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Mohamed ould Ahmed Tolba, économiste, spécialiste en éducation : ‘’Le système éducatif est incapable de réagir aux alarmes qui auraient dû déclencher un état d’urgence’’

Jeudi 11 Juillet 2019 - 14:12

La question de l’éducation constitue un véritable casse-tête. Tous les avis sont unanimes : ça ne va tout simplement pas. C’est pourquoi les six candidats à la dernière présidentielle ont tous pris des engagements, forts, à tout mettre en œuvre pour réformer notre système éducatif national. Aujourd’hui qu’il est définitivement élu à la magistrature suprême, Mohamed ould Cheikh Ghazwani devra en faire un de ses plus grands chantiers. En cette perspective, le Calame a donné la parole à Mohamed ould Ahmed Tolba, économiste, spécialiste en éducation, ancien fonctionnaire de la Banque Mondiale et ancien attaché au cabinet du Premier ministre, dans les années 90.

 

Le Calame : Quels sont, selon vous, les problèmes structurels dont souffre le système éducatif national ?

Mohamed ould Ahmed Tolba : J’en citerai, d’emblée, le plus important à mon avis : l’incapacité du système éducatif à réagir aux alarmes. Si vous ne réagissez pas aux alarmes, soit vous êtes sourds et aveugles, soit vous êtes inconscients ; mais, dans tous les cas, vous courez des risques mortels. Il y a de vraies alarmes qui empêchent ceux qui pensent au devenir de nos enfants de dormir, depuis longtemps. J’en citerai quelques-unes :
 

  • Les deux tiers des enfants issus des ménages les plus pauvres quittent l’école avant la 6ème  année du Primaire, s’ils y sont jamais entrés, sans avoir acquis les bases de la lecture et du calcul qui leur permettraient de jouir de leur potentiel et seuls 5% d’entre eux arrivent en fin de collège. C’est l’enquête sur les conditions de vie des ménages, organisée, tous les quatre ans, par le gouvernement qui le révèle. Où est l’ascenseur social ?
  • Les enfants des classes moyennes ne vont plus à l’école publique, à cause de la pléthore des effectifs dans les classes, le manque et/ou l’absentéisme des enseignants et l’insalubrité des lieux. Où est l’unité nationale ?
  • La dernière fois que notre pays a participé à une évaluation régionale, pour se mesurer aux autres pays de la région ouest-africaine, c’était en 2004 et nous étions le dernier de la liste, derrière le Tchad. Où est la fierté nationale ?
  • Les résultats catastrophiques des examens nationaux et la détérioration continue du niveau des apprentissages. Où est la responsabilité ?
  •  

Il s’agit là, à mon avis, de vraies alarmes qui auraient dû déclencher, depuis longtemps, un état d’urgence. Comme il n’a jamais été décrété, à ma connaissance, cela veut dire qu’il y a dans le système, de sérieuses failles qui l’empêchent de détecter les alarmes et d’agir en conséquence. Concrètement, cela veut dire que les informations sur les performances du système ne sont pas collectées, de manière systématique et crédible, et mises à la disposition des décideurs à temps, pour une bonne prise de décision ; et/ou le décideur s’en fout éperdument ; mais, dans les deux cas, il y a un sérieux problème à résoudre. C’est un mal endémique dans les organisations faibles et inefficaces, qui n’est d’ailleurs pas propre au système éducatif mais qui revêt, pour ce dernier, un caractère plus qu’alarmant car il s’agit du devenir d’une nation et des individus qui la composent. Vous savez, l’éducation est importante, non seulement, pour ses aspects sociaux mais, aussi et peut-être surtout, pour l’économie.

