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un grain de sable pour secouer la poussière...

En Mauritanie, c’est devenu stressant d’être un maure blanc…

Dimanche 16 Février 2020 - 17:34

 

Le mal est fait. Qui l’a fait ? Les années de pouvoir azizien n’ont pas arrangé la situation au contraire, chacun sait combien son populisme d’extrême droite a divisé une unité nationale déjà largement malmenée par les régimes précédents.

 

Le projet de division des maures entre birane ( maures blancs ) et hratine ( maures noirs ) a réussi au-delà de toute espérance comme le projet de faire de la concurrence à l’idéologie islamiste radicale jusqu’à changer la loi de l’islam du terroir pour en finir avec le repentir pourtant pilier de la justice islamique de bonne foi.

 

Résultat : alors que jusque-là on n’entendait quasiment parler que du front négro-mauritanien face à la domination maure, voilà désormais que les idées de l’IRA, sponsorisées par le régime Azizien, ont largement sapé de l’intérieur la société maure.

 

Pour un étranger capable de lire la presse nationale et internationale, ainsi que les rapports d’organisations internationales comme HRW, Amnesty International et autres, les choses sont simples en Mauritanie : il y a une minorité arabe-berbère qui tient tous les leviers du pouvoir et domine une majorité de noirs exploités et exclus de tout. Birame, leader de l’IRA comme bien des activistes négro-mauritaniens jusqu’à certains hommes politiques,  n’hésite jamais à parler d’Apartheid or tant que les mots auront un sens, cela signifie qu’en Mauritanie les blancs vivent d’un côté et les noirs de l’autre ; ils ne partageraient rien pas même les transports publics.

 

Pourtant, il suffirait à l’étranger de mettre un pied en Mauritanie pour savoir ce que valent les mots d’un Birame à propos de l’apartheid en Mauritanie.

 

Pendant ce temps médiatique insomniaque, au milieu de toute cette presse nationale et internationale, au milieu de tous ces activistes pour la cause des noirs toutes origines confondues comme si la couleur de peau interdisait à la culture noire en question d'être elle-même de souche esclavagiste et même à l'occasion raciste anti-maure, au milieu de tous ces politiques noirs aidés par les groupuscules d’extrême droite maures blancs, très peu osent l’honnêteté de penser à ce que vit l’écrasante majorité des maures blancs tout aussi pauvres que les autres, tout aussi marginalisés au nom d’un tribalisme et d’un régionalisme qui ne sert qu’à quelques-uns nommés au nom des autres. C’est en effet plus facile de jouer du tribalisme et du régionalisme que bâtir un état de droit au service de tous.

 

Que feraient les uns et les autres de la tribu et de la région face à un puissant état de droit au service de chacun ? Rien ! Il faut croire que l’état de droit sur toutes les lèvres n’est pour bien des dirigeants, leaders d'opinion, qu’un produit étranger ennemi de la culture locale. Une utile chinoiserie contre-nature pour déguiser la réalité du terrain tribalo-régionaliste comme unique mode de résistance à la colonisation.

 

Au milieu de ce tribalisme qui ne profite qu’à un petit nombre, quasiment personne ne pense ni ne parle de l’écrasante majorité des maures blancs pauvres, modestes et victimes des pouvoirs successifs prédateurs depuis près de 40 ans. Pendant ce temps, cette majorité de maures blancs démunis voit bien que l’atmosphère est devenue menaçante pour eux. De partout on leur explique qu’ils sont les moins nombreux, les plus racistes, les plus voleurs et qu’ils seront balayés par les noirs majoritaires à la première occasion qui ne saurait tarder car de partout les hratine se réveillent et les négro-mauritaniens sont aux aguets.

 

Voilà où voulaient en arriver ceux qui ont divisé le pays, même la société maure : pousser vers leur politique cette majorité de maures pauvres et modestes fruits de la Mauritanie multiculturelle pour les éloigner de leurs frères hratine et négro-mauritaniens afin de soutenir le projet des populistes d’extrême droite maures blancs dont Aziz était le fer de lance au sommet du pouvoir dictatorial pendant plus de 10 ans.

 

Aujourd’hui le mal est fait. On imagine mal comment régler le problème vu qu’au-delà des formules d’apaisement, les maures blancs minoritaires sentent la menace face aux noirs pris dans leur ensemble bien que n’ayant rien en commun sinon la couleur de la peau car ce que les activistes hratine reprochent aux biranes, ils peuvent tout aussi le reprocher aux groupes dominants négro-mauritaniens de la vallée dans leur rapport aux descendants de leurs anciens esclaves noirs.

 

Le mal est fait et Aziz aura réussi par le populisme d’extrême droite à ne laisser quasiment aucune issue à la majorité des maures blancs sinon soutenir une politique où quelques maures blancs auront quasiment tous les pouvoirs même si c’est pour un cercle restreint ou faire le jeu du bloc noir en devenir qui veut s’attirer l'essentiel des noirs de Mauritanie pour prendre le pouvoir et renverser la table vue d'un angle tout aussi raciste que le racisme qu’ils prétendent combattre.

 

On en est là et si Ghazouani essaie de trop de jouer la carte du multiculturalisme de la Mauritanie plurielle comme il l'a fait avec le gouvernement de Ould Cheikh Sidiya, il sera renversé relativement vite car il a affaire à la société divisée, gangrenée par un racisme de tout bord, noir et blanc sans parler du bain islamiste dans lequel trempe la société au point d’être un fruit mûr pour une république salafiste.

 

Une pensée donc à la majorité des maures blancs marginalisés au nom desquels tout s’engraisse au sommet et contre lesquels tout un monde noir voudrait leur infliger la double peine : subir et payer le prix d’un pouvoir que cette majorité endure comme tout le monde…

Ahmed Ould Soueid Ahmed

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