mot de sa gouvernance. Et l’opposition reste murée dans un silence troublant. Effet Ghazwani/Aziz ou, tout simplement, effet COVID-19 ? La question mérite d’être posée.

 

Démocratie  ternie
 

Pour conquérir le Palais, Ghazwani avait à affronter plusieurs candidats de l’opposition mauritanienne qui n’avait pas pu ou su s’entendre autour d’une candidature unique face au joker des militaires, autrement dit : du pouvoir. « Réunis » au sein du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU), un conglomérat de partis politiques, idéologies parfois opposées, syndicats de diverses obédiences et autres personnalités dites « indépendantes »,les leaders de cette opposition n’ont fait qu’étaler, durant des mois, leurs divergences au grand jour et à la grande satisfaction du Président sortant. Ould Abdel Aziz s’était presque juré de mettre à genoux cette opposition qui avait eu le culot de lui polluer ses deux mandats et, surtout, de s’opposer à « son »troisième mandat. Pour maintenir les acquis de décennies de combat et l’unité de l’opposition, certains de celle-ci penchaient pour une candidature interne ; d’autres une candidature indépendante, espérant éviter l’éclatement du FNDU.          Mais ce qui devait arriver arriva : le FNDU éclata ;les uns accourent se positionner auprès du candidat des militaires, d’autres, comme Tawassoul, annonçaient leur soutien à un inattendu candidat indépendant, Sidi Mohamed ould Boubacar ;Biram Dah Abeïd bénéficiait de celui de Sawab ; et Kane Hamidou Baba était désigné par la Coalition Vivre Ensemble (CVE), à dominante négro-africaine.
 

Un tel éparpillement a joué en faveur du candidat du pouvoir, attirant à lui plusieurs opposants lassés de traverser le désert et de subir, toute une décennie, les foudres de Mohamed ould Abdel Aziz qui n’avait n’a rien ménagé pour ruiner les hommes d’affaires ayant eu la témérité de s’opposer à lui. Ceux-là fondaient l’espoir de sortir de l’auberge avec le candidat-marabout Ghazwani vite paré de modération, mesure et ouverture, surtout au lendemain de son discours d’investiture du 1erFévrier 2019.L’homme de l’ombre d’Ould Abdel Aziz donnait espoir. Ce fut quasiment le deuxième genou à terre de l’opposition. Elle perd l’élection qui suit et certains de ses candidats cesseront  de contester ses résultats.
 

Ayant subi plusieurs coups de son supposé mentor Ould Abdel Aziz pendant la campagne présidentielle, avant de gagner, contre celui-ci, les batailles autour de la référence puis du congrès  de l’UPR, le nouveau président Ghazwani cherche, non sans succès, à pacifier l’arène politique en tendant la main à tous les acteurs politiques, y compris de l’opposition dont les leaders sont désormais reçus au Palais. Au sortir de leur première rencontre avec le nouveau raïs, presque tous saluent sa « pondération », « son ouverture d’esprit », « sa capacité d’écoute et disponibilité à travailler avec tout le monde ». De nouveaux éléments de langage émergent ainsi, avant ceux que viendront imposer la pandémie COVID. Profitant de cette dernière, Ghazwani parvient à établir un consensus autour de son gouvernement. Un front de partis de la majorité et de l’opposition représentés à l’Assemblée nationale se constitue et Ghazwani prolonge son délai de grâce…tandis l’opposition s’enfonce dans l’oubli et que se ternit en conséquence la démocratie mauritanienne.

 

Période de grâce par défaut ?
 

Le nouveau Président continue à gouverner avec quasiment un seul opposant : son prédécesseur Mohamed ould Abdel Aziz, remis sur le devant de la scène par la CEP mise en place par l’Assemblée nationale, fin-Janvier 2020. Une première dans un pays gangrené par la corruption où piquer dans les caisses de l’État n’est pas un crime mais relève plutôt de la bravoure. La CEP a pour objectif d’’enquêter sur la gestion des dix ans de règne de l’ex-Président. Impliquant plus de trois cents personnes, cette enquête soulève un immense espoir au sein de l’opinion qui s’interrogeait de manière exponentielle sur tant de richesses douteuses, palais et autres patrimoines soudains. Laquelle opinion avait apprécié, à l’instar de divers leaders de l’opposition, le discours d’investiture du candidat Ghazwani qui évoquait sa volonté de lutter contre toutes les formes d’injustice, renforcer l’unité nationale et la cohésion sociale, fortement ébranlée depuis les années 87-90. 
 

Tous ces facteurs ont plaidé pour la prolongation de la période de grâce du marabout-président. Mais les fleurs peinaient – peinent encore… – à porter les fruits attendus. Certains n’avaient pas manqué de s’interroger, avant même la floraison, si l’ami de quarante ans et très confident d’Ould Abdel Aziz pouvait marquer une réelle rupture dans la gouvernance du tombeur de Sidi ould Cheikh Abdallahi. Légitime question, dix-sept mois plus tard, tant le changement fait défaut. Sur tous les plans : de l’économie au social, en passant par la diplomatie. Des manquements que l’opposition devrait dénoncer pour marquer son carré. Dommage pour les Nous-Z’autres, la COVID sert à tous d’alibi pour ne pas jouer chacun sa partition. Le gouvernement gouverne sans encombres, recycle, fait du neuf avec du vieux, maintient aux affaires des personnes épinglées dans le rapport de la CEP, après celui de la Cour des Comptes, tandis que l’opposition reste quasiment aphone. Sa demande de dialogue politique inclusif semble reléguée aux oubliettes. Ses leaders les plus charismatiques se sont tous tus, pour ne pas dire aplatis. Pour quelles raisons ? À défaut de réponses claires, faut-il se contenter d’espérer, à la suite du président Messaoud répondant, dans une récente interview au Calame, à une question sur l’avenir de l’opposition, que « l’opposition saura se retrouver » ? L’espoir fait vivre et, aussi risqué soit-il, le pari est donc lancé…
 

Dalay Lam

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