La recherche est maintenant unanime sur la corrélation, significative, entre les potentiels de croissance économique d’un pays et la qualité de son système éducatif. Mais ce sont des découvertes relativement récentes. Les économistes furent longtemps incapables d’établir cette corrélation, parce qu’ils n’avaient, comme paramètre à leur disposition, que le nombre moyen d’années passées à l’école et ce nombre ne permettait pas d’établir cette corrélation. Or, les dernières décennies ont vu le développement, considérable, des instruments d’évaluation des apprentissages, de ce que l’élève apprend réellement, en rapport du temps qu’il passe à l’école. Les données issues de ces évaluations ont permis d’établir que ce qui importe, en termes d’effets du système éducatif sur la croissance économique, ce n’est pas le nombre d’années passées à l’école, mais la qualité de ce que l’élève y apprend.

Des évaluations internationales sont organisées régulièrement, comme PISA, pour les pays développés de l’OCDE, ou le PASEC, pour les pays francophones de l’Afrique subsaharienne. Ces évaluations sont prises très au sérieux par les gouvernements car elles leur donnent des indications appréciables sur la véracité des politiques éducatives mises en œuvre, au regard de leurs effets sur la compétitivité de leur nation, en comparaison avec ses concurrentes. Les résultats de ces évaluations sont aussi largement analysés par les économistes et spécialistes de l’éducation, dans une perspective de comparaison des systèmes éducatifs, afin de comprendre leurs failles mais, aussi, de déceler les bonnes pratiques qui permettent à certains pays d’exceller. Notre pays est malheureusement resté à l’écart de ce mouvement. La seule et dernière fois où il participa à une évaluation régionale, c’était au PASEC, en 2004. Les résultats obtenus n’ont pas été à la hauteur mais la réaction qui en a découlé est plus tragique. La non-participation à ces évaluations est une erreur stratégique car elle prive notre pays de se mesurer aux autres et de s’y améliorer. Je conseille, au Président élu, de donner des instructions fermes, pour que plus jamais notre pays ne rate une participation au PASEC. Une telle décision coûte beaucoup moins cher que les grandes kermesses organisées, chaque année, pour honorer les lauréats d’olympiades nationales et son effet sera sans aucune mesure de comparaison car elle obligera le système éducatif à s’ajuster, dans son ensemble, pour produire des résultats concrets, en termes d’apprentissage.

 

- Par rapport aux pays de la sous-région, estimez-vous que l’Etat accorde un budget suffisant pour l’accomplissement efficient des politiques et stratégies de conception, de suivi et de pilotage de ce secteur ?
 

- Il n’y a jamais de budget suffisant pour l’éducation. L’éducation coûte cher mais si vous pensez qu’elle coûte trop, essayer l’ignorance et vous découvrirez, trop tard à vos dépens, qu’il n’y a aucune mesure de comparaison entre les deux coûts. Mais il faut rester réaliste car l’Etat n’a pas que l’éducation à gérer ; d’autres domaines, peut-être aussi importants, sinon plus urgents ; compétissent pour l’argent public. Feu Habib Bourguiba demandait toujours, à son Premier ministre, de ne pas toucher à ses 30%, au cours des arbitrages budgétaires. « Mes 30% », comme il disait, formaient la part intangible de l’éducation, dans le budget général de l’Etat. Le Sénégal fait un peu moins que la Tunisie mais peut être qualifié d’Etat « dépensier » dans l’éducation.
 

Notre pays y consacre moins de 15% de son budget, beaucoup moins que la référence de 20% que le Président élu s’est engagé à atteindre et qui est, d’ailleurs, la recommandation du Partenariat Mondial pour l’Education, un fonds qui finance les plans sectoriels de l’éducation dans les pays en développement qu’il juge crédibles. Notre pays dépense peu en éducation, en comparaison des pays de la région, mais il dépense surtout mal car des pays comme le Togo ou la Sierra Leone dépensent moins que nous par élève et leurs performances sont nettement meilleures.
 

