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un grain de sable pour secouer la poussière...

M. Alexandre Liebeskind, directeur Afrique du Centre pour le Dialogue Humanitaire (HD) : « Il y a un constat au départ: Au Sahel, on parle beaucoup de la jeunesse mais pas avec la jeunesse »

Vendredi 16 Juillet 2021 - 22:15

Le Calame : La rencontre de Nouakchott marque la fin du projet " la voie des jeunes du sahel". Diriez-vous, au terme de cinq ans d'activités que le HD s'est acquitté de  sa mission ? 
 

Alexandre Liebeskind : Notre mandat consistait à ouvrir un dialogue entre la jeunesse du Sahel, le G5 et ses États membres respectifs au niveau régional, national et local. Dans ce sens la mission est accomplie : comme le disait un jeune hier « la glace a été rompue » entre les générations. Mais face à l’ampleur des défis auxquels font face de jeunes comme Etats au Sahel, la mission n’est jamais vraiment accomplie. 
 

-Pouvez-vous nous rappeler les raisons qui avaient motivé sa création ?
 

-Il y a au départ, un constat des États du Sahel et de leurs partenaires : politiciens, fonctionnaires et diplomates parlent beaucoup de la jeunesse, mais pas assez avec la jeunesse. D’où l’idée de faire appel à une organisation spécialisée dans la médiation politique, dont le métier consiste à structurer un dialogue entre des parties. 
 

-Au terme de ces 5 ans quelle évaluation vous en faites ? 
 

États comme jeunes s’accordent à dire que le projet a eu un impact important à trois niveaux : sur l’intégration des associations de jeunesse au processus d’élaboration de stratégies de développement des États, sur la mise en réseau des 1250 associations de jeunesse participantes, et sur les innombrables projets citoyens et économiques qui sont nés de ces rencontres. Et nous avons contribué à faire des jeunes leaders qui sont devenus Maires, entrepreneurs ou activistes, ce n’est pas rien !
 

-Quelles ont été les difficultés rencontrées par HD dans la mise en œuvre du projet, vous aviez à travailler avec des milliers de jeunes d'origines diverses  ? Comment le HD s'y est pris pour réussir ce challenge ?
 

Le défi était d’assurer une représentation légitime des 48 millions de jeunes du Sahel, sans oublier la diaspora, et de structurer le dialogue autour de thématiques communes dans un espace connaissant des réalités très différentes. 
Nous avons appliqué les outils de la médiation politique au dialogue social: assurer la légitimité des parties en constituant des délégations représentatives de leur diversité, déterminer les griefs et objectifs des parties, œuvrer au consensus. Comme toujours c’est le travail en amont des face à face qui est le plus important : nous avons énormément investi pour faire des jeunes de bons négociateurs et convaincre les États de s’engager dans l’exercice de manière ouverte.
Comme dans les processus de paix, les difficultés ne sont pas toujours entre les parties, mais en leur sein : les rivalités dans le monde associatif peuvent être toxiques. Mais on gère...
 

-L'une des préoccupations des parties prenantes est comment pérenniser des acquis. Avez-vous le sentiment que les associations formées sont suffisamment outillées pour poursuivre le dialogue intergénérationnel et assurer la relève?
 

Oui je suis confiant dans la capacité du « réseau HD » à poursuivre son travail d’influence, pour autant que l’intérêt commun demeure au centre des préoccupations. J’espère que l’investissement dans les Conseils Nationaux de Jeunesse se poursuivra indépendamment du projet, ces parlements des jeunes ont le potentiel de jouer un rôle important comme incubateur de la participation citoyenne de la prochaine génération de leaders. 
 

- Ces maux minent le sahel :  la migration clandestine, la radicalisation et le chômage des jeunes. Pensez-vous que les actes poses pourront contribuer à éradiquer ces fléaux ?
 

-Oui et non. Oui si Etats et partenaires du développement font un usage intelligent de ce formidable réseau. Non parce que les maux que vous citez dépassent de loin les capacités du tissu associatif des jeunes : ils exigent une action décisive des États en matière de négociations de paix avec les groupes insurgés, de réformes de gouvernance, un plan Marshall de l’éducation et des politiques audacieuses de promotion économique et protection des marchés africains. Mais chacun de ces chantiers titanesques aura plus de chances de succès s’il intègre les jeunes, en particulier les femmes. 
 

-Que Dites-vous aujourd’hui à vos partenaires l'UE et le Royaume du Danemark qui vous ont accompagné dans ce projet ?
 

-Tout d’abord, je les prie de remercier leurs contribuables pour leur générosité ! Puis, je leur dis de se concentrer sur l’essentiel, de voir grand, de miser sur les collectivités locales et les partenariats publics - privés, et de respecter la diversité qui fait le Sahel. Je les exhorte aussi à ne pas céder au découragement face aux échecs des politiques de coopération Nord-Sud, mais de ne pas les répéter. Il faut de l’audace pour admettre ses erreurs et changer de cap. Enfin, je leur suis reconnaissant pour leur confiance, leur patience et leur complicité à notre endroit, et les encourage à soutenir les jeunes talents qui ont émergé du projet « la voix des jeunes du Sahel » et les États  qui sont les plus dynamiques dans la promotion de la jeunesse.
                                   Propos recueillis par Dalay Lam

lecalame.info

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