Je dirai que notre pays ne peut faire l’économie d’une augmentation substantielle de ses dépenses publiques d’éducation car le système n’a, tout simplement pas, de marge actuelle qui lui permette de décaisser des ressources cruciales à l’opération éducative, comme des manuels, des outils didactiques de qualité, des bâtiments fonctionnels, la formation continue des enseignants, la collecte et l’analyse des données sur les résultats et conditions des apprentissages. Pratiquement, toutes les ressources disponibles servent à rémunérer le personnel d’un département qui emploie quasiment plus d’un tiers des fonctionnaires de la fonction publique nationale. Ceci étant entendu que toutes les augmentations ne seraient d’aucun effet, si la rigueur, dans la gestion et la bonne gouvernance, n’est pas observée.

 

- Selon les dernières études, l’Indice du Capital Humain (ICH) est de 35% en Mauritanie. Merci d’expliquer, à nos lecteurs, ce qu’est cet indicateur. Quelles sont les variables qui entrent en jeu, dans son calcul ?
 

- Importante question qui va un peu dans le fil des idées que j’ai développées à l’instant, en ce sens que l’éducation n’est pas seulement un droit et un service social de valeur mais, aussi et peut-être surtout, qu’elle est au centre de la problématique de croissance économique et de distribution des richesses. Comme je l’ai signalé plus haut, la conscience de ce deuxième aspect est relativement récente chez les économistes. Elle dérive de notre capacité croissante à chiffrer les produits éducatifs et à les intégrer dans les modèles d’analyse économique. C’est dans ce cadre que la Banque mondiale a développé ce nouvel indice, en 2018, pour inciter les gouvernements à accorder une attention accrue à leurs systèmes d’éducation, de santé et de protection sociale.
 

Notre pays a un HCI de 35%, ce qui veut dire qu’en moyenne, un jeune Mauritanien de 15 ans sera productif à seulement 35% de sa capacité, s’il avait eu accès à une éducation de qualité et une couverture sanitaire décente. Pour schématiser, cela veut dire, concrètement, qu’un jeune est aujourd’hui privé de 65% de ses revenus objectivement potentiels, durant sa vie active, à cause de la faiblesse de l’éducation qui lui a été offerte et la médiocrité de sa couverture sanitaire, durant la petite enfance. Cela veut dire, aussi, que la collectivité nationale se prive d’un potentiel énorme d’améliorer le bien-être de ses individus et son patrimoine commun. C’est un énorme gâchis. Notre pays se classe 150ème sur 157 pays, devant la Sierra Leone, le Nigeria, le Liberia, le Mali, le Niger, le Sud Soudan, et le Tchad.  En tête de classement, se trouvent, bien évidemment, les pays de l’Asie du Sud-Est : Singapour, Corée du Sud, Japon, Chine, ceux de l’Europe du Nord et l’Australie.
 

Parmi les variables qui rentrent dans le calcul de l’ICH, notre pays ne fait pas mieux que les pays africains au Sud du Sahara, pour la plupart à revenu pourtant plus faible. Sur le reste, la survie des enfants au-delà de 5 ans et leur prise en charge, en termes de nutrition, santé et éducation préscolaire, le nombre d’années qu’ils restent à l’école et le niveau de leurs acquis scolaires, notre pays traîne loin derrière et bien en-dessous de ce que son revenu lui permet. Concrètement, cela veut dire que nos enfants continuent à mourir, en relative grande proportion, avant d’arriver à l’âge de l’école ; à souffrir, en bas âge, de retards de croissance qui les handicapent tout au long de leur vie ; à quitter l’école en masse, avant de compléter le cycle primaire, avec des risques élevés de se retrouver adultes analphabètes. Les adolescents sont, en majorité, hors de l’école et sans emploi ; ceux qui sont à l’école n’en sortiront pas avec des compétences significatives leur permettant de s’insérer dans l’économie et/ou de continuer leur parcours éducatif dans la vie adulte.

 

Dans son programme électoral, Mohamed ould Cheikh Ghazwani a promis de reformer l’éducation. Par où faudrait-il commencer ?
 

- Par des mesures urgentes, pour rétablir le système éducatif en de minimales conditions de fonctionnalité. Je pense, en particulier, à l’urgence d’en finir avec les nominations et affectations de complaisance, pour assouvir les besoins clientélistes des hommes d’influence, qui vident les classes des enseignants. Aujourd’hui, plus de 40% d’entre eux ne sont pas en classe : c’est un désastre ; surtout dans les zones rurales défavorisées où se multiplient les écoles « en veilleuse », terme consacré pour désigner les écoles sans enseignants. Il faut aussi mettre rapidement en place un statut motivant, pour les enseignants contractuels, afin d’attirer les jeunes diplômé(e)s capables d’enseigner et, incidemment, lutter contre le chômage des diplômé(e)s. Le but est qu’à l’ouverture prochaine, chaque classe ait un enseignant, dès le premier jour, et que les inspecteurs soient présents, pour s’assurer du fonctionnement normal de chaque école. Si cela est fait, c’est déjà un signal fort de ce que le changement est là.

Les ministres en charge de l’éducation devront aussi mettre rapidement en place un mécanisme de coordination, pour revoir et actualiser la planification sectorielle, en formulant clairement, sous forme de stratégies crédibles, les engagements du président de la République auquel je conseille d’avoir, comme boussole, l’amélioration de notre score sur l’Indice du Développement Humain et d’avoir, donc, un mécanisme de coordination entre les secteurs sociaux interdépendants à même d’assurer une prise en charge optimale des enfants, de la petite enfance à la fin de leur adolescence. Cette approche permettra, aussi, de se focaliser sur l’enseignement de base et d’insuffler une culture de l’évaluation des apprentissages, pour mesurer les progrès. En tout état de cause, la situation actuelle du système éducatif requiert de faire des choix très forts qui nécessitent, j’en conviens, une grande volonté politique capable de comprendre que, pour l’émergence d’une bonne école publique et républicaine, il faut beaucoup de ressources. Comme on dit : aux grands maux, les grands remèdes.

 

Quelles sont les stratégies et programmes de restructuration que vous lui proposez en ce sens ?
 

- Actuellement, il y a six ministères en charge de l’éducation : l’Education nationale et la FTP,  l’Enseignement supérieur, les Affaires sociales en charge de la petite enfance, les Affaires islamiques en charge des écoles coraniques et de l’alphabétisation, l’Economie et les Finances, enfin, qui assure la coordination du plan sectoriel de l’éducation. Dans un tel éparpillement, la coordination n’est pas possible. Le plan sectoriel n’est élaboré que parce que les partenaires techniques et financiers en font une condition de leur appui mais il n’est pas sérieusement élaboré et son appropriation, par les différents ministères, fait défaut.
 

Je conseillerai, au Président, d’avoir deux grands ministères en charge de l’Education. Chacun doté d’une stratégie propre, dépendant de la finalité qui lui est assignée, et les deux s’accorderont pour gérer les interfaces qui les lient. Un ministère de l’Education de base, plus tourné sur la demande sociale d’éducation, pour assurer une fourniture intégrée de services éducatifs aux enfants, du préscolaire à la fin du cycle secondaire.

Il aura la charge de l’enseignement primaire et secondaire mais, aussi, de la petite enfance et des écoles coraniques. Ces dernières devraient être arrimées au dispositif, pour s’assurer qu’elles sont répertoriées et obéissent à un minimum de standards, en ligne avec les objectifs éducatifs définis dans le plan sectoriel. Cela facilitera l’instauration de passerelles entre ces écoles et les écoles publiques,  avec des standards de qualité communs à tout le système d’éducation de base, pour s’assurer que tous les enfants ont accès à une éducation de qualité acceptable, y compris l’éducation coranique. Les programmes d’éducation des adultes seront aussi pris en charge par ce ministère, via une éducation de proximité fournie par les écoles supervisées par les comités de gestion. La finalité de ce ministère sera de doter les jeunes d’un corpus de compétences cognitives et socio-émotionnelles de base, leur permettant de développer à plein leur potentiel dans leur parcours éducatif post-secondaire et dans la vie active.
 

L’autre ministère sera tourné vers la demande économique en provenance des entreprises du secteur privé et des administrations. Il s’occupera de l’enseignement supérieur et de la formation technique et professionnelle. Sa finalité sera d’assurer la satisfaction de la demande de l’économie en compétences et la préparation des jeunes à l’emploi.

 

Que pensez-vous des établissements d’excellence ? Quelle évaluation faites-vous de leurs prestations ?
 

- Je suis de ceux qui ont plaidé pour le concept, dans le cadre de l’association des anciens élèves du lycée national que j’ai fondée, il y a quelques années, afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de fonder des ilots d’excellence susceptibles de tirer la qualité du système vers le haut, en termes d’éducation. Je crois que, globalement, c’est une bonne expérience, en ce sens qu’elle a permis, à des jeunes, certes pas nombreux et, le plus souvent, issus de milieux favorisés, d’exceller et d’arriver à des parcours inimaginables, il y a juste quelques années.
 

De la connaissance que j’ai de ces écoles, la seule véritable innovation est d’avoir mis les meilleurs élèves ensemble, dans des classes ne dépassant pas, je crois, trente-deux élèves, pris en charge par les meilleurs instituteurs et professeurs, tout en instaurant un climat de compétition en vue d’obtenir les meilleurs placements aux examens nationaux. Il y a là beaucoup d’iniquité car les meilleurs élèves qui sont, en général, censés réussir, de toute façon, dans des conditions moins avantageuses, sont mis dans de meilleures conditions que le commun de leurs condisciples. L’inverse aurait semblé plus logique. Mais, si c’est le prix pour relever le moral et insuffler une lueur d’espoir en ce que tout n’est pas perdu, je crois que cela en vaut le coût. Il n’y a qu’à voir toute la ferveur qu’a accompagnée la réussite de nos jeunes, au concours international de Polytechnique France et je suis sûr de la motivation que cela suscite, au sein de nos élèves, pour donner le maximum d’eux-mêmes à émuler leurs aînés.
 

Le problème est qu’en réalité, la capacité de nos établissements est très limitée. Les enseignants qualifiés sont en nombre largement insuffisants pour couvrir les effectifs. En fait, les lycées d’excellence sont une panacée, pour cette poignée d’enseignants « chanceux » nantis d’élèves faciles à enseigner. Mais si vous placez ces mêmes profs dans des classes réduites, avec des élèves moins performants, ils n’obtiendront certainement pas le même résultat et seront probablement incapables de de progresser de manière significative.

 

Certains spécialistes de l’éducation manifestent des réserves sur le principe même de ces établissements. Qu’en dites-vous ?
 

- Il y a, bien sûr, des réserves, comme je l’ai signalé dans ma précédente réponse, surtout s’agissant des écoles d’excellence au niveau des cycles primaire et secondaire inférieur (collège) car les critères de sélection sont moins précis et la finalité de ces deux cycles est d’assurer un minimum de qualité. En plus, il est vraiment ridicule de fonder des établissements d’excellence dans toutes les capitales régionales et en certaines localités comme Chami, avec des budgets qui font envier les lycées à grands effectifs, alors que le nombre d’élèves dans cet établissement est insuffisant. Et puis c’est quoi, les critères de sélection d’une école primaire d’excellence ?

Je crois donc que l’expérience devrait se limiter, dans une première phase, aux lycées, avec l’objectif de l’étendre à tous les établissements, en fonction de la progression des capacitives réelles de l’enseignement secondaire. Je suis partisan d’une réduction drastique des effectifs des lycées car dans la situation actuelle, on n’y envoie les élèves qu’à l’échec certain, pour leur grande majorité, comme l’indiquent les résultats catastrophiques du Bac.

C’est un gâchis énorme de ressources et un mauvais service rendu aux élèves mis en des conditions où l’apprentissage ne peut avoir lieu. La recherche montre qu’au-delà de soixante élèves dans une classe, il n’y a plus d’apprentissage à proprement parler, surtout s’il s’agit d’élèves qui traînent des déficits notoires depuis l’école primaire. Les élèves qui ne réussissent pas le Brevet ne doivent pas passer au lycée et ceux qui n’ont pas la moyenne, dans les disciplines fondamentales, devront recevoir un appui supplémentaire pour rattraper leur retard.  Si le lycée ne peut pas leur offrir ces services complémentaires, leur présence sera une charge sans utilité. C’est le langage de la vérité que les responsables éducatifs feignent d’ignorer mais qui rendrait un grand service à tous ceux qui perdent des années à fréquenter le lycée et finissent à abandonner l’école sans brevet ni bac.

 

A quelle logique doivent obéir les enseignements technique et professionnel ?
 

Celle du marché du travail. L’enseignement technique et professionnel doit avoir pour finalité de préparer les jeunes à l’emploi, tel qu’il existe dans l’économie réelle et non dans l’imaginaire des fonctionnaires du ministère de l’Education nationale. Idem pour l’enseignement supérieur. Il ne sert à rien de dispenser des formations, en ces deux niveaux, complétement déconnectées de la réalité économique du pays ; ça coûte cher à la collectivité. C’est pourtant le cas à l’Université et dans la plupart des établissements d’enseignement technique. Un véritable changement de paradigme est nécessaire, pour amener ces deux ordres d’enseignement à se rénover et à intégrer cette logique entrepreneuriale. 

 

Comment selon vous l’Etat doit révolutionner la gouvernance du secteur éducatif ?
 

En se focalisant sur les écoles, là où l’apprentissage a lieu et en alignant toutes les actions vers un seul but : améliorer la qualité des apprentissages dispensés aux élèves. Cela commence, bien évidemment, par une attention accrue aux conditions d’enseignement dans les écoles, la présence d’un enseignant qualifié, en chaque classe, avec des outils pédagogiques et didactiques appropriés, dans un environnement matériel décent (bâtiments propres et maintenus, accès à l’eau, à l’assainissement et à l’électricité) et un système d’évaluation pour mesurer les acquis des élèves de manière systématique et apporter, à temps, les corrections qu’il faut. Cela suppose que les directeurs d’écoles deviennent de véritables leaders, crédibles et respectés, capables d’animer l’opération éducative au niveau des écoles et impliquer la communauté scolaire. Cela suppose aussi que les enseignants soient motivés et appuyés, par tous les moyens matériels et moraux possibles, pour accomplir leurs missions.
 

Tous les échelons supérieurs aux directeurs d’école ne sont nécessaires que s’ils aident le directeur et l’enseignant à mieux accomplir leurs tâches, dans le meilleur des conditions. Autrement, ils sont inutiles et devront disparaître pour ne pas faire diversion.

 

Arriver à une scolarisation primaire universelle est un bel objectif. Comment y arriver ; quand et avec quels moyens ?
 

- Le plan actuel prévoit l’atteinte de cet objectif en 2030. Je crois que cela n’est pas sérieux. Cet objectif devait être atteint en 2015, dans le cadre des engagements du gouvernement, envers les Objectifs du Développent du Millénaire. Je crois que le président de la République doit en faire un objectif pour son premier mandat. Les moyens existent et il suffit de les mobiliser d’une manière efficiente, à travers un changement dans la manière d’administrer le secteur. Même si l’objectif n’est pas atteint, à terme, la collectivité ne lui en voudra pas, si la mécanique est mise en place et les progrès réels. En tout cas, je le souhaite et vous remercie pour m’avoir offert l’occasion de s’exprimer sur un sujet qui met tient beaucoup à cœur.
 

Propos recueillis par Sneiba El Kory

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